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Je fais mon bonheur

Par André Marsolais le 2016/01
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Je fais mon bonheur

Par André Marsolais le 2016/01

«Si le week-end peut arriver. J’ai tellement hâte aux vacances. Quand je serai à la retraite, je m’en promets! » C’est toujours un peu, beaucoup le paradis à la fin de nos jours finalement. Voici un texte qui semble tourner autour de l’idée de remettre à plus tard. Un texte que vous lirez quand vous aurez le temps justement. Laissez-vous surprendre. La pierre d’assise du propos que je veux tenir renvoie à cette posture de la possession individuelle de mon bonheur. Je suis responsable de mon bonheur, c’est ma bébelle, c’est mon projet. Tout n’est pas faux dans ce délire contemporain, tant s’en faut. Pour se faire du bonheur, la sous-traitance n’a pas la cote. On est l’artisan de son bonheur bien entendu. Encore que l’idolâtrie et l’admiration bien sentie que nous vouons aux vedettes de tous les secteurs des activités des hommes et des femmes laissent entendre qu’on se prend du bon temps par procuration. Il faut voir aussi que tous tant que nous sommes venons au monde avec plus et moins d’aptitude au bonheur. Cela vient de l’essence même de notre tempérament. On naît et on est heureux. Ou pas. Ce n’est évidemment pas aussi binaire. Reste que cette constatation tient la route depuis la nuit des temps. Platon, histoire de faire apparaître une référence gros calibre dans ce texte, faisait la distinction entre les tempéraments grincheux (diskolos), ceux-là mêmes qui n’ont pas la réjouissance facile, et les tempéraments gais (eukolos), pour qui le verre est à moitié bien plein plutôt qu’à moitié vide. « Notre bonheur dépend de ce que nous sommes », nous martèle le philosophe, allemand bien entendu, Schopenhauer. Ce bonheur-là a beau nous appartenir, on n’y est pour pas grand-chose, n’en déplaise.

LA FABRICATION DU BONHEUR

On fait son bonheur, disait ma mère. Cela sous-entend qu’il y a des gens qui ne le font pas. Et surtout que nous avons la capacité et la possibilité d’y être pour quelque chose dans la fabrication de son propre bonheur. Entre l’impossibilité de se refaire, l’être biologique, et les turpitudes de notre environnement (famille, village, pays, époque), il y aurait un espace important où des choix sont disponibles et où on peut donc œuvrer à la qualité de l’expérience de sa vie. C’est dire que notre capacité de modifier la perception de qui on est et de ce qu’est la vie amène plus et moins de bonheur, c’est selon. Mes croyances à propos de tout et de rien sont déterminantes pour mon bonheur. C’est donc une invitation à jeter un coup d’œil à notre regard sur la vie. C’est surtout un encouragement à faire ce travail sur soi, comme le veut la malheureuse expression populaire qui semble vouloir nous décourager du travail et du moi qui vient avec.

Souvent, une personne veut mieux se connaître pour changer en bout de piste. On veut savoir vraiment qui on est en espérant que ça nous amène à être autre. Un peu tarabiscoté, je trouve. On ne change pas parce qu’on a pris la décision de changer, ça serait trop simple. Par contre, la plongée sans masque dans la (re)connaissance de soi fait la place à ce qui est prêt à bouger en nous. Mais attention c’est souvent douloureux. Et, petit à petit, la capacité à se regarder ben straight dans le miroir augmente avec l’usage. Les dommages collatéraux s’apparentent au bonheur, soyez-en avertis. Plusieurs ont déjà argumenté que la quête du bonheur rend malheureux la plupart du temps. Cette quête de l’euphorie perpétuelle, dixit Bruckner, ne donne pas les fruits escomptés. Nous revendiquons notre droit au bonheur. On n’a pas plus droit au bonheur qu’un caillou à une averse. En attendant, n’ayez crainte, le bonheur saura bien vous trouver. Cela se fera sans éclat, sans bling-bling. Vous ne recevrez même pas de texto. Sinon cette phrase de Jacques Prévert venant de l’au-delà : « J’ai reconnu mon bonheur au bruit qu’il a fait en partant. » Il est recommandé d’être vigilant et relaxe, bref de rester zen, comme si c’était la chose la plus simple à faire après le petit déjeuner.

LE BONHEUR DES AUTRES

Le nombrilisme exacerbé, pléonasme assumé, des thèses sur le bonheur laisse pantois. Se peut-il que l’individualisme galopant des dernières décennies ait réussi à gommer notre capacité à vouloir aussi sauver les autres passagers du bateau? Tant qu’à y être. La solidarité sociale peut-elle accompagner notre quête du bonheur? À l’heure des grands enjeux géopolitiques teintés de dérèglement climatique, il est clair que Dieu, du haut de sa divine impertinence, propose aux humains de trouver le bonheur individuel avec plus de synchronisme et d’attention pour le sort des autres, avec un A majuscule. Sinon, il n’y en aura pour personne de bonheur. Bon! Laissons Dieu s’empêtrer dans ses chantages à grande échelle et rappelons la force de la bienveillance. Celle-là toute simple de la vie quotidienne autant que celle-ci harnachée dans une action militante. Les deux font la paire. Elles sont les reflets de la reconnaissance, de l’acceptation et de l’appréciation de l’autre. C’est l’altruisme dans toute la splendeur de sa simplicité. Pas besoin d’une thèse de mille pages. On comprend. Surtout quand cela ne nous tente pas de comprendre. Comprenez-vous?

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