Non classé

Négos syndicales et défense des droits sociaux : même combat?

Par Sylvain Lirette le 2015/11
Image
Non classé

Négos syndicales et défense des droits sociaux : même combat?

Par Sylvain Lirette le 2015/11

En cette période mouvementée sur la scène syndicale en raison de l’aboutissement probable des négociations pour renouveler les conventions collectives dans le secteur public, l’occasion est belle de se (re)poser la question : le mouvement syndical peut-il encore être porteur de luttes sociales qui dépassent la défense des droits de ses membres?

Il suffit d’un bref regard en arrière pour voir à quel point le syndicalisme a été lié au progrès social au Québec. La liste de tous les acquis sociaux québécois qui résultent d’une lutte d’abord syndicale est éloquente. Les normes du travail ont été des gains syndicaux avant d’être accessibles à tous et à toutes. La protection sociale et les libertés individuelles obtenues de haute lutte par nos grands-mères et grands-pères étaient au départ des revendications syndicales.

Au-delà des intérêts particuliers (conditions de travail et rémunération) des membres des différents syndicats présents dans les secteurs public et parapublic, ce qui est en jeu actuellement, c’est le maintien des services publics gratuits et universels. Ce que le gouvernement libéral offre aux salariés de l’État dans le cadre des négociations en cours aurait pour effet d’accentuer l’écart salarial avec les salariés du secteur privé, un écart que l’Institut de la statistique du Québec évalue déjà à 7,5 %. Le gouvernement demande aux personnes salariées d’accepter de s’appauvrir. Si celles que je représente, déjà essoufflées et en perte de sens dans le réseau public, partaient pour aller travailler dans des cliniques privées par exemple, c’est la société québécoise au grand complet qui serait perdante. Tout comme nous sommes perdants d’avoir dans le passé sous-payé les ingénieurs civils de la fonction publique partis travailler pour le privé, à qui le ministère des Transports se voit maintenant contraint de confier la préparation des contrats… qui seront exécutés par des entreprises privées. Cette situation absurde, décrite en détail devant la commission Charbonneau, nous coûte 30 % de plus collectivement. Souhaitons-nous ce type de régime pour la santé de nos proches? Et l’éducation de nos enfants? « Rendre les services publics si inefficaces que la privatisation s’impose de fait », écrit Noam Chomsky… Et si c’était l’agenda (bien mal) caché de nos bons docteurs au gouvernement?

Depuis les années 1980, avec les Reagan et Thatcher de ce monde, on a pu observer une lente mais efficace démarche de division et d’individualisation de la société civile. Entre autres, les médias – liés par des intérêts particuliers incompatibles avec la justice sociale – ont miné un grand nombre de solidarités possibles et désinformé au profit… de leurs profits. Les partis politiques sont devenus progressivement des outils de conglomérats économiques puissants. Avec dans leurs rangs politiciens et médias, les capitaux, dans leur course effrénée à l’accumulation, sont sur le point de gagner… notre perte.

Et la roue tourne, les banques rient et font 33 milliards de profits sans pratiquement payer d’impôt! On estime à 26 % la part du PIB canadien qui est allée dans les paradis fiscaux contre 1,1 % en augmentation salariale. Comment ne pas s’indigner quand, par la suite, les néo-libéraux imposent l’austérité en invoquant l’état des finances publiques…?!

Le seul espoir est dans l’action et la solidarité. La lutte étudiante de 2012 a été sans conteste une pépinière de militants et d’adeptes de la solidarité. Ces jeunes ont mis leur pied à terre, ont envahi les rues, ont pensé d’eux-mêmes et sont maintenant des citoyens capables de lire la division que tente de maintenir le néo-libéralisme. Ces jeunes ont appris à se méfier du message – dominant, mais navrant – qui leur a été inculqué : « Soyez raisonnables, étudiez fort, payez vos dettes et n’oubliez pas de consommer, quitte à vous endetter de nouveau. »

Emboîtons-leur le pas. C’est à notre tour, militants des mouvements syndical, écologiste, féministe, unis aux associations citoyennes qui mènent des luttes régionales, de rassembler nos forces, d’offrir ensemble un contre-discours pour mettre fin à la désinformation, occuper l’espace public et ainsi lutter pour l’intérêt général.

Qu’importe la météo, l’automne sera chaud!

Partager l'article