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Complexité et renouveau

Par Sylvie Fortier le 2015/11
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Complexité et renouveau

Par Sylvie Fortier le 2015/11

Le mouvement de syndicalisation des étudiants employés du secteur universitaire tel qu’on le connaît est récent. Ce mouvement s’est amorcé au début des années 1990 avec un premier syndicat accrédité à l’Université McGill en 1993, l’Association of Graduate Students Employed at McGill (AGSEM), puis il a pris de l’ampleur une décennie plus tard à l’Université du Québec à Montréal (2004), à l’Université Concordia (2006) et à l’Université Laval (2006). Aujourd’hui, un syndicat étudiant est présent dans toutes les universités québécoises, à l’exception de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

À l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), les négociations visant l’entrée en vigueur d’une première convention collective pour les étudiants salariés ont débuté à l’automne 2012 pour se terminer en juin 2013. Pour le syndicat des étudiants et étudiantes salarié-e-s de l’UQAR (SEES-UQAR), les principales valeurs animant ces négociations sont l’équité (des chances et des conditions de travail) et la reconnaissance (du travail accompli et de l’apport à la production scientifique). Plus précisément, les principales revendications des travailleurs étudiants visent une rémunération juste des heures travaillées, la sécurité des conditions de travail, la mise en place du congé de maternité, mais concernent aussi la propriété intellectuelle. Le renouvellement de cette convention est prévu pour 2016.

Méconnaissance et précarité

Le processus de syndicalisation des étudiants salariés du secteur universitaire s’est avéré une entreprise originale et complexe. En effet, ces organisations représentent un groupe de travailleurs particulier. Malgré leur double statut d’employé et d’étudiant, l’objectif principal de ces travailleurs est d’obtenir leur diplôme, ce qui fait que l’adhésion des membres aux syndicats étudiants est appelée à se renouveler de façon continue, tout comme la composition de l’exécutif. Cette situation n’est pas sans engendrer certaines difficultés dans le fonctionnement même de ces jeunes syndicats. L’implication active des membres, dont le nombre était évalué à 20 000 par l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) en 2010, ainsi que la collaboration importante entre les différents syndicats étudiants du Québec viennent en partie contrer cette difficulté. Le cas du Conseil québécois des syndicats universitaires (CQSU) en est un exemple.

Pour complexifier davantage la situation, le travail effectué par les étudiants salariés, tant du point de vue quantitatif (nombre d’heures, de contrats, etc.) que qualitatif (description des tâches, etc.) demeure assez méconnu et très hétérogène. Plus précisément, la contribution scientifique des étudiants salariés est peu documentée et probablement sous-évaluée. À ce sujet, la thèse de Vincent Larivière1, professeur à l’Université de Montréal, s’avère éclairante : en termes de production scientifique, on oublie souvent la contribution substantielle des étudiants. M. Larivière constatait en 2007 que plus du tiers des articles scientifiques québécois publiés ont été signés par un étudiant du doctorat, seul ou en collaboration. Ces articles publiés sont autant d’illustrations du travail, souvent salarié, des étudiants.

Tel que le souligne un rapport déposé en 2015 par le Mouvement des associations générales étudiantes de l’Université du Québec à Chicoutimi2, cette contribution à la production scientifique s’effectue dans un contexte souvent précaire : travail contractuel, horaire variable, cumul d’emplois, peu de sécurité d’emploi, forte dépendance aux budgets de recherche. De plus, en cas de litige, les conséquences peuvent être importantes pour l’étudiant dont l’employeur est souvent aussi l’« évaluateur ». Toutefois, si ce contexte de travail peut difficilement être contourné, en raison des caractéristiques mêmes des membres représentés par ces syndicats, il importe de statuer sur les pratiques acceptables et sur les conditions de travail. La sortie récente d’étudiants salariés de l’Université du Québec en Outaouais dans le journal
Le Droit « L’UQO et le mépris des étudiants salariés », est un appel en ce sens.

Un nouveau syndicalisme?

Dans un contexte où les jeunes sont peu présents dans les syndicats, les travailleurs de 24 ans et moins étant moins susceptibles d’être syndiqués selon Statistique Canada, les membres des syndicats étudiants salariés ont peut-être un rôle particulier à jouer dans ce mouvement. Depuis quelques années, les exécutifs des syndicats étudiants salariés du secteur universitaire mettent beaucoup d’énergie dans la négociation et la défense des conventions collectives. Quoique peu connues, ces petites organisations syndicales représentent aussi une forme de renouveau pour le mouvement syndical en général, notamment en raison des caractéristiques particulières des conditions de travail de ses membres. Dans le contexte politique et économique actuel, il s’agit certainement d’une place à privilégier pour se faire entendre et pour faire valoir de nouveaux enjeux. La valorisation et un meilleur financement de la recherche scientifique, tout comme la précarisation de l’emploi, n’en sont que quelques exemples.

1. Vincent Larivière, A bibliometric analysis of Quebec’s PhD students’ contribution to the advancement of knowledge, Université McGill, 2010, 235 p.

2. Laeticia Larouche, La conciliation du travail d’assistant de recherche et du rôle d’étudiant : une visée exploratoire, MAGE-UQAC, 2015, 19 p.

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