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Alors qu’au printemps il nous proposait Parti pour Croatan aux éditions Somme toute, voici qu’en ce début d’automne Michel Vézina récidive avec la publication de Disparues chez Coups de tête. Si l’on ajoute à cela une performance littéraire multimédia, présentée dans le cadre du Festival international de la littérature en septembre dernier au Lion d’Or, on peut dire que l’auteur aux multiples chapeaux a eu une année plutôt occupée.

Disparues nous amène ailleurs puisqu’il ne s’agit pas de carnets, mais d’un roman noir qui puise son côté sombre à même un sujet d’actualité. Bien que l’action soit contemporaine, valser sur le thème de la disparition des femmes a quelque chose d’intemporel, que l’on pense à la disparition et au meurtre des femmes autochtones ou encore à ces signalements qui font régulièrement la manchette. Bref, de par ce thème, Vézina met la table pour une enquête et un suspense intéressants et surtout québécois.

Comme Disparues constitue la suite de Sur les rives, publié en 2009, on y retrouve les mêmes personnages : Mélanie, Jimmy et Bélanger, Gilbert de son prénom, dont la filiation avec Mélanie est plutôt floue. Est-ce que l’ex-policier est son père ou est-ce seulement la relation qu’elle entretient avec lui qui est paternelle? L’action se déroule principalement entre Montréal et les Cantons-de-l’Est, à part le dénouement qui nous mène vers le Bas-Saint-Laurent. En tout, 211 pages de divertissement pas toujours rose, nuancées de scènes et de descriptions plus légères ou parfois crues. Lecteurs puritains s’abstenir : Mélanie et Jimmy sont amoureux, ce qui laisse place à certains ébats. Même si l’on connaît la plupart des endroits où a lieu le récit et qu’il réfère à des disparitions et à des histoires sombres bien réelles, Vézina brouille les cartes et entretient un flou fort agréable entre la réalité et la fiction, ce qui donne au récit une atmosphère noire et non superficielle. Sans que la description psychologique des personnages soit très poussée, toute l’information autour de « l’os » leur confère une âme et un côté humain attachant. Du « va-et-vient » de leur relation à l’intensité de quelques moments de l’enquête, en passant par les souvenirs du passé qui viennent hanter Mélanie, autant à travers les pages de son journal que dans la narration, on embarque!

Notez qu’il ne s’agit pas du deuxième tome d’une série à proprement parler, en ce sens qu’il n’est pas nécessaire de lire les deux publications dans l’ordre. C’est dans une atmosphère boisée aux éclaircies et au rythme citadin que le lecteur est plongé avec des « héros » qui, s’il n’en tenait qu’à eux, auraient sans doute pris une pause après leurs aventures précédentes, mais pas de repos pour les héros! Si vous avez lu Parti pour Croatan, vous aurez une petite impression de « déjà vu » pas désagréable du tout à un certain moment. Sans vendre la mèche, entre le confort et la simplicité de la vie campagnarde et l’inconfort certain associé à la chute lorsque le voile est levé sur les nombreuses disparitions, il est intéressant de voir le mélange de malaise et d’audace exploité par l’écrivain. La preuve qu’il est possible de conjuguer anxiété et dégoût avec légèreté et désir.

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