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Les deux pieds dans la marginalité

Par Luc Jobin le 2014/11
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Les deux pieds dans la marginalité

Par Luc Jobin le 2014/11

Rimouski compte un bon nombre de personnes vivant en situation d’exclusion sociale et celles-ci sont trop souvent considérées comme indésirables. Lorsqu’on parle d’ex-détenus, de prostitués, d’itinérants, de jeunes de la rue, etc., et que l’on met en branle des actions visant à intégrer ces personnes qui souffrent de leur condition dans la marginalité et parfois dans l’indifférence, le syndrome du « pas dans ma cour » refait surface. Ce genre de réflexe ne date pas d’hier, on le retrouve même chez Platon qui suggérait, en parlant des mendiants, « de les chasser de la place publique, de la ville et du reste du pays vers les frontières, afin que le pays soit radicalement purgé d’un pareil animal ».

Un travail de proximité…

Bien humblement, En tout CAS, un organisme de travail de proximité dans la MRC Rimouski-Neigette, a entrepris le vaste défi d’aller à l’encontre de ces prémisses et, surtout, d’aller à la rencontre des personnes qui vivent par obligation ou par choix dans la marginalité.

Le travail de rue est un type d’intervention qui vise à entrer dans le milieu de vie naturel des individus, à se faire accepter dans les milieux visités et de ces personnes « qui n’ont rien demandé à quiconque ». Bien que les travailleurs de rue n’entrent pas uniquement en contact avec les personnes vivant des problèmes, ils accordent une attention particulière à celles éprouvant des difficultés (idéations suicidaires, toxicomanie, alcoolisme, violence, problèmes de santé mentale, pauvreté, solitude-isolement, taxage-intimidation, difficultés relationnelles, etc.), bref, les problèmes qu’on ne voit pas ou que l’on ne veut pas voir. Les travailleurs de rue font un important travail d’accompagnement et de soutien.

Quelques années plus tard, confronté au dramatique suicide du locataire d’un logement dans des circonstances accablantes, un groupe d’intervenants s’est mobilisé pour éviter qu’un tel événement ne se reproduise. Ce groupe a mis sur pied une espèce de « PPP » (partenariat public-privé) de l’intervention sociale : le travail de milieu en santé mentale, qui a comme objectif d’offrir à des adultes vivant dans un contexte de vulnérabilité une intervention adaptée et individualisée qui favorise l’intégration sociale. Et c’est à En tout CAS qu’on a confié le mandat d’implanter ce type d’intervention. L’action de la travailleuse de milieu en santé mentale vise une population de locataires vulnérables (ayant reçu un diagnostic de maladie mentale ou non) qui résident majoritairement dans des logements privés ou rattachés à l’Office municipal d’habitation de Rimouski (OMHR) et qui n’ont généralement pas de suivi avec un professionnel du réseau de la santé. La travailleuse de milieu a comme mandat de créer un lien de confiance avec ces locataires, d’offrir soutien et relation d’aide, de nouer les liens entre eux et les ressources de la communauté, afin de favoriser leur intégration dans leur milieu et de prévenir une dégradation de leur de santé mentale et de leurs conditions de vie.

Initiative menacée?

La crédibilité des interventions de En tout CAS est de plus en plus remarquée et citée par nos partenaires, ce qui s’explique en partie par la grande qualité des intervenants qui ont œuvré au sein d’En tout CAS depuis sa création. Ces intervenants étaient tout dernièrement au nombre de quatre. Il n’en reste plus que trois en raison de récentes restrictions budgétaires, et pour l’une d’entre elles, une enveloppe budgétaire permettra de la maintenir en fonction pendant encore quatre mois. Bien qu’optimistes, nous n’avons aucune assurance que des subsides seront versés pour le maintien de ce poste.

L’an dernier, l’équipe d’En tout CAS a réalisé près de 13 000 interventions. Ce chiffre indique clairement que le travail de proximité a sa place dans un continuum d’interventions systémiques et qu’il répond à un besoin. Qu’adviendra-t-il si nous passons de quatre à deux intervenants? Pire, les récentes restrictions budgétaires vont-elles diminuer ce nombre à un? à zéro? En tout CAS serait-il, à l’instar des personnes rencontrées par ses intervenants, lui aussi lentement plongé dans un processus d’exclusion sociale?

  1. Communauté Ouverte et Solidaire pour un Monde Outillé, Scolarisé et en Santé

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