Champ libre

Sortir du rang

Par Maxime Binet le 2014/07
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Champ libre

Sortir du rang

Par Maxime Binet le 2014/07

Les premières projections de la dernière édition du projet Sortir du rang se sont déroulées à la mi-juin. Au terme de trois années de production vidéographique – 27 courts métrages documentaires disponibles sur sortirdurang.tv – , la boucle est bouclée pour le projet chapeauté par Paralœil. Ce projet qui a touché chaque année environ une centaine de jeunes de première et deuxième secondaires provenant des écoles Boisjoli de Saint-Narcisse, Mont Saint-Louis du Bic et des Merisiers de Sainte-Blandine peut se targuer d’avoir accompli sa mission. Sortir du rang est un projet de médiation culturelle pour que les jeunes développent un sentiment d’appartenance avec leur communauté, qu’ils en soient fiers. Sortir du rang, pour apprendre à regarder son entourage, le décoder, se le représenter, puis le présenter. On s’est servi des instruments vidéographiques pour initier la rencontre avec l’Autre, d’une part en incitant les élèves à collaborer, et, d’autre part, en les rapprochant de leur communauté. La caméra fait vivre la mémoire et témoigne des réalités parfois méconnues ou oubliées. Le projet sert de déclencheur pour favoriser une cohésion dans ces communautés aux traits culturels particuliers.

Mis devant l’obligation de faire front commun, les élèves devaient s’approprier un sujet, s’affirmer, favoriser l’écoute, accepter des points de vue divergents afin de concerter le travail de toute une équipe. Par le biais de la création audiovisuelle et sous la direction de quatre cinéastes expérimentés issus de la région, les élèves ont été amenés à prendre la mesure de leur milieu de vie. La forme documentaire utilisée apparaît comme une façon pour les jeunes de prendre conscience des particularités et de la valeur de leur milieu. Cette approche, exigeant des élèves qu’ils soient proactifs, leur a permis de développer de nombreuses compétences, notamment la gestion d’un projet d’envergure. Cédric, un jeune preneur de son de l’école Boisjoli, témoigne : « Je suis surpris de l’équipement que j’ai. Quand on fait une entrevue, aller chercher le son, c’est plus difficile que je pensais. Je trouve que c’est bien différent de bien des projets qu’on a fait au primaire. Je trouve que là, c’est une case complètement à part, ça c’est pas pire ! »

La qualité du produit fini apporte une grande crédibilité au projet, grâce à l’accompagnement de quatre cinéastes (Brigitte Lacasse, Philippe Chaumette et Benoit Ouellet prenant le relais de Thomy Laporte), le soutien de techniciens professionnels et les compositions originales de musiciens accomplis. Il faut ajouter que cette expérience développe chez les jeunes une conscience de l’image comme matériau de construction de sens. D’une part, tout le travail réalisé en amont aura permis aux jeunes de se familiariser avec le processus de création d’un film, de la recherche documentaire au maniement des instruments de captation et au tournage des entrevues. D’autre part, on peut penser que le travail technique laborieux auquel les élèves se sont prêtés éveillera – c’est certainement déjà le cas grâce aux mentors qui les ont guidés – leur jugement et leur esprit critique à l’égard des images. Ce projet rend compte de l’environnement culturel de ces jeunes élèves, mais le façonne tout autant par les directions uniques prises par chaque équipe de tournage au fil des éditions. Rien d’étonnant si je vous dis que nous sommes submergés d’images et qu’avec les développements technologiques, il est devenu très voire trop facile de faire des images. Le contexte rigoureux de création entourant Sortir du rang réintroduit les préoccupations du discours, les images ont un potentiel discursif et expressif, il ne s’agit pas que d’une captation innocente du réel : de par les choix de cadrage, des angles de caméra, des éclairages, de l’utilisation du son, et de montage. Les élèves et le personnel des écoles impliquées auront prolongé, par l’image, tout un apprentissage de leur propre culture, mais également d’une certaine culture de l’image. Chapeau les jeunes!

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