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Un manque de mobilisation inquiétant

Par Marc Simard le 2014/05
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Un manque de mobilisation inquiétant

Par Marc Simard le 2014/05

La situation de l’Union paysanne dans le Bas-Saint-Laurent est préoccupante. Depuis l’implantation du mouvement dans la région, il y a cinq ans, son représentant régional peine à rallier les troupes. L’explication est simple et rappelle des enjeux propres aux organisations citoyennes. Donald Dubé affirme qu’il s’est engagé dans l’Union paysanne pour donner au syndicat agricole citoyen un visage déjà connu dans la région. « Je suis en démarrage d’entreprise agricole depuis peu et même si je crois sincèrement aux principes du mouvement et si je les défends, je n’ai pas le temps de militer et de bâtir une structure solide. » Il faut dire qu’en plus de sa ferme, Le Vert Mouton à Saint-Valérien, il est engagé dans Paniers d’ici et dans Avenue bio de l’Est. Jusqu’à tout récemment, il siégeait aussi au conseil d’administration du Marché public de Rimouski. Ailleurs au Québec, la situation du syndicat est différente. En Abitibi-Témiscamingue par exemple, l’Union paysanne est très active et a même pignon sur rue. Donald Dubé croit qu’un bureau permanent au Bas-Saint-Laurent pourrait permettre de développer et de consolider le mouvement pour mieux militer contre le monopole syndical de l’Union des producteurs agricoles (UPA). « Plusieurs producteurs à qui je parle sur le terrain ont le même discours que moi sur les dangers et les ravages du monopole syndical, mais aussi sur le manque de temps pour militer! » soutient M. Dubé.

« L’UPA n’y arrivera jamais »

Même si la structure est précaire dans la région, l’Union paysanne tient tout de même un discours articulé et plus nuancé que dans d’autres coins de la province. Le représentant du Bas-Saint-Laurent croit que l’UPA, sans y arriver réellement, tente de s’adapter aux nouvelles réalités et aux besoins des agriculteurs. « Le désir y est parfois, mais la machine est trop grosse pour être efficace », affirme Donald Dubé. Selon lui, tout est fastidieux avec l’UPA, les processus de consultation, les prises de décision et les mécanismes de défense des membres sont trop longs et complexes. « Il y a bien quelques bonnes pistes et des idées originales, mais elles sont étouffées par la bureaucratie et les pressions politiques et économiques. » Car il faut le dire, l’UPA agit davantage comme un interlocuteur auprès de l’État que comme un syndicat au service de ses membres. Selon M. Dubé, l’UPA travaille sur son image publique et tente de faire bonne figure. Mais il hésite entre la bonne volonté et la mauvaise foi : « Peut-être veut-elle simplement fermer la gueule de ses détracteurs… qui sait? »

Pendant que le gouvernement et l’UPA tergiversent, les dossiers s’accumulent et plusieurs producteurs doivent relever des défis urgents.

« Le désir y est parfois, mais la machine est trop grosse pour être efficace. »

Le fromage et le libre-échange

L’accord de libre-échange intervenu en octobre dernier entre la communauté européenne et le Canada est presque passé sous silence dans les médias. En fait, cette entente a été signée au moment où le maire de Toronto, Rob Ford, provoquait scandale sur scandale, et pendant qu’au Québec, le projet de Charte des valeurs monopolisait les discussions et que des élections étaient imminentes.

Si, pour les producteurs de céréales, de bœuf ou de porc, l’occasion sera belle d’exporter davantage en raison de l’abolition des tarifs douaniers, il en va tout autrement pour les producteurs laitiers. En échange d’un plus grand accès au marché européen pour les producteurs de bœuf, le Canada a accepté de doubler le quota de fromages européens admis sans droits tarifaires. Ces importations passeront ainsi de 20 000 tonnes par an à 37 000 tonnes.

La Fédération des producteurs de lait du Québec affirme que cette concession accordée à l’Europe aura des répercussions économiques négatives et immédiates sur l’industrie laitière québécoise, qui produit près de 50 % des fromages canadiens. Ce sont les fromageries artisanales qui seront les plus touchées, elles qui peinent à se sortir de la crise de la listériose de 2008. Le tiers du marché de détail canadien devrait ainsi être concédé aux produits européens, grassement subventionnés.

Pour Donald Dubé, le gouvernement canadien a sous-estimé les impacts d’une telle décision pour les agriculteurs, mais aussi pour l’ensemble de l’économie d’une région comme le Bas-Saint-Laurent qui compte plus de 465 producteurs laitiers. Et pendant ce temps, dit-il, « l’UPA n’agit pas assez rapidement pour défendre certains de ses membres, perdue qu’elle est dans d’interminables processus de consultation. L’UPA fait plus de politique qu’elle n’entreprend d’actions concrètes. »

Lueur d’espoir

Malgré tout, l’Union paysanne augmente ses effectifs citoyens (non producteurs) et multiplie ses batailles. Campagne pour l’achat local ou sensibilisation de plus en plus importante à la production biologique, la population, selon Donald Dubé, est soucieuse de ce qu’elle mange; à long terme, l’UPA comme les gouvernements devront s’adapter.

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