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La souveraineté alimentaire! Selon qui?

Par Gaston Bélanger le 2014/05
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La souveraineté alimentaire! Selon qui?

Par Gaston Bélanger le 2014/05

Les gens du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie sont reconnus pour aimer bien manger. Cette habitude alimentaire est l’héritage de nos grands-parents qui avaient la chance de pouvoir s’approvisionner chez les voisins pour une bonne partie de leur menu quotidien. L’un d’eux distribuait le lait, un autre les œufs et les légumes saisonniers, chez celui-là, on pouvait réserver un porc pour l’automne et y cueillir de bonnes pommes. C’était aussi une forme de réseautage où se tissaient des liens solides et durables.

Moyennant une petite somme

Nous avons perdu ces saines habitudes d’approvisionnement au cours des dernières décennies parce que, un jour, quelqu’un a eu la « bonne idée » : les petits agriculteurs avaient besoin d’aide. Moyennant une modique partie de leurs profits, les agriculteurs pouvaient maintenant faire distribuer leurs produits. L’idée semblait bonne, c’était assurément facilitant pour les fermiers. Quelques années plus tard, des conditions et des règlements de production se mirent à apparaître. « Vous devez vous regrouper afin d’éviter la surproduction et la chute des prix », était l’histoire que les fermiers entendaient. Moyennant de nouveau une modique somme, ils n’auraient dorénavant plus rien à craindre quant à la vente de leurs produits et au prix qu’ils en récolteraient. Par contre, il serait maintenant interdit de vendre ses produits aux voisins, sous peine d’amende. Certains grognaient, mais beaucoup acceptaient, car ils croyaient en notre superbe « démocratie » qui s’apprêtait à s’établir.

Nos vecteurs de « bonnes idées » sont soudainement devenus les décideurs et les planificateurs de productions, moyennant encore une modique somme. « Vous n’avez plus le choix! » Sous prétexte de salubrité alimentaire, de danger pour la santé des consommateurs, de chute des prix, il serait maintenant nécessaire de demander la permission afin de produire les aliments destinés à la vente et à la consommation. Un guide de production devrait obligatoirement être suivi, ainsi qu’un guide des intrants fortement recommandés, prétextant sinon à des pertes de rendement et de qualité. « Moyennant encore une fois une petite somme, vous pouvez vous procurer les guides propres à vos productions auprès de votre coop agricole. Les prix de vos produits ainsi que les quantités de production seront dorénavant établis par vos associations respectives qui doivent respecter les prix établis par les marchés internationaux et les spéculateurs. »

Le déclin

Cette méthode de gestion de l’agriculture a sévèrement contribué au déclin de l’agriculture paysanne, dont nos grands-parents jouissaient tant.

Une perte de confiance de la part des consommateurs se fait maintenant sentir envers ceux qui devraient supposément faire la distribution et nous fournir des denrées alimentaires fraîches. La crainte d’intoxication par les engrais chimiques et les insecticides dans les produits frais, importés de Chine ou d’ailleurs, est présente chez un nombre croissant de jeunes familles. La possible présence d’organismes génétiquement modifiés et leurs effets inconnus sur la santé humaine suscitent de vives discussions et des questionnements.

De nos jours, nous sommes témoins du désir de plus en plus fort de la part de jeunes de pratiquer l’agriculture paysanne en démarrant une entreprise en production agroalimentaire. La demande pour les produits certifiés biologiques et locaux est en croissance constante et excède la production. Cet intérêt grandissant pour les produits frais locaux est crucial pour la décision des nouveaux producteurs dans leur procédure de démarrage. Par contre, ces dernières années, le prix des terres agricoles a augmenté considérablement. L’augmentation est si importante que les jeunes, faute de liquidité, doivent renoncer à leur rêve d’être propriétaires d’une production agroalimentaire. Cette hausse est aussi un obstacle de plus à l’agriculture de proximité et à la souveraineté alimentaire des régions. Les annonces fréquentes du gouvernement promettant de nombreux programmes d’aide au démarrage et au soutien des petites entreprises agroalimentaires ne servent qu’à désinformer le grand public. En fait, ces promesses d’aide ne sont que d’immenses bulles de savon, quasi impénétrables à cause de leurs lourdeurs administratives, donnant l’impression que notre gouvernement prend à cœur la survie des petits producteurs et le bien-être des consommateurs.

Maintenant que nous avons un nouveau gouvernement au Québec, une bonne manière de montrer son intérêt pour la souveraineté alimentaire des régions et la santé alimentaire de la population serait d’appliquer toutes les recommandations élaborées dans le rapport Pronovost, si bien tabletté par les élus précédents. La solution me semble plutôt simple : si le lobby corporatif de notre UPA nationale ne pensait pas qu’à renflouer ses comptes de banque et à étouffer les petits producteurs qui rapportent peu à leur corporation, il verrait une microéconomie fleurissante englobant un grand nombre de personnes qui ont une « écœurantite » aiguë du contrôle total que tente d’exercer l’UPA sur ce qui se trouve dans notre assiette. Voyons si la volonté politique est vraiment là pour nous!

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