Champ libre

Partager les territoires dans la Baie-des-Chaleurs

Par Guy Sioui Durand le 2013/11
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Partager les territoires dans la Baie-des-Chaleurs

Par Guy Sioui Durand le 2013/11

Comme des coups de pagaies dans les eaux vives des rivières Kedgwick et Restigouche convergeant vers la baie des Chaleurs, il arrive que des présences, des actions, des rythmes, des sons et des paroles autochtones viennent faire campement sur des rives communes. À l’appel de la commissaire France Trépanier, artistes visuels et écrivains se rejoignent en un temps d’automne, du 26 octobre au 9 novembre, pour créer l’événement Territoires partagés/Shared Lands. La manifestation aura comme lieu de rencontre les communautés micmaques de Gesgapegiag et Listuguj, et les locaux du centre d’artistes autogérés Vaste et Vague à Carleton-sur-Mer.

Territoires partagés sera la deuxième phase de Mawita’jig, qui signifie en langue micmaque « se rassembler ». Il s’agit d’un vaste projet communautaire et artistique mis de l’avant en mai 2012 avec l’exposition Gathering/Offrandes, qui se prolongera jusqu’en 2014. Ce second « campement » d’art autochtone va poursuivre l’objectif de faire se rapprocher et dialoguer, sur le terrain de l’art, les communautés amérindienne, acadienne, francophone et anglophone de la péninsule.

Conviés en résidences de création par la commissaire d’ascendance kanien’kehaka (mohawk), France Trépanier, quatre artistes des Premières Nations s’amènent avec en tête des projets créatifs relationnels et interactifs développant d’intéressantes stratégies d’engagement et de collaborations.

Nadia Myre, Anishinabée originaire de Kitigan Zibi (Maniwaki), dialoguera avec des aînés autochtones et non autochtones afin de connaître leur conception du territoire et leur vision du monde. Au cours de ces entrevues, elle fera une série de dessins qui se métamorphoseront en courts films d’animation. Sonia Robertson, Piekuakamlnuatsh (Innue) de Mashteuiatsh (Pointe-Bleue), dont on a pu voir en septembre l’installation photographique pour le projet Québec décapé au complexe culturel de Matane, revient en Gaspésie pour oeuvrer avec des matières naturelles trouvées sur le territoire, notamment le foin d’odeur.

Hannah Claus, Mohawk vivant à Montréal, investira la galerie du centre Vaste et Vague de pics de porc-épic et conviera le public à venir tracer de mémoire leur propre carte du territoire à l’aide de cette matière. Ces multiples cartes seront amalgamées afin de fusionner en images territoire réel et territoire de mémoire. Jordan Bennett, Micmac originaire de Terre-Neuve, s’associera à des jeunes des deux écoles de bande à Gesgapegiag et Listuguj. À partir de la confection de paniers, ils exploreront les possibles de l’artefact traditionnel dans son passage du monde de la culture populaire et à celui de l’art contemporain. Ce faisant, ces jeunes donneront à vivre réellement et à voir symboliquement, à travers des oeuvres, comment des réseautages s’établissent. Imaginons un peu la figure tissée du fameux capteur de rêves. À n’en pas douter cette seconde phase propulsera l’intention première du « don » vers celle de l’échange.

La nature collaborative de l’ensemble des projets de cette résidence vient renforcer l’objectif initial de Mawita’jig, soit de créer des relations respectueuses entre les communautés autochtones et non autochtones.

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