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Et Dieu créa la Charte

Par Marc Simard le 2013/07
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Et Dieu créa la Charte

Par Marc Simard le 2013/07

Le deuxième article de la Charte canadienne des droits et libertés stipule que les Canadiens ont la liberté de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression. Est-ce la réalité ? Il est vrai que la liberté de pensée est plutôt difficile à contester. Mais la liberté de croyance ? Ah oui, un avant-propos chapeaute les 147 articles de la Charte canadienne : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit ». De quel Dieu parle-t-on ? À voir agir le gouvernement conservateur depuis son élection majoritaire, il semble évident que Dieu, c’est Stephen Harper. Il semble avoir préséance sur la Charte et même sur la Constitution. Et la liberté d’opinion ? À condition qu’on ait la même que lui. Refuser de répondre aux journalistes qui tentent d’aider les citoyens à se forger une opinion éclairée va à l’encontre de cette liberté. La liberté d’expression ? C’est là que le bât blesse le plus. Il ne blesse plus, il tue. Bref, nul besoin de mener une étude exhaustive sur quatre ans pour constater les dégâts engendrés par l’administration conservatrice.

Étudier les dégâts

Cette nouvelle mouture du Mouton NOIR présente moult cas de dérapages en regard des libertés citoyennes. Par exemple, selon les nouvelles règles imposées par le gouvernement fédéral, les bibliothécaires, ces gardiens du savoir, n’ont plus accès à certaines tribunes grâce auxquelles ils pouvaient pourtant éclairer les scientifiques, les chercheurs, les étudiants et la population en général sur des enjeux majeurs. Pendant ce temps, plusieurs scientifiques voient les résultats de leurs recherches de moins en moins diffusés. Et que dire du projet de loi C-60 ? Ottawa souhaite participer aux négociations entre les parties patronale et syndicale dans le renouvellement des négociations collectives des sociétés d’État comme Radio-Canada. Pas question de s’ingérer dans les politiques éditoriales de l’entreprise, dit le gouvernement. Le but est simplement d’assurer aux contribuables une saine gestion des deniers publics. L’idée n’est pas mauvaise en soi, mais les répercussions risquent fort de l’être.

Stephen Harper dit qu’il n’existe pas de collectivité mais seulement des individus. Cette fois, il a peut-être raison. Son équipe a beau mitrailler des lois qui protègent les droits des citoyens, les contestataires sont rares. Ils existent, ils se mobilisent, ils agissent comme dans le cas des changements au programme de l’assurance-emploi. Mais que reste-t-il de ces manifestations quelques mois plus tard ? Des individus fatigués et résignés. Merveilleuse stratégie politique de la part de M. Harper pour contrer la révolte dans l’œuf, l’ignorer. Le droit de penser, de manifester, de s’exprimer, oui, mais à quoi ça peut servir si les actions des citoyens ne trouvent pas écho auprès des dirigeants qu’ils ont élus ? Parler dans le vide a de quoi décourager n’importe qui. Parlez-en aux parents dont les enfants font la sourde oreille. Ne vaut-il pas mieux se faire dire non et se faire expliquer pourquoi que de lancer des cris dans le vide ? Est-ce qu’un arbre qui tombe dans la forêt fait du bruit s’il n’y a personne pour l’entendre ?

Et des élections ?

Il serait trop facile de penser que les conservateurs seront punis par où ils ont péché lors des prochaines élections. La situation politique actuelle au Canada ne laisse présager rien de bon. Le NPD peut-il répéter son exploit de 2011 ? Certainement pas. Est-ce que Justin Trudeau poursuivra sur sa lancée même s’il navigue davantage sur son nom que sur ses idées ? Selon les derniers sondages, menés surtout au lendemain de son élection, les libéraux obtiendraient 35 % des votes contre 28 % pour l’équipe Harper. Faut-il s’en réjouir ? Oui. Peu importe nos allégeances politiques, la seule chose qui compte pour le moment, c’est de renverser la vapeur, c’est-à-dire exclure Stephen Harper de l’équation. Pour cela, il faudra peut-être que les partisans du Bloc québécois et même du Parti vert ne fragmentent pas le vote, quitte à faire fi de leur idéologie l’espace d’une élection. Il ne s’agira pas de voter pour le PLC ou pour Justin Trudeau, mais contre celui qui ne connaît pas la signification du mot démocratie. Dans une cause sur la liberté d’expression, le juge de la Cour suprême du Canada, Peter Cory, a écrit en 1989 qu’« il est difficile d’imaginer un droit plus important dans une démocratie que celui de pouvoir s’exprimer ».

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