Actualité

Quand il faut payer pour travailler

Par Georges-H. Houde le 2013/05
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Quand il faut payer pour travailler

Par Georges-H. Houde le 2013/05

Dans le secteur industriel, on taxe les bâtiments et les terrains, mais on ne taxe pas la machinerie parce qu’elle donne une valeur ajoutée aux matières premières qu’on transforme, principalement par la création d’emplois.

Dans le secteur agricole, les terres sont taxées parce que chaque acre de terre peut générer chaque année des revenus, desquels on soustraira comme dépenses les taxes municipales et scolaires, etc. D’ailleurs, comme les terres cultivées sont créatrices de richesses et d’emplois directs, bien des pays ne les taxent pas.

La productivité du secteur sylvicole n’est pas comparable au secteur agricole, car la rotation des récoltes forestière s’établit sur un cycle de 50 ans et plus. Ainsi, en moyenne, un lot forestier de 100 acres pourra être mis en exploitation à raison de deux acres par année. Autrement dit, 98 acres de ce lot à bois ne produisent rien financièrement annuellement ! Les taxer, ce serait comme taxer à leur pleine valeur tous les équipements d’une usine, même si on sait qu’ils seront amortis sur une période de plusieurs années.

Une acre exploitable de forêt produit environ 20 cordes de bois. Si ce bois est vendu à raison de 100 $ la corde, on générera une vente totale annuelle moyenne de 4 000 $. Le propriétaire de ce boisé va toucher le quart de cette vente, soit 1 000 $. L’impôt sur le revenu va lui en prendre le tiers. Le profit net avant taxes sera d’environ 650 $.

À titre d’exemple, cette année, l’évaluation d’un lot du rang I Matalik à Causapscal est de 48 600 $. La taxe municipale est de 661 $ (1,36 $ par tranche de 100 $ d’évaluation). La taxe scolaire est de 170 $ (0,35 $ par tranche de 100 $ d’évaluation). Le total des taxes à payer pour ce lot est donc de 831,06 $.

Résultat : le propriétaire du lot devra subventionner son boisé de 180 $ cette année pour avoir l’immense plaisir de posséder un lot à bois, de s’en occuper et de prendre tous les risques, comme le retour d’une épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette, qui avait déjà attaqué la moitié des arbres en 1980.

Les évaluateurs de la MRC ont conclu que le propriétaire du lot était un idiot de première classe et ils ont décidé d’augmenter la valeur du lot pour l’inciter à le vendre, disons 50 000 $ – depuis 2005, la valeur de ce lot a augmenté en moyenne de 5 800 $ par année. Si ce producteur investissait le produit de sa vente à seulement 1 % d’intérêt, il récolterait 500 $ annuellement sans risque, sans effort et sans aucune participation au développement économique de la région ! Il deviendrait un spéculateur qui vendrait probablement à un autre spéculateur. Ainsi ont commencé les ventes pyramidales, les ventes à découvert, les « subprimes » qui ont créé une bulle (tout ce qui monte retombe un jour) qui a fini par « péter » et provoquer une crise économique en 1929, puis une autre en 2006. Plusieurs propriétaires n’auront d’autres choix que de vendre, même si leurs lots sont productifs, car la rentabilité est devenue impossible à atteindre.

Si on fait un parallèle entre la création d’emplois et le développement du secteur forestier, on doit nécessairement conclure que les gouvernements, de tous les niveaux, doivent aider les producteurs forestiers et promouvoir l’exploitation optimale des forêts privées et publiques et leur transformation. Actuellement, la MRC de la Matapédia, qui se prend pour un petit gouvernement, favorise, et de loin, la spéculation sur la valeur des boisés plutôt qu’une exploitation rentable. Pourtant, nous connaissons tous les effets récents et désastreux de la spéculation dans les domaines immobiliers et financiers. Ces effets ont provoqué la crise actuelle dans la transformation du bois et dans l’économie en général. Au lieu de créer de la richesse pour les gens, la MRC soutient la création de la pauvreté.

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