Champ libre

La poésie, l’expérience même du politique?

Par Thuy Aurélie Nguyen le 2012/06
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Champ libre

La poésie, l’expérience même du politique?

Par Thuy Aurélie Nguyen le 2012/06

Écrire comme un chien qui fait son trou, un rat qui fait son terrier. Et, pour cela, trouver son propre point de sous-développement, son propre patois, son tiers-monde à soi, son désert à soi.

– Gilles Deleuze

Trois jours avant l’adoption de la loi spéciale par le gouvernement Charest, Arnaud Maïsetti, invité par Kateri Lemmens, professeur en création littéraire à l’UQAR, donnait un atelier de création à Rimouski. Arnaud Maïsetti est un écrivain qui enseigne les lettres à l’Université Paris VII. Il achève sa thèse de doctorat sur Bernard-Marie Koltès et anime des ateliers d’écriture créative. L’atelier, organisé en trois temps – immersion dans des textes fondateurs, temps d’écriture, temps de lecture –, s’est déroulé autour du lien qui unit la parole poétique au politique. Quoi de plus ajusté en ces temps mouvementés que de fréquenter des textes qui nous invitent à nous tenir debout, à devenir sujet de notre vie?

Au-delà d’une parole militante ou partisane, Arnaud Maïsetti s’est attaché à nous montrer en quoi la parole poétique est l’expérience même du politique. Il nous a fait revisiter des textes québécois, tel Speak White de Michèle Lalonde, aussi bien que des poèmes d’Aimé Césaire et d’Arthur Rimbaud, des chansons de Léo Ferré et de Noir Désir. Au creux de tous ces textes, une question essentielle et paradoxale : comment parler une langue déjà établie? Autrement dit, comment utiliser des mots qui ont été fabriqués et prononcés bien avant nous par d’autres que nous, et dont on voudrait s’affranchir? En se révoltant contre une part de soi-même, contre sa propre langue, en s’adressant à la langue minoritaire en soi, répond Arnaud Maïsetti. Écouter la voix qui se tait, celle qui se terre, celle qui a peur de se faire entendre dans un système, dans une langue majeure qui fait autorité.

Au fil de la lecture et de l’écriture, nous voyons comment la poésie s’inscrit dans une langue pour mieux la détourner, la transgresser, la faire imploser. Cet atelier fort stimulant est une invitation à écrire, à assumer le fait d’être un étranger dans sa propre langue. Il nous propose une vision de la poésie comme un espace à reconquérir, à construire. Un grand vent de liberté qui fait du bien par les temps qui courent!

Pour en savoir plus sur Arnaud Maïsetti et sa poétique, vous pouvez consulter ses carnets de lecture et d’écriture : www.arnaudmaisetti.net.

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