Culture

Destination Nor’Ouest du point de vue de Mikaël Rioux

Par Renou Benteau le 2011/11
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Culture

Destination Nor’Ouest du point de vue de Mikaël Rioux

Par Renou Benteau le 2011/11

Le mercredi 19 octobre, j’ai eu le plaisir d’aller à la bibliothèque Lisette-Morin pour assister à une conférence présentée dans le cadre de la 13e Semaine des bibliothèques publiques. La conférence avait un sujet tout à fait particulier et était, je dois l’avouer, difficile à lier au thème des bibliothèques publiques. En effet, elle portait sur l’émission de télé-réalité Destinations Nor’Ouest. La présentation était animée par Mikaël Rioux, jeune homme de Trois Pistoles ayant participé à l’émission en 2006.  Le concept de Destinations Nor’Ouest : suivre une équipe de franco-canadiens dans un voyage en canot de 2500 kilomètres sur 100 jours. Les voyageurs commençaient leur voyage au Canal de Lachine à Montréal et avaient comme destination la Red River Valley de Winnipeg. Pour ce voyage, certaines conditions leur étaient imposées : ils devaient faire l’expédition n’étant munis que des mêmes équipements qu’utilisaient les canoteurs de l’an 1806 et devaient se soumettre à une alimentation imitant aussi celle de cette époque. Destination Nor’Ouest n’était donc pas seulement une émission de télé-réalité quotidienne, mais elle était aussi une émission  à caractère historique, ce contenu étant mis de l’avant par l’expérience des participants.

Selon M. Rioux, quand on s’inscrit à une telle expérience, on ne se rend pas compte de ce qui nous attend. L’expérience est tellement grande que c’est impossible d’envisager tous les petits détails qui vont faire partie du quotidien de cette aventure. Les canoteurs ont fait neuf jours de formation avant de se lancer à l’eau, ce qui était vraiment peu comparé aux défis qu’ils ont dû affronter sur le terrain. M. Rioux nous a raconté que les deux premières semaines ont été la vraie période de formation. C’était pendant ce temps-là qu’ils ont acquis toutes les habiletés nécessaires : comment faire un feu quand tout ce qu’il faut est  mouillé, comment préparer la bouffe et la rationner au cours de la journée, comment réparer le canot qui se fend, et j’en passe. Le canot, qui n’était évidemment pas comparable à ceux fabriqués aujourd’hui, a été l’élément qui leur a donné le plus de fil à retordre. En effet, il était fait à partir d’écorce de cèdre, donc vulnérable aux forces de la nature. L’équipe a passé plusieurs heures à le réparer. Cela a occupé une grande partie de leurs soirées. Plusieurs fois, il leur est arrivé de ne plus pouvoir avancer tellement qu’il y avait de trous et de fentes dans le canot. Dû à ces mésaventures, ils ont pris du retard et ce, dès le début.  En effet, l’équipe avait droit à un congé par semaine, mais ils n’ont jamais été capables d’en profiter tellement qu’ils ont été entravés par l’écorce faible de leur canot. M. Rioux nous a avoué que pendant les deux premières semaines, il a désespéré. Il n’avait pas du tout confiance qu’ils allaient toucher la terre de la Red River Valley dans le temps prévu, mais heureusement, ses impressions se sont avérées négatives : ils ont tous réussi à accomplir le voyage.

Le lien que lui et ses compagnons ont développé avec la nature est l’aspect de la présentation qui m’a le plus intéressé. En effet, ayant passé cent jours à l’écart de la civilisation, ils se sont retrouvés dans un véritable néant ; le rapport qu’ils ont eu avec leur environnement a été vraiment unique. À part avec les caméramans (qui restaient quand même loin d’eux), ils n’ont eu aucun autre contact avec d’autres personnes. Tous les jours, ils ne voyaient que les arbres et les bêtes sauvages. Ils n’entendaient que le bruissement des feuilles et le bourdonnement du courant. Les créatures ne les lâchaient pas d’une semelle, même dans leur sommeil. Chaque nuit, la forêt et ses habitants envahissaient leurs rêves.  Mikaël nous a parlé du sentiment de liberté qu’il a ressenti pendant l’expédition, un sentiment qu’il n’avait jamais éprouvé auparavant et qu’il a eu du mal à retrouver par la suite. Lui et ses compagnons sont chanceux d’avoir eu l’opportunité de vraiment connaître ces terrains moins connus, ces terrains qui ont donné naissance à un peuple, car dans les villes, on est tant encombré par tout ce qui se passe dans la vie quotidienne qu’on oublie qu’un autre monde existe, celui de la nature.

Une fois revenu à la civilisation, Mikaël Rioux n’a pas ressenti les émotions auxquelles il s’attendait. Au lieu de se réjouir de retrouver le luxe qu’il avait été forcé d’abandonner pendant des mois, il s’est senti profondément bouleversé. Après son expérience, la décadence de la vie occidentale lui a sauté aux yeux. Au premier supermarché où il est allé, il a été accablé par tout ce qu’il a vu : des tablettes bourrées de mille produits aux emballages individuels colorés et difficiles à regarder. Il a immédiatement réalisé que nous avions inventé beaucoup de choses dont la plupart sont complètement inutiles. Elles n’ont pour but que d’offrir plus de diversité et plus de confort. M. Rioux a soulevé le point qu’on a perdu de vue que ces objets ne devraient pas être aussi important qu’on l’estime et qu’au lieu de nous procurer le bonheur, ils nous en prive.

En somme, l’expérience de M. Rioux l’a beaucoup marqué. Cette épreuve exceptionnelle l’a poussé au bout de ses limites, plus que toutes celles vécues auparavant. Elle a complètement changé la façon dont il voyait la vie. Il est même allé jusqu’à dire qu’une telle expérience devrait être une partie obligatoire de la formation de chaque jeune québécois et québécoise. En outre, M. Rioux et ses compagnons ont vécu les mêmes expériences que celles des hommes qui ont bâti la province, ces hommes qui ont établi ces routes le long du fleuve Saint Laurent et qui sont devenues, au fil du temps, les villes et les villages d’aujourd’hui.

Pour en savoir plus : http://tva.canoe.ca/emissions/destinationnorouest/

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