
Entre Papa Legault qui méprise ceux et celles qui ne sont « pas assez consensuels » comme Victor-Lévy Beaulieu, au point de refuser à l’éminent et regretté romancier des funérailles nationales, et Paul Saint-Maurice Duplessis (appelons-le PSMD à partir d’ici) venu dénoncer leur « manque de loyauté envers le Québec » et leur « vacuité intellectuelle », parce qu’ils et elles ne se gorgent pas à pleine panse du pablum identitaire que son parti nous sert depuis déjà au moins quinze ans, les artisanes et les artisans culturels québécois se trouvent dans une tempête à l’intérieur d’une tempête.
Un cyclone sans œil
Quelle élégance de faire reposer tout le poids de la lutte pour la survie de la culture québécoise sur les frêles épaules de ceux et celles dont le revenu annuel moyen se situe sous le seuil de pauvreté, alors que le raz-de-marée de purin pseudo-culturel anglo-saxon nous noie déjà! Sans parler de notre renoncement collectif face à la disparition de notre patrimoine bâti sur lequel roulent les bulldozers des pushers à maisons toutes pareilles et autres mégalomanes qui ont trouvé dans le « développement immobilier » la parfaite courroie de transmission de leur vision dangereusement mortifère, facilité par la médiocrité et la corruption morale endémique des administrations municipales.
Et c’est ainsi que celui qui aspire à guider le Québec vers le Pays à la barre du navire-amiral de l’indépendance le fait sans gouvernail, sans boussole, sous un ciel sans étoiles, juste avec la mappemonde des régimes autoritaires d’où viennent des idées qui deviennent un peu trop à la mode par les temps qui courent.
Voilà qui garantit un périple louvoyant entre slogans populistes, nationalisme de ressentiment, étiquetage du progressisme social comme élément de subversion par le régime fédéral et soumission sans retour au Grand Capital, surtout états-unien, et à l’impérialisme occidental, le tout sans jamais aboutir à une réelle libération, ni nationale, ni populaire.
Car la rhétorique justement très populiste de PSMD lève bien des drapeaux rouges quant à sa vision de la société québécoise, et pas seulement au sujet de ses artistes!
Celui qui s’est défini comme résolument « anti-gauche radicale » a aussi pris la peine de nous communiquer son hostilité envers les syndicats, surtout envers la cheffe de la FTQ Magali Picard, de qui il a pratiquement exigé de montrer déférence inconditionnelle à la baudruche binoclarde qui parade comme ministre du Travail.
Il a félicité publiquement l’Amerikanischer Führer pour son retour sur le trône du suzerain états-unien alors qu’il n’en était nullement obligé, n’en déplaise à ses frotteux qui avaient parlé de « politesse diplomatique ».
Il tolère l’entrisme de militants, de militantes et d’organisations d’extrême droite à l’intérieur de son parti tels que les néo-vichystes de Nouvelle Alliance, tout en rejetant l’idée que Québec solidaire puisse faire partie d’une éventuelle coalition indépendantiste!
Et tout ça, promu par un régime de propagande d’État formé d’artistes dont le soutien public sera conditionnel à leur « loyauté envers la Nation »?
On n’est pas très loin du « Travail, Famille, Patrie », avec un projet politique aussi réactionnaire et coincé dans ce sempiternel nationalisme de survivance datant d’une époque où l’adhésion à un peuple se résumait au sang et, surtout, à la couleur de peau.
Mais au 21e siècle, après des décennies de migrations plus ou moins forcées par les guerres et les exactions colonialistes dans les pays du Sud global, il serait simplement normal de nous réunir autour d’idéaux de bien commun et de justice sociale qui transcendent ces vieux écueils! Sauf que dans le monde délirant de la « subversion migratoire » et de l’ethno-nationalisme, on voudrait me faire croire que je dois plus ma solidarité et ma loyauté à Luc Poirier, aux autres petits sociopathes parvenus obscènes de son genre, les Olivier Primeau, François Lambert, Guillaume Abbatiello, aux crosseurs, aux exploiteurs, aux barons-voleurs bien blancs et bien cravatés plutôt qu’à quelqu’un comme Ahmed al-Ahmed, le héros de la fusillade de Bondi en Australie ou, plus en contexte, à Ali, le jeune réfugié afghan venu au Canada, que j’ai aidé à fuir les talibans.
C’est contre ça que tant d’artistes se sont soulevés, cher PSMD.
La balle est dans votre camp, pas celui des « déloyaux ».
Comme me l’a dit un camarade qui milite dans vos rangs, il serait peut-être temps que la gauche envahisse le PQ, par la force, pour que vous compreniez le message!

