
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je crois que nous, Québécois et Québécoises, vivons dans un des racoins les plus beaux de la planète.
Je ne le dis pas tant par chauvinisme – peut-être un peu – que par constat relativement objectif. Notre demi-pays, entre la majesté de son fleuve et l’immensité de ses forêts aux nuances de vert allant de l’émeraude à l’absinthe, ses montagnes façonnées par des millénaires de mouvements orogéniques, les milliers de lacs et de rivières qui forment, à vue de ciel, une vaste toile bleue, rayonne sur la mappemonde. Et au confluent de ces merveilles dont la beauté infinie donne presque envie de croire en une Création divine, on trouve les éléments qui permettent à la vie de s’y épanouir, incluant bien sûr la vie humaine, dont la bêtise collective empêche de saisir l’ironie que nous en sommes les principaux fossoyeurs.
Voici donc que nos larbins du Capital, notre gouvernement de chambre de commerce beauceronne, nos distributeurs de contrats en échange de dépôts dans la caisse électorale, travaillent d’arrache-souches pour vendre ce qui nous reste de trésor sylvestre aux compagnies forestières les plus offrantes à travers l’ignoble projet de loi 97.
Voici donc aussi que plus tôt cet été, en juillet, la Radio de nos Impôts diffusait un reportage dans lequel la Société des cabourons du Kamouraska sonnait l’alarme et réclamait une fois de plus un statut de protection juridique pour ces grandioses inselbergs qui, près du fleuve, donnent au Kamouraska son relief distinct et abritent une flore aussi magnifique que fragile.
Parce que les cabourons sont menacés non pas juste par les octrois de claims pour la prospection minière, mais aussi par la spéculation immobilière! D’ailleurs le média Pivot, sous la plume de son vaillant journaliste d’enquête Sam Harper, exposait les malversations légalisées de Contigo Ressources et de « 14180666 CANADA INC. » (non, ce n’est pas louche du tout!) qui ont acheté en date de juillet 2024 des droits d’exploration le long du fleuve entre Kamouraska et Rivière-du-Loup, dont de nombreuses parcelles de terrain composées de terres agricoles, forestières et, oui, des cabourons!
Autrement dit, autant d’infâmes compagnies dirigées par des baise-la-cenne sans morale que les milliardaires baveux à la Luc Poirier de ce très bas-monde cherchent à obtenir pignon sur rue au milieu de notre paradis, histoire de le transformer en enfer, de dérober à la plèbe un peu plus d’accès aux beautés de notre demi-pays pour mieux les ravager!
Et ce, en toute légalité – l’ignominieuse Loi sur les mines permet aux détenteurs de claims d’explorer le sous-sol, peu importe à qui appartient la surface. Et il ne suffit que de quelques mamours à des administrations municipales peu scrupuleuses pour changer le zonage et permettre le développement immobilier à peu près n’importe où.
Heureusement, les Autochtones gardiens du territoire sont encore une fois montés aux barricades, ce qui a malheureusement mené à des confrontations contre des ouvriers et des ouvrières forestières qui gobent à pleine gorge la propagande et la désinformation pelletée dans leur face par leurs employeurs.
Les syndicats réclament une révision du projet de loi, mais ils devront se mettre en mode syndicalisme de combat pour à la fois sauver le territoire et bien représenter les travailleurs, ce qui ne pourra se faire qu’avec une alliance d’égal à égal avec les Premiers Peuples.
Tout cela mène à une question cruciale : jusqu’où aller pour défendre le territoire à la fois contre les multinationales et contre notre régime de Vichy à caractéristiques québécoises?
Nous en sommes malheureusement, après des années d’immobilisme, à considérer l’emploi de la force à l’encontre du monopole étatique sur la violence « acceptable », lui-même rendu moralement invalide par la corruption endémique de nos institutions.
La désobéissance civile? Oui, encore plus, et de manière encore plus affirmée et radicale, des tactiques encore plus diversifiées allant jusqu’à l’action directe, mais organisée et encadrée par une éthique bien définie.
C’est au pied de ce mur que nous ont acculés la classe gouvernante et les Médias des Gens de Bien toujours prompts à condamner toute « violence » qui ne vient pas de l’État.
Et comme je l’avais déjà écrit dans ces pages, ce sont les dirigeants et les dirigeantes qui décideront du ton adopté par la résistance.


