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Salut Victor le grand!

Par Eudore Belzile le 2025/06
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Salut Victor le grand!

Par Eudore Belzile le 2025/06

L’oeuvre de Victor-Lévy Beaulieu est trop vaste et protéiforme pour que je puisse en témoigner raisonnablement. Le commun des mortels a du mal à croire qu’un écrivain puisse être aussi prolifique et toucher à tant de formes dans une seule vie. 

J’ai rencontré l’homme la première fois, à un cocktail d’ouverture, lors d’un week-end d’ateliers de théâtre aux Trois-Pistoles. Il est venu vers moi et m’a dit franc et net: « Toi et moi, ça fait longtemps qu’on aurait dû se parler » Il m’a soustrait au groupe, alors qu’on était les principaux invités, m’a emmené à l’écart et on a longuement échanger, au désespoir des organisateurs.

D’autres rendez-vous ont eu lieu par la suite, parfois jusqu’à très tard dans la nuit. Parfois après une partie de quilles. Il aimait débattre et ne lâchait jamais le morceau. 

Ce même week-end, on se retrouve à une table avec un maquilleuse professionnelle et Victor lui fait remarquer qu’elle a un sourcil plus arqué que l’autre. Elle dit « Oui j’ai un oeil plutôt faible, ce qui explique la forme de mon sourcil. J’utilise mon autre oeil pour maquiller. » 

« Erreur, lui dit Victor, c’est avec l’oeil qui fonctionne mal que tu maquilles, on crée toujours avec nos failles. » 

J’ai compris ce jour-là, que la poliomyélite dont il avait été victime à son adolescence et l’avait laissé à moitié paralysé d’un côté du visage et d’un bras, avait joué un rôle fondateur dans son écriture. Il a creusé encore et encore les failles, le côté obscur des êtres. 

J’aimais cet homme, plein de contradictions, qui voulait tout avaler, mais respectait ceux qui se coltinait avec lui, s’il jugeait que leur parole et leurs actes étaient en concordance. À l’exception d’une courte oeuvre théâtrale que lui demandai pour Pièce de résistance en 4 services, je n’ai monté aucune de ses oeuvres, car il tenait lui-même théâtre aux Trois-Pistoles.

On n’était pas en compétition mais en émulation. Et sa Guerre des clochers de l’été 1997, était de la ben belle ouvrage.

Et puis en haut de la pile, l’Héritage! oeuvre télévisuelle inclassable, qui lui a permis de connecter avec son peuple, en lui révélant des choses inavouables et taboues, d’autres remplies de poésie et grandeur, dans une langue admirable de sa totale invention. 

Merci Victor le grand! Repose en paix, Seigneur des Trois-Pistoles. Nul besoin de funérailles nationales, quand on est au sommet de l’Everest!

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