
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local
Dans le Bas-Saint-Laurent, dix centres de la petite enfance (CPE) ont entamé une grève de cinq jours au cours de la semaine du 19 janvier. Ce mouvement revendicatif porte principalement sur la nécessité d’un allégement de la charge de travail des éducatrices ainsi qu’une meilleure définition des ratios afin de garantir un équilibre adéquat entre le nombre d’enfants et les professionnels responsables. Par ailleurs, malgré les engagements pris en 2021 par le gouvernement du Québec pour créer 37 000 places subventionnées d’ici mars 2025, le ministère de la Famille assure être en bonne voie pour atteindre cet objectif avant l’échéance prévue.
Les conséquences de la précarité sur la petite enfance
La précarité durant la petite enfance a des répercussions profondes sur le développement cognitif, la réussite scolaire et l’insertion sociale et professionnelle. Les jeunes enfants issus de milieux défavorisés sont particulièrement vulnérables, et l’impact de la pauvreté se révèle plus marqué lorsqu’elle survient dès les premières années de vie. Offrir des solutions d’accueil adaptées ne constitue pas seulement un soutien aux familles dans la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, mais c’est aussi un levier essentiel dans la lutte contre l’exclusion sociale (Bouyala et Roussille, 1982).
Un accès inégal aux services de garde
Une large proportion des enfants de moins de trois ans est gardée soit par leurs parents, soit par des proches à titre gratuit. Cette situation soulève des interrogations sur l’accessibilité des services d’accueil, en particulier pour les familles aux ressources limitées. Le revenu parental joue un rôle déterminant dans le choix et l’accès aux structures de garde, et les inégalités se creusent en fonction des moyens financiers disponibles. Ainsi, les familles les plus modestes voient leurs options restreintes, et le développement des solutions de garde ne semble pas encore répondre à une logique de redistribution équitable.
L’impact de la configuration familiale
L’accès aux services d’accueil ne dépend pas uniquement des ressources financières, mais aussi de la configuration familiale. Les parents de jeunes enfants, et plus particulièrement les mères, se retrouvent souvent contraints de quitter leur emploi faute de solutions de garde accessibles et abordables. De plus, le nombre d’enfants à charge influence directement le recours ou non aux structures d’accueil.
Des horaires de travail contraignants
Les conditions de travail des parents jouent également un rôle dans ces inégalités. Les ouvriers et employés, dont les horaires sont souvent imposés par l’employeur et marqués par des rythmes fluctuants, rencontrent des difficultés accrues pour trouver une garde adaptée. Les horaires atypiques ou imprévisibles rendent complexe le recours aux structures d’accueil classiques, même lorsque celles-ci adaptent leurs plages horaires. La nécessité de combiner plusieurs solutions de garde pour assurer une prise en charge stable et cohérente devient alors une contrainte supplémentaire pour ces familles.
Un isolement social renforcé
Enfin, les enfants issus de milieux précaires évoluent souvent dans un cadre où les liens sociaux sont plus faibles. Leurs parents sont davantage isolés, voient moins souvent leur famille et leurs amis, et participent moins aux activités culturelles et associatives. Face à cette réalité, la faible implication des politiques publiques en faveur de la petite enfance dans les milieux défavorisés suscite des interrogations. L’accueil et l’éducation des jeunes enfants ne relèvent plus uniquement de la sphère privée, mais constituent un enjeu sociétal majeur qui requiert une attention accrue de la part des pouvoirs publics.
Source
Boyer, Danielle. « Modes d’accueil de la petite enfance et précarité ». Empan, 2005/4 no 60, 2005. p.91-100. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-empan-2005-4-page-91?lang=fr.


