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Les histoires deviennent vraies

Par Mathieu Perchat le 2024/11
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Les histoires deviennent vraies

Par Mathieu Perchat le 2024/11

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Face aux nombreuses actions collectives qui émergent dans les régions, il semble urgent d’explorer des moyens nouveaux pour construire des récits qui inspirent un avenir plus durable. Des initiatives comme celles du groupe Églantine, qui proteste chaque semaine contre le massacre en Palestine, l’atelier In Mémoria organisé le 9 novembre par la mobilisation Pointe-au-Père pour honorer les milieux naturels disparus, ou encore l’assemblée citoyenne à Rimouski prévue le 1er décembre pour redonner le pouvoir à la population pour sauvegarder ses espaces naturels, traduisent ce besoin de changer de vision collective. Ces actions montrent la volonté de tracer de nouvelles voies pour un futur commun, en expérimentant des pratiques concrètes pour transformer notre manière de vivre.

Une subjectivité écosophique

L’enfermement de la pensée dans les logiques de production capitaliste, qui dominent aujourd’hui, conduit souvent l’imagination humaine à s’épuiser dans des visions de catastrophes inévitables ou à se perdre dans la fascination de mondes imaginaires lointains et interstellaires. Ces projections ne favorisent ni l’évolution de nouvelles perspectives personnelles ni la réinvention de nos manières de coexister avec le vivant. Pour aller de l’avant, il est crucial de concevoir l’humain comme un élément parmi d’autres dans un écosystème riche et varié, où chaque forme de vie a son rôle et sa place. Cette vision invite à multiplier les points de vue et à réintégrer la diversité dans nos représentations du monde.

Créer une subjectivité écosophique, une sensibilité renouvelée aux rapports sociaux et au vivant pourrait devenir un moyen puissant de réinventer notre lien à l’environnement. Et ce renouvellement se fait surtout par la création de récits. Par exemple, la fiction, qu’elle soit de science-fiction ou d’éco-fiction, a ce potentiel de nourrir en nous un désir de changement et d’élargir nos cadres de pensée face aux défis écologiques.

À travers le récit, les sociétés redécouvrent leur environnement passé, présent et futur. La littérature et les neurosciences montrent que l’être humain, en créant des liens entre les éléments de son environnement, tisse continuellement des histoires pour s’adapter au monde qui l’entoure. Cependant, les récits se font rares, éclipsés par une réalité dominée par la logique capitaliste qui propose un modèle de consommation uniforme, dépourvu de sens et d’horizon.

Le pouvoir de la création

Face aux visions apocalyptiques qui alimentent la peur et l’immobilisme, il est essentiel de redonner à l’imagination le pouvoir de proposer des perspectives de vie – qu’elles soient réalisables ou purement symboliques. Les histoires deviennent vraies lorsqu’elles nourrissent des aspirations positives pour l’avenir du vivant.

Les œuvres littéraires et artistiques qui explorent les manières d’habiter ensemble, en harmonie avec le monde naturel, ont beaucoup à offrir en termes de réinvention collective. Ces nouvelles formes narratives, bien que variées, partagent un intérêt commun pour l’espace, le territoire et l’environnement qui ne sont plus des décors verts, mais des éléments centraux. Elles entremêlent des préoccupations scientifiques, environnementales, éthiques et politiques, qui invitent à repenser notre relation à ce qui nous entoure.

Inventer de nouveaux récits de villes

Alors que la population mondiale devient majoritairement urbaine, il est impératif de reconfigurer nos villes pour qu’elles soient à la fois des espaces de vie et de biodiversité. Réorganiser l’espace urbain pour favoriser des habitats écosophiques, où une végétation spontanée coexiste avec les habitants, pourrait contribuer à un « traité de paix » entre l’homme et son environnement.

Pour autant, un renouveau basé sur l’auto-organisation ne doit pas se replier sur des territoires ou communautés fermées, au risque de tomber dans un localisme extrême. La crise actuelle du récit et l’absence de perspectives relèvent de la difficulté de concilier le singulier et l’universel, le local et le global. Ni une vision uniquement locale ni une approche globale ne peut à elle seule répondre aux défis actuels. Il s’agit d’articuler les dynamiques locales et universelles, naturelles et culturelles, sans établir de hiérarchie entre l’humain et les autres formes de vie.

En somme, les interactions, qu’elles soient naturelles ou culturelles, nous rappellent que les échanges et les métissages sont au cœur des écosystèmes et des sociétés. Pour bâtir un avenir résilient, il nous faut réinvestir dans des récits partagés, où la nature et l’homme, le concret et l’abstrait, dialoguent sans cesse pour imaginer des horizons nouveaux et vivifiants. L’assemblée populaire du 1er décembre est l’exemple d’une occasion pour écrire concrètement de nouveaux récits.

Limido, Patricia. « Éco-fictions et territoires ». Chimères, 2023/2 N° 103, 2023. p.211-224. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-chimeres-2023-2-page-211?lang=fr.

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