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Le petit prince à la rescousse

Par Celine Nyinawumuntu le 2024/10
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Le petit prince à la rescousse

Par Celine Nyinawumuntu le 2024/10

Dans nos collectivités occidentales, exprimer sa liberté politique devient un calcul minutieux. Il serait pourtant urgent de retrouver un peu d’imagination pour faire face au monde de demain!

En politique, le monde semble se diviser en deux axes : gauche et droite. Pour les tenants de la gauche, le monde devrait principalement être empreint de progrès sociaux, d’égalité, de solidarité. De l’autre côté, ce monde serait conservateur des traditions et de l’ordre et défendrait les libertés individuelles, etc. Au centre de l’échiquier, le monde serait un amalgame d’idées de gauche comme de droite. Puis aux deux bouts, se trouvent les extrêmes.

Au Québec, il est question de fédéralisme et d’indépendantisme et, depuis quelques années, les partis se baladent sur l’échiquier politique à gauche ou à droite. Dans les faits, on constate que, devant les enjeux identitaires et climatiques, devant les défis de distribution de la richesse, les politiciens changent leur fusil d’épaule1.

En 2024, on peut se demander si cette vision binaire du monde ne serait pas devenue vieillotte.

Comme le souligne Françoise Kourilsky, le mode « binaire de raisonnement consiste à distinguer, à disjoindre. Il nous conduit à cloisonner ou à opposer pour comprendre […] à poser les problèmes en termes de dilemme, de contradiction ou d’opposition2 ». Il nous fait aboutir dans un monde où un seul parmi nous peut gagner3.

Ne sommes-nous pas rendus à imaginer des propositions politiques appuyées par un raisonnement qui concilie des réalités apparemment contradictoires, ce qui nous permettrait enfin de transcender la bipolarisation des croyances?

Un tel monde politique exigerait de nous d’élire des sages, non pas pour défendre nos intérêts (gauche, droite, extrême droite), mais pour leur discernement face à la complexité du monde.

Comme le dit Antoine de Saint-Exupéry, « on peut ranger les hommes en hommes de droite et en hommes de gauche, en bossus et en non bossus, en fascistes et en démocrates, et ces distinctions sont inattaquables. Mais la vérité, vous le savez, c’est ce qui simplifie le monde et non ce qui crée le chaos4 ».

À notre humble avis, une telle prouesse exigerait de réapprendre à nous apprivoiser pour saisir le monde dans sa globalité. Il nous suffirait peut-être de relire le livre le plus lu au monde après la Bible, Le Petit Prince. Plus exactement lorsque le petit prince demande au renard :

« Qu’est-ce que signifie ‘‘apprivoiser’’?

-C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie ‘‘créer des liens…’’

-Créer des liens?

– Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde… »

1. Philippe Mercure, « La Gauche et la droite au Québec », La Presse, 25 septembre 2022, https://www.lapresse.ca/contexte/2022-09-25/l-edito-vous-repond/la-gauche-et-la-droite-au-quebec.php

2. François Kourilsky, Du désir au plaisir de changer. Coaching et management du changement, Dunod, 2023.

3. Ibid.

4. Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes, Gallimard, 1939.

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