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Pour les fêtes : comment partager une véritable discussion sur l’écologie ?

Par Mathieu Perchat le 2022/12
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Pour les fêtes : comment partager une véritable discussion sur l’écologie ?

Par Mathieu Perchat le 2022/12

                Les fêtes sont l’occasion de se réunir avec de nombreuses personnes qui ne partagent pas forcément les mêmes directives de vie et priorités. Ce moment devient propice à l’écoute de l’autre et aux rectifications d’opinions stéréotypées.

L’article-ci présent vise à offrir des outils pour structurer votre pensée et à vous rendre prêt à échanger !

                Il faut le dire[1], de nombreuses fausses croyances sur l’écologie sont encore à l’origine de l’inaction. Le problème écologique est également tronqué, ou amoindri par ces mêmes croyances.

Le rapport du GIEC du début de cette année a mis un trait sur le doute de la responsabilité des activités humaines dans l’évolution climatique actuelle et tous les phénomènes du réchauffement. Pour rappel, le GIEC n’est pas un Lobby, mais un regroupement de plusieurs pays chargé d’évaluer le changement climatique sans parti-pris. Des milliers de scientifiques du monde entier sont réunis pour proposer une vision éclairée de l’évolution du climat. Son rôle est alors de proposer une synthèse de milliers de travaux scientifiques.

Nos réponses vont donc principalement être tirées des réponses qu’apporte le GIEC.

                Une seconde question pourrait interroger sur la pertinence de pointer le réchauffement climatique sachant que c’est un phénomène naturel. La réponse est que ce n’est pas tant le réchauffement qui pose problème, mais le rythme effréné auquel il advient. Et cette vitesse n’a rien à voir avec les cycles naturels, elle est principalement due aux activités humaines. En gros, depuis la révolution industrielle, nous avons ravagé notre planète, la biodiversité ne fait que diminuer à tel point que nous assistons à la 6e extension de masse. La dernière avant celle-ci était celle qui a eu lieu avec les dinosaures par cause d’astéroïde.

                Penser qu’il est trop tard pour agir, argument purement nihiliste, ne marche pas. Chaque fraction de degré évitée est déjà une réussite. Le réchauffement a déjà augmenté de 1.1 degré en moyenne partout dans le monde, mais dont certains pays le ressentent bien plus fortement. Moins les actions de réductions seront mises en place, plus la température augmentera, et la violence des conséquences suivra.

Atteindre deux degrés, ce n’est pas un pull que l’on met ou un climatiseur que l’on installe. Ce sont des villes qui atteignent 50 degrés, ou des froids intenses qui surviennent. De ce fait les actions politiques, les actions réalisées au sein des cités (politiques et citoyennes) vont déterminer la fréquence de ces phénomènes. Les émissions de la prochaine décennie vont être décisives !

On pourrait se dire que les causes pour lesquelles on milite semblent très lointaines, que la victoire semble de plus en plus hypothétique. Mais ce qui importe, c’est de faire ce qui nous semble être le plus juste à faire présentement.

La technologie nous sauvera-t-elle ? Penser que la solution viendra des technologies, c’est continuer à penser que le système qui a engendré la crise climatique ne devrait pas être changé. Que nos habitudes de vie destructrices pourront rester identiques, et cela grâce à l’ingénierie humaine.

Or, rien ne permet de dire aujourd’hui que ces hypothétiques technologies vont réussir à réduire suffisamment les émissions carbone. Et si elles vont voir le jour. Même les techno-optimistes le disent, on ne peut faire l’impasse d’une sobriété si on souhaite rester sous les deux degrés.

Le meilleur CO2, c’est celui qu’on n’émet pas.

                Si on compense nos émissions avec la plante massive d’arbres, alors tout va bien. Cette action, aussi efficace que cela, ne peut pas servir d’excuse pour ne pas réduire nos émissions. Car le CO2 qu’absorbent les arbres ne se situe pas sur la même échelle de temps que le CO2 émis par les activités humaines. Un arbre planté pour réduire une émission va commencer à l’absorber que progressivement sur 5 à 10 ans selon les espèces plantées, alors que le CO2 de l’activité humaine est diffusé immédiatement. Durant ce laps de temps, le CO2 émis contribue au réchauffement du climat. De ce fait, les arbres plantés aujourd’hui ne seront pleinement efficaces que dans vingt à trente ans au mieux. Or, c’est maintenant qu’il faut réduire significativement nos émissions.

Le plus aberrant est que des forêts primaires sont détruites pour laisser place à des projets de compensation carbone…

Les biens que l’on consomme et les matières premières pour nos productions sont principalement importés, ce qui place la charge carbone dans les pays producteurs et non dans les nôtres. Cette émission carbone a explosé ces dernières années. Seule la moitié de nos émissions carbone sont alors émises sur notre territoire. C’est pour cette raison que la lutte contre le dérèglement doit être mondiale.

                Ainsi, le but de l’écologie est de produire une adéquation entre les activités humaines et l’environnement et aux injustices sociales grâce à une refonte de notre modèle de consommation du capitalisme débridée et à l’hyperproductivisme. Ce que l’écologie demande, c’est de revenir à la raison, et non à l’âge de pierre. En fait, ce qui est demandé, c’est de sortir du système de surconsommation et de l’abondance de biens, pour revenir comme aux années 60. Ainsi, le modèle de société qui est visé est une société plus démocratique, qui respecte le vivant et offre une voie d’émancipation pour chacune et chacun.

Ne préfèrerons-nous pas un futur plus sobre, mais plus lumineux à un futur plus sombre ?

Sources :

Concernant la plante des arbres : https://www.bbc.com/afrique/monde-55815199

Analyse carbone : https://www.carbonbrief.org/analysis-which-countries-are-historically-responsible-for-climate-change/

Et un p’tit ouvrage sur ces questions : https://www.glenat.com/documentaires/10-idees-recues-sur-le-climat-9782344048115


[1] Ça m’a toujours étonné l’utilisation du pronom masculin pour cette expression ; on pourrait presque dire « elle faut » sans que le sens change….

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