Actualité

Après le pétrole, point de salut ?

Par Alain Vézina le 2013/07
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Après le pétrole, point de salut ?

Par Alain Vézina le 2013/07

Difficile de rendre compte de ce petit livre, Un écologisme apolitique ?, sans rendre un peu justice au mouvement des initiatives de transition qu’il commente et critique. Les deux auteurs, des Anglais, en ont pour le caractère apparemment apolitique du mouvement et s’adressent manifestement à ses acteurs, d’où l’intérêt faible de l’ouvrage pour un public non initié. Appuyant le mouvement sans grande réserve, leur critique se veut constructive.Peu connu au Québec, ce mouvement compte maintenant plus de 1 100 initiatives officielles de par le monde, principalement dans les pays anglo-saxons. Le mouvement est né en 2005, autour d’un enseignant des techniques de permaculture, Rob Hopkins, un Anglais alors installé en Irlande. En 2004, il prend connaissance de l’éventualité du pic pétrolier et en tire certaines conclusions concernant l’offre énergétique qui succédera à ce pic.

L’appel en est un de résilience communautaire : la construction de l’aptitude collective à résister aux inévitables chocs énergétiques qui s’annoncent et à leurs conséquences, en conservant un regard positif sur la suite des choses. Telle qu’envisagée, la résilience communautaire (d’une ville, d’un village, d’un archipel) passe par une relocalisation sensible de certaines activités rendant apte à une autonomie à l’égard des besoins les plus essentiels tels que l’alimentation.

En effet, dans les transports, c’est encore 97 % de l’énergie qui provient du pétrole. Le secteur des transports, loin de se limiter à celui des personnes, demeure celui où les énergies renouvelables, économiquement accessibles, progressent le plus difficilement. Pour les quelques prochaines décennies, les alternatives propres « à prix populaire » sont encore absentes du tableau.

Le pic du pétrole

Il semble maintenant admis que la production du pétrole dit conventionnel (aisé à mettre en flux et donnant un excellent rendement énergétique par unité d’énergie investie) a atteint son pic vers 2006-2008. Il semble tout aussi admis que la production mondiale – tous types de pétrole confondus – n’a pas encore atteint son maximum et pourrait encore croître de quelque 15 millions de barils par jour pour se chiffrer à 103 millions de barils par jour vers 2020 avant de décliner. Cela implique que l’on brûlera alors, en 2020, plus de pétrole par jour qu’en aucun autre moment de l’histoire passée et, probablement, à venir.

Exploiter le pétrole entraîne des risques et des dégâts sur des étendues grandissant autour des sites d’exploitation. De plus, le rendement énergétique en retour de l’énergie investie est en voie de devenir très faible : de moins de huit à un, voire de trois ou deux à un, alors qu’il fut auparavant de 100 à un dans le cas des gisements conventionnels en cours d’épuisement.

Un manuel de transition

En 2008, Hopkins a publié le Manuel de transition. Depuis, huit initiatives de transition ont été organisées au Québec. Pour faire voir le sérieux de l’affaire, sans être aussi explicites que les initiatives de transition, les nouveaux schémas d’aménagement ou plans d’urbanisme de Sherbrooke et de Rimouski tendent à anticiper la donne énergétique à venir. Les autorités municipales motivent d’abord les directions proposées dans ces nouveaux plans d’aménagement par un souci de proximité des services. Faire de chaque quartier un village dans la ville serait une situation favorable aux déplacements actifs et, bien sûr, à l’économie d’un pétrole importé qui pourrait vite se renchérir tout en grevant les budgets familiaux, municipaux ou nationaux.

Tout de même, à lire ces documents, on sent une grande frilosité politique à s’engager dans cette voie avec la vigueur requise. Les habitudes et les aspirations lucratives des promoteurs immobiliers et des individus, bien qu’encadrées, pourraient rester presque les seules à « faire la ville ».

On peut en effet se demander si ces initiatives plutôt administrées de haut en bas (top-down) peuvent se montrer à la hauteur des défis qui se présentent à nous. Les initiatives de transition cherchent à les résoudre selon une approche nettement plus participative, de bas en haut (bottom-up). Et l’on ne parle pas ici de participation par présence aux assemblées municipales.

Pendant ce temps au Québec

Au Québec, nous demeurons fortement pris dans une culture et une dynamique politique et économique bipolaires, soit privée (ménages, entreprises), soit publique (l’État – selon une légitimité établie de haut en bas, du national au municipal). C’est une dynamique que les initiatives de transition veulent ouvertement dépasser, souvent par un entreprenariat de réseau à portée locale et par une économie sociale sans cesse élargie, instaurant un faire-ensemble et des « communs » (commons, en anglais). On peut penser, par exemple, à des fiducies foncières communautaires afin de protéger et jardiner des terres, à installer des ateliers et des entreprises ou à offrir à pérennité du logement abordable.

On a effectivement beaucoup à retirer d’une démarche qui consiste à soutenir un flot d’initiatives de bas en haut, en instaurant des communs, c’est-à-dire en se sortant de la courte vue et des indésirables effets de structure consécutifs à l’affirmation d’intérêts trop privés. Pensons à la dynamique ordinairement spéculative des prix de l’habitation (logements ou maisons), laquelle fomente sournoisement l’exclusion sociale.

Le mouvement des initiatives de transition présage qu’un processus dynamique puisse s’engager entre celui-ci, la population, les entrepreneurs locaux, ceux de l’économie sociale et les administrations municipales de la proche région. Une monnaie locale complémentaire serait tout à fait appropriée pour nourrir un tel lien.

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