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Débat sur l’environnement : la question qui tue

Par Noémi Bureau-Civil le 27 septembre 2022
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Débat sur l’environnement : la question qui tue

Par
Marc Simard
le 27 septembre 2022

 J’ai déjà partagé mes impressions à propos du débat électoral sur le thème de l’environ-nement qui a eu lieu le vendredi 23 septembre au cégep. Les partis politiques présents (QS, PQ, PLQ, Climat Québec) ne m’ont malheureusement pas impressionné. Pour avoir un tour d’horizon plus complet, j’ai écrit à Noémi Bureau-Civil (candidate indépendante aux dernières élections fédérales qui avait promu la décroissance) pour lui demander ses impressions.

Je vous partage sa réponse.

Salut Fred,

Tout d’abord, c’est une bonne chose d’avoir dédié l’entièreté d’une séance question-ré-ponses (car ce n’était pas vraiment un débat) pour sonder les candidat-es des différents partis afin qu’il-elles s’expriment sur les défis écologiques locaux et les solutions qu’il-elles proposent. Inutile de rappeler que la CAQ était absente, mais je le fais quand même.

Cependant, répondre aux défis locaux de manière conséquente demande une compréhension globale et systémique des enjeux écologiques de notre époque. C’est là qu’on voit que les partis sont à la traîne, alors que le temps presse.

Promettre la croissance verte sans avoir en tête la demande énergétique et matérielle qui vient avec, même en faisant fi de l’insoutenabilité sociale et écologique d’un tel projet, ça n’est pas sérieux.

Climat Québec était le seul parti à critiquer la course au progrès et à la croissance éco-nomique infinie, ce qui était intéressant à entendre. Par contre, on se perdait rapidement dans les propos plus ou moins clairs du candidat, qui au final ne semble pas convaincu de lui-même en appelant au vote «stratégique».

Voici la retranscription de la question que j’ai posé vendredi :

« Au nom de la croissance verte impossible, les promesses de transition énergétique de vos partis nous mettent face à trois limites :

Dabord, les teneurs d’exploitation des mines de métaux dits stratégiques diminuent.

Ensuite, les gisements facilement exploitables sont de moins en moins nombreux.

Et enfin, les minerais que lon exploite sont de plus en plus complexes, sur des échelles de plus en plus grandes. Il en résulte une augmentation exponentielle de la consommation deau et d’énergie, sans oublier de rappeler que l’industrie minière est, tous secteurs confondus, l’industrie la plus injuste socialement et la plus polluante au monde.

Tout ça, sans compter qu’un nouveau gisement de nickel ou cobalt (métaux nécessaires à la fabrication de batteries au lithium pour l’électrification des transports par exemple) prend en moyenne 20 à 30 ans avant de devenir une mine pleinement opérationnelle.[1]

Pour poursuivre selon les promesses de croissance via une transition énergétique que font miroiter presque tous les politiques, « la quantité de métaux à produire dans les 35 prochaines années dépasserait la quantité cumulée produite depuis lAntiquité (!!!) jusqu’à aujourdhui ».[2]

Bref, on est en train de pousser les limites minières au-delà de l’imaginable.

Ma question est pragmatique : C’est quoi votre plan au juste pour tenir vos promesses d’électrification massive et rapide au Qc tout en maintenant une trajectoire de croissance, malgré toutes les contraintes matérielles, temporelles et géopolitiques ? »

Les réponses à ma question se sont limitées au transport, alors que l’aspect énergétique touche le modèle technocapitaliste dans son entièreté. Même en ne se concentrant que sur la mobilité dans leurs réponses, on voit que l’explosion de la demande au secteur minier simplement pour la batterie automobile, par exemple, passe sous le radar de nos candidat-es. Pris dans l’engrenage d’un système politique favorisant l’électoralisme, les partis politiques sont dans une posture permettant difficilement la proposition d’un projet de société qui soit à la hauteur du plus grand défi de l’histoire de l’humanité : vivre dignement, en tenant compte des limites planétaires.

Vraisemblablement, l’état, tel qu’il est, n’est pas la structure qui nous permettra de sortir du statu quo mortifère. Même si les résultats du 3 octobre (et je le souhaite) devaient être en faveur du parti se souciant le plus de la justice sociale[3], nous devrons nous mobiliser plus que jamais pour décider ensemble d’un devenir collectif qui soit écologiquement soutenable. Le changement de paradigme nécessaire, c’est nous qui devrons l’imaginer, le créer, le réaliser.

N.B. : L’ensemble des propos de ma question est tiré d’une récente intervention de Aurore Stéphant, ingénieure géologue minière spécialisée dans les risques environnementaux et sanitaires de la filière minérale. Je vous en recommande fortement l’écoute pour comprendre à quel point la promesse de croissance infinie ne tient ni matériellement ni écologiquement la route : https://youtu.be/i8RMX8ODWQs


[1] Gauthier, P. (2021). « Déficit de production en vue pour le cobalt et le nickel », Énergie et environnement, récupéré de : https://energieetenvironnement.com/2021/08/19/deficit-de-production-en-vue-pour-le-cobalt-et-le-nickel/#more-1795

[2] Vidal, O. (2018). Mineral resources and energy, future stakes in energy transition. Elsevier. DOI : https://doi.org/10.1016/C2017-0-00318-X

[3] Selon l’INSPQ (2021), le bien-être de la population passe par la réduction des inégalités sociales. Lire « Réduire les vulnérabilités et les inégalités sociales : tous ensemble pour la santé et le bien-être », récupéré de https://www.inspq.qc.ca/publications/2781

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