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Regarder derrière son épaule ce qui se profile! Voir venir pour mieux prévenir

Par Michel Pagé le 2026/02
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Regarder derrière son épaule ce qui se profile! Voir venir pour mieux prévenir

Par Michel Pagé le 2026/02

La pêche à la crevette nordique, jadis surnommée crevette de Matane, une activité économique patrimoniale que l’on croyait momentanément en déclin au tournant des années 2020, serait maintenant en voie de disparition. Les stocks seraient sous un seuil critique, au-delà d’un point de bascule, nous disent les scientifiques, en raison des changements de conditions environnementales liées au réchauffement climatique, aux modifications soudaines des courants marins, à l’augmentation de la température des eaux et à l’acidification des océans, l’ensemble entraînant un état hypoxique des eaux en profondeur, une désertification de certaines zones de l’estuaire du Saint-Laurent. On parle moins ou peu d’autres contributions qui sévissent tout le long de la zone fluviale du Saint-Laurent : le rejet des eaux usées des villes et des villages, des usines, la dispersion des contaminants contenus dans les sédiments qui sont libérés par les travaux le long du fleuve et qui dérivent lentement vers l’estuaire. Malgré un décalage dans le temps, les exactions humaines sur le fleuve aux grandes eaux seraient aussi une cause des impacts observés sur les écosystèmes de l’estuaire.

Certes les connaissances scientifiques apportent la preuve que les changements climatiques perturbent et transforment les conditions environnementales de vie dans les profondeurs de l’estuaire du Saint-Laurent (hausse de la température de l’eau, hypoxie, acidification). 

Ces changements brusques au-delà de points de rupture des stocks font que beaucoup de bateaux de pêche sont à vendre et que beaucoup de drames personnels et communautaires se nouent.  Cependant, au-delà de la compétition des espèces et de conditions favorables à certaines, il faut reconnaître qu’une partie des conditions néfastes viendrait aussi des rejets d’eaux usées, là des villes, là de l’agriculture industrielle, là des déversements diffus sur les affluents urbains ou industriels dans le fleuve. L’état de santé du fleuve et les drames des travailleurs de la mer sont la résultante des impacts cumulatifs de la pollution qui aura dérivé progressivement vers l’estuaire sur des dizaines d’années et interagi avec les microorganismes marins. L’état hypoxique des eaux serait une résultante d’impacts cumulatifs combinés. Il serait futile de s’attendre à une amélioration de la situation si les sources de contamination ne sont pas contenues. Il faut également comprendre qu’après une période d’amélioration de la qualité de l’eau par rapport aux décades précédentes par des réductions à la source des rejets industriels, la situation se dégrade encore sous l’impact d’effets cumulatifs d’un grand nombre de développements qui s’annoncent partout en amont. Car se déploie maintenant une autre course au développement économique qui passe par la construction d’usines énergivores, le plus souvent étrangères, encouragée par la politique gouvernementale des subventions et des prêts pardonnables et l’attribution de ressources électriques à bas coûts. Ces nouvelles usines et ces activités manufacturières ou industrielles exigent plus d’infrastructures industrialo-portuaires, plus de travaux d’excavation ou de dragage sur le fleuve, donc plus de libération de contaminants emmagasinés dans les sédiments en profondeur. À trop d’incohérence et de précipitation, la nature répond par des dérèglements imparables. La guerre est toujours le fait de la folie des hommes et ici la course aux développements précipités pour des enrichissements rapides mène à une guerre contre la nature, qui répond par coups de dérèglements environnementaux et de points de bascule. On aura favorisé les John d’ailleurs pour appauvrir les Gens du pays et les Jomphe des zones de pêche, et effacer le caractère identitaire des régions.

Le défi à relever pour les travailleurs de la mer et des forêts : comprendre ce qui s’en vient en regardant au-dessus de leurs épaules. De là, protester et exiger des amendements aux politiques économiques qui avantagent les uns aux dépens de la terre et du fleuve aux grandes eaux. Les pêches et la mer, les bois et les forêts, les travailleurs de la mer et les travailleurs de la forêt valent bien ceux des usines et des infrastructures industrialo-portuaires et des transports maritimes d’un commerce mondialiste.

Cesser de polluer

Que faire pour permettre la régénérescence des stocks des crevettes et des écosystèmes dont elles dépendent? Je vous livre un secret, un simple mot de sagesse : il faudrait arrêter de polluer, ce serait un immense progrès. Le meilleur plan de rétablissement des stocks consisterait à cesser de polluer et de détruire les écosystèmes!

Ainsi par devoir de précaution et de prévention proactive, il serait temps de remettre en question la pertinence et la justesse du développement d’un méga port à Contrecoeur, trop en amont sur des eaux peu profondes qui nécessiteront un dragage contre nature qui libérerait des contaminants enfouis dans les sédiments et contribuerait à l’eutrophisation du lac Saint-Pierre… Ce qui se déploierait de Montréal à Trois-Rivières, en passant par Varennes, Sorel, Bécancour, Contrecoeur scellerait le sort d’une nature sans laquelle les eaux ne pourront plus être filtrées efficacement par les « reins naturels » du lac Saint-Pierre, et dès lors les concoctions chemineraient progressivement vers l’estuaire. Une affaire mal jugée sur un fleuve affecte tout ce qui suit, d’amont en aval. Saborder les écosystèmes du lac Saint-Pierre, réserve mondiale de la biodiversité, sonnerait l’adieu aux crevettes de Matane!

Je présente peu de faits nouveaux, prouvables et indiscutables, cependant des observations critiques répétées révèlent bien que l’on pollue jusqu’à l’irresponsabilité, là des usines, là des municipalités, là des entreprises agricoles, et que tout cela roule vers l’estuaire… Voilà ma seule contribution, en fait, une incitation à regarder au-dessus de son épaule ce qui se fait sur la zone fluviale et s’opposer de manière proactive aux malheurs qui se profilent pour demain. 

Je crois déceler dans les aurores boréales, les étoiles filantes et les embruns que la santé du fleuve aux grandes eaux est une priorité d’intérêt national. Demain sera la somme des aveuglements d’aujourd’hui!

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