Actualité

Le souffle de la baleine

Par Ludovic Chevalier le 2026/02
Image
Actualité

Le souffle de la baleine

Par Ludovic Chevalier le 2026/02

La Terre s’essouffle. Les baleines s’essoufflent. Les gens qui œuvrent pour les protéger pourraient, eux aussi, s’essouffler. Il y a de quoi s’épuiser, en effet, devant l’inaction des gouvernements et la paresse délétère de nos contemporains. Mais les défenseurs de l’environnement résistent. Parmi eux, Jacques Gélineau.

Navigateur, photographe et environnementaliste, Jacques Gélineau est rattaché à la station de recherche des îles Mingan pour laquelle il étudie les baleines depuis trois décennies. Plus il en apprend sur ces animaux, plus il les aime et désire les protéger.

Une protection nécessaire

Le gouvernement provincial a annoncĂ© que l’environnement Ă©tait le cadet de ses soucis et a dĂ©cidĂ© au nom de l’économie d’intensifier le trafic maritime. Celui-ci reprĂ©sente dĂ©jĂ  2 000 navires par annĂ©e dans la rĂ©gion de Sept-ĂŽles et Port-Cartier. C’est une source de pollution chimique et sonore. Chez les mammifères marins, une telle nuisance peut ĂŞtre fatale, car le bruit les rend aveugles. De plus, 90 % des baleines franches dans le secteur sillonnĂ© par Jacques GĂ©lineau ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© empĂŞtrĂ©es. L’une d’elles a eu la queue sectionnĂ©e par une hĂ©lice. Des multinationales et des minières, dont la compagnie IOC, ont Ă©coutĂ© attentivement les recommandations de l’environnementaliste. Mais pour Ă©viter Ă©chouages et collisions, il faudrait Ă  tout le moins dĂ©limiter des couloirs de navigation.

La gestion irresponsable des ressources ne concerne pas que le fleuve. L’appauvrissement des forêts entraîne un appauvrissement de la biodiversité, qui lui-même entraîne un appauvrissement des travailleurs. C’est ce que nous apprend Nature Québec sur son site. Cela vaut pour le milieu aquatique.

Malheureux comme un poisson dans l’eau

Avec le réchauffement climatique, les poissons de fond disparaissent. Il y a moins d’oxygène dissous, les nutriments sont moins accessibles pour la floraison phytoplanctonique, ce qui a des conséquences sur les pêcheries.

Aujourd’hui, on sait que les morues sont affectĂ©es par les changements physico-chimiques de la colonne d’eau. 99 % des larves de poissons de fond transitent dans le plancton. Des poissons s’en nourrissent. Le phoque gris, qu’on accuse du dĂ©clin de la morue, manque de ressources et se rabat sur les poissons fourrages qui, eux, menacent les pĂŞcheries de poissons de fond. PĂŞches et OcĂ©ans Canada confirme les analyses de Jacques GĂ©lineau qui juge qu’il est trop facile d’accuser les phoques quand on ne se donne pas les moyens de comprendre leur rĂ´le dans le milieu marin1.

En 2016, un nouveau système statistique a permis Ă  PĂŞches et OcĂ©ans d’obtenir certains rĂ©sultats sur les populations de phoques. En 2021, on s’est rendu compte qu’il comportait des lacunes : rien ne permettait de comptabiliser le taux de mortalitĂ© des blanchons. En outre, les calculs donnent des chiffres qui doubleraient ceux correspondant aux observations faites sur le terrain. Quoi d’étonnant? Les calculs de 2016 se basent sur les donnĂ©es aĂ©riennes de 2007 alors qu’il faudrait utiliser les observations de terrain pour avoir un rĂ©el aperçu des populations actuelles.

Nuisible, le phoque?

Quand les phoques traversent des surfaces stĂ©riles et dĂ©fèquent, ils ensemencent l’eau, permettant ainsi au phytoplancton de se nourrir : « c’est la base de la chaĂ®ne alimentaire, et c’est drĂ´lement important dans un ocĂ©an qui se lamine Â», fait remarquer Jacques GĂ©lineau.

Il existe des solutions. L’environnementaliste en nomme deux : la mariculture – Ă  condition de choisir le bon volume pour Ă©viter les pathologies dues au confinement, de ne pas avoir affaire Ă  des multinationales et de s’assurer qu’il y a un recyclage des eaux –, et des investissements pour des engins de pĂŞche, une industrie qui a bien besoin de se transformer pour dĂ©velopper une approche Ă©cosystĂ©mique.

Il est aussi essentiel qu’existent des centres de recherche indépendants, non soumis à l’influence du politique.

1. Émilie Bernier, « Chasse au phoque : pensons-y Ă  deux fois Â», Le Nord-CĂ´tier, 14 fĂ©vrier 2023, https://lenord-cotier.com/2023/02/14/chasse-au-phoque-pensons-y-a-deux-fois/

Partager l'article