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Dossier spécial Décentralisation: Décentralisation et développement territorial

Par Bernard Vachon le 2025/12
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Dossier spécial Décentralisation: Décentralisation et développement territorial

Par Bernard Vachon le 2025/12

La décentralisation vise à donner aux collectivités territoriales des compétences propres, distinctes et complémentaires de celles de l’État. Elle rapproche le processus de décision des citoyens, favorisant l’émergence d’une gouvernance de proximité.

Décentralisation et développement régional vont de pair

Plusieurs études, dont celles de l’OCDE1, montrent que les approches centralisées et les programmes sectoriels ne produisent pas les résultats escomptés en termes de développement régional et local. La nécessité de prendre en compte la diversité des territoires et leurs besoins spécifiques fait appel à des politiques plus décentralisées, plus près des citoyens.

Les réformes qui s’imposent mettent l’accent sur la capacité des acteurs locaux et régionaux (municipalités locales, MRC, agglomérations et régions) à assumer des responsabilités très variées en réponse aux besoins des communautés et sur une redéfinition des relations qu’ils entretiennent entre eux et avec le pouvoir central. Cela suppose de revoir les approches traditionnelles de développement au profit d’une plus grande autonomie des collectivités territoriales qui prendrait forme grâce à un nouveau partage des pouvoirs (décentralisation) et des ressources (sources financières propres et personnel).

Comme la décentralisation accorde de réels pouvoirs aux collectivités territoriales pour administrer, aménager et développer, elle est l’expression d’une démocratie participative évoluée, chaque ordre de gouvernement exerçant les compétences qui lui sont le plus appropriées au regard de la diversité des services à rendre à la population et aux entreprises.

Une politique d’occupation et de vitalité des territoires2 devrait favoriser la mobilisation, la responsabilisation et la capacité d’agir des collectivités territoriales, ce qui suppose une plus grande autonomie administrative, politique et financière des territoires, que seule une véritable politique de décentralisation est de nature à leur procurer.

La décentralisation a été sérieusement mise de l’avant et envisagée comme projet majeur de réorganisation de l’État après l’accession au pouvoir du Parti québécois en 1976. Une des premières actions d’envergure de ce gouvernement, après l’adoption de la Loi sur la protection du territoire agricole (1978), a été la réforme municipale, marquée principalement par la création des MRC en 1980 et 1981, destinées à devenir les « lieux privilégiés d’accueil des pouvoirs décentralisés ».

Le paysage de la gouvernance des affaires publiques a beaucoup changé au cours des 45 dernières années : d’une part, le rôle de l’État central s’est complexifié et alourdi administrativement et financièrement; d’autre part, l’expertise, la volonté et l’expression identitaire des collectivités territoriales se sont renforcées. 

Libérer la capacité d’agir des territoires

Dans les faits, la décentralisation ne parvient pas à déborder les frontières sécurisantes du débat intellectuel et politique au Québec. Le fossé entre la décentralisation virtuelle et la décentralisation réelle ne cesse de s’approfondir. Les plus cyniques diront que la décentralisation est le fantasme récurrent de nos gouvernements. Il est de bon ton de jongler avec le partage des pouvoirs, mais aller de l’avant avec un tel projet est une autre histoire!

Du point de vue de l’État central, la décentralisation ne doit pas être évaluée à l’aune du critère de l’allègement administratif et financier qui consiste à déverser des responsabilités dans la cour des collectivités territoriales sans les accompagner des ressources nécessaires à la prise en charge de leurs responsabilités élargies.

La décentralisation doit être vue comme un coffre à outils pour habiliter les collectivités territoriales à participer pleinement à la réalisation d’un nouveau projet de société. Une telle vision repose sur la reconnaissance des bénéfices du rôle accru des communautés territoriales dans les efforts d’occupation dynamique de l’ensemble du Québec. La vitalité de la société québécoise apparaîtrait alors comme le cumul des vitalités locales et régionales et des synergies qu’elles génèrent.

Sans une véritable décentralisation, qui fait confiance aux territoires, à leurs élus et à leurs populations, une stratégie de développement local et régional sera toujours bancale, surtout si l’on veut faire du développement sur mesure qui tienne compte des réalités et des spécificités des différents milieux.

C’est seulement par une authentique politique de décentralisation des pouvoirs que l’on parviendra à réunir les conditions d’une pratique de développement démocratique forte, capable de mobiliser les élus locaux et les autres partenaires de la société civile dans une démarche unifiée, déterminée et innovante au service des communautés. De ce point de vue, la décentralisation permettra de libérer pleinement la capacité d’agir des territoires.

1. Organisation de coopération et de développement économiques, « Tendances actuelles de la décentralisation », dans Réussir la décentralisation, OCDE, 2019,

2. Ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, Stratégie gouvernementale pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires 2025-2029, Gouvernement du Québec, 2025, https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/affaires-municipales/publications/occupation_territoire/STR_occupation_vitalite_territoire_2025_2029.pdf

Lectures complémentaires :[NL1] 

Bernard Vachon, Rebâtir les régions du Québec. Un plaidoyer, un projet politique, MultiMondes, 2022, 314 p.

Bernard Vachon, Le bonheur de penser loin des rumeurs de la ville. Ruralité, aménagement du territoire, développement local et régional. Institut national de la recherche scientifique (INRS), octobre 2025, 355 p.


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