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Une tête en boule disco ou une poésie en kaléidoscope

Par Jeanne Landry le 2025/10
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Une tête en boule disco ou une poésie en kaléidoscope

Par Jeanne Landry le 2025/10

« Papa Maman je vous jure si j’avais un manuel d’instruction je vous le donnerais. » C’est bien ce que semble faire la poétesse rimouskoise Noémie Pomerleau-Cloutier avec son troisième recueil de poésie publié en octobre 2024 : elle fournit un manuel d’instruction.

Après Brasser le varech et La patience du lichen, l’autrice se frotte à la littérature jeunesse en signant le recueil de poésie Tête boule disco qui s’adresse aux 13 à17 ans. Dans une suite de photographies poétiques divisées en six sections chacune intitulée « Miroir », le lecteur suivra les tribulations d’un jeune neuro-atypique dans son quotidien difficile, entre l’aventure du diagnostic et ses impacts positifs de son changement d’école. On nous donne accès à ses pensées les plus intimes alors que nous n’avons aucune information précise sur son genre, sa nationalité ou son âge. Ce flou permet justement d’atteindre un potentiel d’identification universel et à chaque lecteur de se reconnaître dans le personnage, que le lecteur ou la lectrice soit neuro-atypique ou non.

Ce n’est sans doute donc pas un hasard si Pomerleau-Cloutier a changé de public cible pour cet ouvrage. Ce recueil est un phare pour les jeunes neuro-atypiques qui cherchent à se sentir représentés. Mais c’est aussi un accès direct à leur psyché, ce qui permet aux parents et aux amis de mieux comprendre leurs proches… pardon, leurs êtres aimés. En effet, Pomerleau-Cloutier exploite plusieurs enjeux de la réalité des jeunes neuro-atypiques, notamment l’utilisation du mot juste et exact.

L’autrice elle-même l’utilise d’ailleurs diablement bien, le langage. Ce recueil se caractérise par un florilège de phrases choc et d’images poétiques qui viennent croquer et colorier la psyché d’un individu neuro-atypique, prouvant que les reflets de la boule disco ne sont pas seulement dans le titre de l’œuvre. « Si on me laisse faire mon amour est un Niagara vous ne savez pas toujours naviguer le torrent mais entendez combien je vous aime geyser », « je voudrais pouvoir exprimer toutes les pensées tornades dans ma tête tous les volcans en éruption dans mon abdomen tous les tsunamis qui m’avalent entier » ou « je ne comprends pas qu’on préfère mentir et qu’on appelle ça des mensonges blancs le blanc c’est propre et les mensonges ça tache » en sont de bons exemples.

Le ton du recueil est très juste. Les répétitions savamment dosées et le vocabulaire employé font qu’on croit tout de suite au personnage[NL1] . On sent les recherches que l’autrice a faites et sa sensibilité. Bien que l’absence de ponctuation puisse compliquer la lecture, cette particularité participe à une impression de flot intarissable et de pensées qui vont trop vite pour la narration.

Pomerleau-Cloutier signe ici une œuvre importante. Parce qu’elle permet d’initier la jeunesse à la poésie québécoise, parce qu’elle permet à toute une portion de la population souvent oubliée et en cruelle recherche d’affirmation de se sentir représentée, parce qu’elle nous permet de nous mettre un instant à la place de ces jeunes, l’espace d’une lecture. La note d’espoir sur laquelle le recueil se termine est elle aussi infiniment essentielle.

À lire pour se sentir vu, pour muscler son empathie, ou pour simplement profiter d’une poésie choc et brillante.

Noémie Pomerleau-Cloutier, Tête boule disco, Boréal,2024, 104 p.


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