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Le souffle et la faille, Petite géographie des courants qui traversent l’école

Par Jean-François Parent le 2025/10
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Le souffle et la faille, Petite géographie des courants qui traversent l’école

Par Jean-François Parent le 2025/10

L’éducation est soumise à bien des vents, parfois favorables, souvent contraires. Qu’en sera-t-il pour l’année à venir? Le défi de mettre un frein à l’indécision et à l’incohérence ministérielle sera à l’ordre du jour des discussions de corridors. Les parents, les intervenants, les enseignants ont tellement besoin de raffermir leur confiance en ce système. Lorsque la confiance est cultivée, renforcée, le rythme est soutenu, entraînant et mobilisateur.

Cohérence et cohésion

D’où naît-il, ce rythme? D’abord par ce que fait et dit la personne qui détient l’autorité. Prôner et incarner : deux verbes trop souvent dissociés, car prôner sans incarner ce que l’on professe, c’est garantir l’incohérence; et, de même, incarner sans donner de logique à ce que l’on fait, c’est induire un manque de sens chez le personnel. Pourquoi fait-on cela? Pourquoi ne fait-on pas ce qu’on dit? Ne pas fournir des réponses claires à ces deux questions, c’est émousser la confiance dont le système a besoin, car le système éducatif se juge dans la salle des enseignants, sur le pas d’une porte, lors de discussions de corridor — entre les techniciens en éducation spécialisée et les profs, ou avec les professionnels, entre le concierge et l’enseignant épuisé qui se confie, à la fin d’une journée éprouvante, parce qu’il sait pouvoir se fier à lui.

Là où tout se joue

Vous vous souvenez du téléroman Virginie, qui se déroulait dans une école? Toute la trame reposait sur les discussions parmi le personnel de l’école Sainte-Jeanne-d’Arc. Dans la réalité, lorsque le ministre prend une décision ou fait une annonce, elle est analysée et critiquée dans la salle des profs, ou au moment d’une rencontre d’un parent avec le directeur, lors de la réunion hebdomadaire des directions d’écoles d’un centre de services, etc. Je sais que, présentement, ces discussions ont en commun le dépit et la frustration envers le ministre de l’Éducation. Je laisse de côté les médias sociaux et les journaux, où chaque chroniqueur et faiseur d’opinions se présente comme un expert — car, après tout, il connaît l’école pour s’y être assis enfant et adolescent, ou par ses propres enfants.

Une inspiration

Il n’en va pas autrement ailleurs. Regardons ensemble l’entrée en scène de Claudine Bouchard, PDG d’Hydro-Québec, le 5 juillet 2025. On parle ici d’une entreprise de 22 000 employés (comparativement à 345 000 en éducation). Les missions diffèrent — produire de l’électricité et former les citoyens — mais là n’est pas l’objet de mon texte. Je veux illustrer ce qu’est redonner confiance, ce que signifie donner du rythme, puis comment prôner et incarner. Madame Bouchard a déclaré, dix jours après sa nomination, vouloir des employés « déraisonnables », en les encourageant à prendre des risques. J’entends d’ici les  « Holà! On ne peut pas prendre de risques avec l’avenir des enfants! » Non… mais on peut innover, essayer, renouveler. Ce que je veux précisément pointer du doigt, c’est le message qu’elle livre et qui se traduit par : « Je vous fais confiance, je crois en votre créativité, et je crois aussi en votre jugement pour faire les choix qui s’imposent. » Son propos est lui-même déraisonnable jusqu’à un certain point, mais elle juge que le risque qu’elle prend vaut le coup. Elle incarne son propos. Je vous mets au défi de ne pas vous sentir interpellé si je vous dis : « Ose, je crois en toi. Allez, ose. » Or, en éducation, les intervenants ne reçoivent pas cette impulsion. Une telle impulsion serait salutaire et appréciée des gens sur le terrain. J’ai étudié durant vingt ans la gestion des organisations tout en travaillant comme directeur d’école, puis comme directeur général, et j’affirme sans détour que ce message de Mme Bouchard est riche de confiance. Voilà un manque cruel en éducation. « La femme est l’avenir de l’homme », chantait Jean Ferrat. Hydro-Québec est entre bonnes mains. Le hic : un projet ou un système qui repose sur une seule personne est voué à souffrir des qualités et des défauts de celle-ci. Ne doit-on pas protéger l’éducation des aléas des bonnes et des mauvaises nominations?

Mais encore…

Le défi de 2026 en éducation? Générer suffisamment de pression pour forcer le remplacement du ministre. D’ici les élections de 2026, la personne désignée pour prendre le relais doit insuffler cette confiance dont le système a tant besoin. Saint-Exupéry n’a-t-il pas dit très justement : « Si tu veux unir les Hommes, ne leur donne pas que du pain et de l’eau, donne-leur une tour à construire. » L’argent ne suffit pas. Il faut maintenant du sens et de l’envergure. Du personnel confiant et engagé peut combler le vide. Le meilleur chef est celui qui travaille à ce que son organisation n’ait plus besoin de lui pour bien fonctionner!

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