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Changement de culture: Mon moyen de transport n’est pas alternatif

Par Aimée Lévesque le 2025/10
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Changement de culture: Mon moyen de transport n’est pas alternatif

Par Aimée Lévesque le 2025/10

Je n’ai plus de permis de conduire. Pas qu’on me l’ait retiré à force d’infractions; j’ai choisi d’arrêter de le payer et de plutôt grossir le nombre de personnes sans ce permis au Québec. L’auto (surtout solo, surtout thermique, mais même électrique) est pour moi vestige d’une civilisation déjà morte – j’en ai déjà parlé. En tant que non-automobiliste, j’ai évidemment opté pour des transports dits « alternatifs » [sic] lors de mes voyages de l’été, dont à Montréal.

La grand’ ville à bicyclette1

Trente-cinq degrés au thermomètre à Montréal. Le seul moyen de transport qui fournit sa propre brise sans réchauffer le climat, c’est la bicyclette. Pendant quelques semaines, ma passe Bixi2 m’a donné accès à des bicyclettes en libre-service, parfois électriques mais idéalement à l’« huile de mollet3 », pour parcourir la ville, de Côte-des-Neiges jusqu’à Mercier. Je n’avais qu’à trimbaler mon casque et trouver une station pourvue en bicyclettes – et à me rabattre sur le métro en cas d’orage.

L’usage de la bicyclette en tant que moyen de locomotion (et non moyen de balade ni déco de toit de char) est entré dans les mœurs montréalaises; je l’ai constaté en parcourant ses pistes cyclables, dont le REV à deux voies sur Saint-Denis, ses rues partagées et ses raccourcis ombragés (la piste des Carrières). À chacun de mes 47 trajets (dixit Bixi; certains de plus de 45 minutes), je me suis sentie en sécurité, protégée par le grand nombre de cyclistes et légitimée par toutes ces bicyclettes avec chevrons peintes au pochoir sur la chaussée, comme on en voit à Rimouski sur la vieille Saint-Germain.

Un train (que) la nuit

Je donne une chance (et un bras…) à VIA Rail en me rendant une fois par année à Montréal en train. Férue de trains japonais et européens, je m’entête à choisir ce moyen de transport, même s’il passe à Rimouski à 1 h 29 ou à 2 h 25… du matin. Ça, c’est quand il n’a pas une ou deux heures de retard, comme mon train de retour, arrivé au lever du soleil. Le départ avait eu un retard de deux heures, annoncé à coups de demi-heures ou de quarts d’heure, nous gardant prisonnières et prisonniers de la file d’attente.

Le train reste le moyen de transport par excellence pour contempler le paysage tout en pouvant se délier les jambes, faire des rencontres. Mais Rimouski souffre de se trouver au creux de la ligne Montréal-Halifax, et la position allongée, en couchette ou cabine, coûte plus de trois cents dollars l’aller.

On fait quoi?

On se véhicule à bicyclette, et on enrichit son rapport au temps, à son corps et à son milieu.

On lutte pour une meilleure desserte ferroviaire.

On quitte le XXe siècle en vendant son char et en renonçant à son permis de la SAAQ.

On lit

France Cayouette en regardant les arbres de la fenêtre du train (ou de l’autocar) : « Ils défilent à contre-courant. On dirait qu’ils rentrent au bercail d’un commun accord4. » Suivant les arbres, on devient la voyageuse qui rentre et « doit à présent apprendre à vivre », à « aim[er] nos lieux » et à les « défend[re]5 ».

On regarde

Des séries où les personnages ne passent pas leur temps dans un VUS ni un stationnement (Doute raisonnable) et où il n’y a pas qu’un personnage à vélo (celui de Roy Dupuis dans À cœur battant). Si vous connaissez des séries québécoises qui normalisent le transport à vélo ou en train, je suis preneuse.

1. Au XXe siècle, on employait plus volontiers « bicyclette » que « vélo » au Québec en registre standard. Je tente d’en réintégrer l’emploi.

2. Le Bixi est tellement intégré au paysage que j’ai entendu un bambin, pointant un vélo personnel, l’appeler, dans sa joie de désigner le monde : « Bixi! »

3. Expression repérée dans Alex Fontaine, « Faire du Bixi à Sherbrooke, une nouvelle façon de “vivre la ville” », Le Devoir, 11 août 2025, https://www.ledevoir.com/societe/transports-urbanisme/908815/faire-bixi-sherbrooke-nouvelle-facon-vivre-ville

4. Arbres debout sur nos paupières, les éditions du passage, 2025, p. 30.

5. Rodolphe Christin, Peut-on voyager encore? Réflexions pour se rapprocher du monde, Écosociété, 2025, p. 75.

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