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Où est notre Top Gun?

Par Guillaume Legault le 2025/08
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Où est notre Top Gun?

Par Guillaume Legault le 2025/08

Depuis décembre dernier, Santé Québec exige une série sans précédent de compressions pourtant évitables d’un bout à l’autre du réseau public de la santé et des services sociaux. Alors que le gouvernement s’était engagé à éponger les déficits des CISSS et des CIUSSS – très largement attribuables au recours au privé et aux recours aux agences de placement –, Santé Québec a fait une radicale volte-face et plongé tout notre réseau public encore plus dans le rouge. On nous promettait que les coupes n’auraient aucun impact sur les services à la population, mais force est de constater qu’on tente encore de nous passer un sapin, cette fois-ci avec les lumières et les boules.

Pire que le réforme Barette

Les coupes actuellement imposées dans le réseau de la santé et des services sociaux totalisent, pour 2024-2025 et 2025-2026, plus de 4,8 G$. C’est plus que les trois premières années de compressions de la réforme Barette en 2015 par les libéraux. Ces montants astronomiques se traduiront par des coupes de services, mais aussi par une pression accrue sur les services maintenus et le personnel déjà à bout de souffle. Dans un contexte où l’attraction et la rétention de la main-d’œuvre sont un des principaux défis de notre réseau public et où l’exode vers le privé se poursuit, il est impératif de remettre en question les décisions prises par le gouvernement de la CAQ.

Une réforme pour les gouverner toutes

Avec la création de l’agence Santé Québec, le ministre Dubé promettait plus de transparence, une indépendance entre le gouvernement et la nouvelle société d’État, une efficacité budgétaire accrue et surtout une décentralisation des processus décisionnels. Depuis décembre, c’est pourtant tout le contraire qui se produit. La Top Gun est introuvable, les décisions sont concentrées à Québec et à Montréal, bien loin des enjeux régionaux, les dépenses frivoles sont en expansion, et Santé Québec doit constamment réviser ses décisions selon l’humeur du ministre.

Pire encore, c’est le contraire de la transparence qu’on rencontre sur le terrain. Syndicats, municipalités, partis politiques, groupes sociaux et comités d’usagers tentent de recevoir de l’information de la part de Santé Québec et se heurtent au répondeur. À ce jour, le site Web de Santé Québec ne comprend aucune coordonnée pour contacter ses responsables. Santé Québec ne dispose également d’aucune plateforme sur les réseaux sociaux. Ces façons de faire sont aux antipodes des obligations démocratiques et soulèvent de graves enjeux.

Ride into the danger zone?

Un autre élément qui est important à souligner est l’absence et le mutisme de la nouvelle Top Gun Geneviève Biron au sujet des compressions budgétaires imposées d’un bout à l’autre du Québec. Au Bas-Saint-Laurent, il y a des semaines que l’on attend de ses nouvelles. L’enjeu a été repris publiquement, les députées locales et le ministre ont été directement interpellés. Des pétitions ont été déposées, l’opposition a été mobilisée et deux demandes d’accès à l’information ont été présentées au CISSS du Bas-Saint-Laurent et à Santé Québec pour en apprendre plus au sujet des scénarios projetés, sans succès.

Cette opacité  pose des enjeux de transparence et constitue un flagrant manque de redevabilité aux citoyennes et aux citoyens, qui sont pourtant les véritables actionnaires de cette nouvelle société d’État.

L’agence Santé Québec devait être le vaisseau amiral d’une modernisation du fonctionnement de notre réseau de santé et de services sociaux. Ce qu’on voit à ce jour est malheureusement tout l’inverse. On s’enfonce toujours et encore plus dans une vision strictement comptable et managériale du fonctionnement du réseau. On cherche à tout mesurer, à tout analyser, en temps réel, imposant ainsi aux travailleuses et aux travailleurs de la santé et des services sociaux de prendre toujours plus de notes, de nourrir toujours plus la bête des statistiques. On alimente ainsi un appareil bureaucratique qui mériterait plutôt d’être allégé. À preuve, les dépenses d’administration sont désormais le poste le plus en croissance dans le budget de la santé en 2025-2026! Il est question d’une augmentation de plus de 25 % du budget de l’administration en santé et services sociaux en pleine vague de compressions dans les services à la population.  

S’il est vrai que notre réseau public a besoin de changement pour mieux fonctionner, il est aussi vrai que les dernières réformes n’ont pas donné les résultats escomptés en matière d’accès aux services. Toutes ont pourtant pointé dans la même direction : plus de bureaucratie, plus de paperasse, plus de statistiques, plus de centralisation et enfin moins de démocratie. Malheureusement, la réforme en cours pointe dans la même direction. Nous devons exiger un changement de cap, et c’est urgent.

Un réseau fort, et si on osait pour vrai!

Alors que cela peut paraître difficile à lire avec des yeux de 2025, le réseau de santé du Québec était le plus performant au monde à sa création au début des années 1970. Il était fondé sur des principes démocratiques, un enracinement dans la communauté et sur une offre de soins de proximité. Et si on revenait à la base et qu’on osait vraiment se donner les moyens de nos ambitions.

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