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Photographies Devant le Paysage

Par Mathieu Perchat le 2025/04
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Photographies Devant le Paysage

Par Mathieu Perchat le 2025/04

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Devant le Bureau d’information touristique de Rimouski, il est impossible de manquer les photographies exposant les magnifiques couchers de soleil de la région. Cependant, n’est-il pas curieux de voir ces images juste devant le même spectacle qui se reproduit chaque soir et matin ? Il y a bien sûr une intention de montrer ce qu’il est possible de voir à Rimouski, mais au-delà de cet aspect démonstratif, la présence de ces œuvres d’art n’est-elle pas plus significative qu’il n’y paraît ? Il se pourrait qu’elles revêtent une dimension politique, sociale, esthétique et écologique plus profonde qu’on ne le pense au premier abord.

Le paysage : représentation et réalité

Le terme « paysage » renvoie à deux notions : la représentation visuelle d’une portion d’espace et l’environnement réel qui nous entoure. En raison de cette dualité, nous avons tendance à laisser la représentation influencée notre perception du paysage réel. Par exemple, les photographies nous montrent ce qu’il faut regarder et ce qui est beau dans la réalité (Balibar, 2018, p. 12). Ainsi, une photographie devant le fleuve indique ce qu’il faut percevoir et où se trouve la beauté dans le paysage réel.

Même dans les théories de l’art ou les milieux scientifiques, la représentation est souvent ce qui nous permet d’apprécier un paysage réel. Le brouillard londonien, par exemple, a été reconnu et considéré comme beau grâce aux impressionnistes (Balibar, 2018, p. 13). Sans ces œuvres artistiques, aurions-nous pu faire l’expérience de ces brouillards ?

Pour résoudre ce dilemme, il faut distinguer clairement ces deux types de paysages au lieu de les lier. Le paysage en tant que représentation est une image, tandis que le paysage réel est l’environnement qui nous entoure, chacun offrant des expériences distinctes. La représentation visuelle sollicite un panel d’émotions spécifiques, alors que le contact direct avec le paysage réel mobilise un registre sensoriel et émotionnel différent.

La Photographie comme médium

L’utilisation de la photographie pour représenter le fleuve n’est pas anodine. Elle nécessite une immersion préalable du photographe dans le milieu, sortant ainsi l’art des musées pour le situer dans le monde humain (Hayat, 2018, p. 70). Les photographies devant le fleuve sont une invitation à se sensibiliser et à entrer en contact avec l’environnement qui les entoure (Larrère, 2018, p. 102). Cette sensibilisation n’exige pas de connaissances préalables, tout le monde est invité à faire cette expérience.

Les photographies agissent comme des panneaux directionnels tout en étant des représentations artistiques. Le contexte dans lequel elles se trouvent et les personnes à qui elles s’adressent font apparaître ces deux dimensions. Le contact direct qu’elles encouragent comporte également une dimension écologique, en renforçant le sentiment d’appartenance à notre environnement et en nous offrant la beauté que nous savons apprécier.

Inviter à apprécier

Les photographies exposées devant le Bureau d’information touristique de Rimouski ne sont pas de simples illustrations de couchers de soleil. Elles sont des invitations à apprécier la beauté naturelle de la région, à s’immerger dans l’environnement et à ressentir une connexion profonde avec la nature. Elles rappellent que la représentation artistique et l’expérience réelle peuvent coexister, enrichissant notre perception et notre engagement envers le monde qui nous entoure.

Balibar, Justine. « Du paysage représenté au paysage réel », Nouvelle revue d’esthétique, vol. 22, no. 2, 2018, pp. 9-23.

D’Angelo, Paolo. « Écologie et paysage », Nouvelle revue d’esthétique, vol. 22, no. 2, 2018, pp. 25-35.

Frangne, Pierre-Henry. « Au principe de l’esthétique environnementale. Du paysage de montagne à l’esthétique de la montagne », Nouvelle revue d’esthétique, vol. 22, no. 2, 2018, pp. 37-53.

Hayat, Michaël. « Esthétique, milieux de vie, action. De l’esthétique naturalisée à l’esthétique environnementale en passant par le land art », Nouvelle revue d’esthétique, vol. 22, no. 2, 2018, pp. 65-74.

Larrère, Catherine. « Y a-t-il une esthétique de la protection de la nature ? », Nouvelle revue d’esthétique, vol. 22, no. 2, 2018, pp. 97-106.

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