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Le populisme, vecteur du monde politique de 2025

Par Jean Bernatchez le 2025/02
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Le populisme, vecteur du monde politique de 2025

Par Jean Bernatchez le 2025/02

Les prédictions politiques, même les mieux documentées, ne se réalisent pas toujours. La raison en est que l’improbable peut advenir, et il advient souvent. C’est même une constante dans l’histoire : ce sont les événements improbables qui ont le plus contribué à façonner le monde. Prédire ce que sera 2025 sur le plan politique est un exercice impossible, sauf si on s’en tient aux grandes idées qui balisent les contextes politiques.

En 2015, Raphaël Jacob promettait de manger une page de son livre si Donald Trump était élu président des États-Unis.Spécialiste de la politique étatsunienne, l’analyste n’a pu prédire, même à quelques jours du scrutin, ce qui semblait alors improbable. Aux élections fédérales de 2015, le NPD de Thomas Mulcair commençait la campagne en tête des intentions de vote, mais il s’est retrouvé au lendemain du scrutin loin en troisième place. Le PQ de Pauline Marois était convaincu de remporter les élections québécoises de 2014, les sondages pré-campagne confirmant la tendance ; c’est le PLQ qui les a gagnées.

Si l’improbable advient souvent, les idées, elles, sont plutôt stables. Un système d’idées qui se traduit en action est une idéologie. Le populisme n’est pas une idéologie aux contours bien dessinés, mais plutôt une stratégie anti-establishment marquée par la colère et misant sur les émotions plutôt que sur la raison, en contexte d’incertitude. Le populisme est assurément le vecteur du monde politique de 2025.

Le monde de Donald Trump

La démocratie n’est pas irréversible, la dictature non plus.L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis est une menace à la démocratie, mais elle renforce surtout l’incertitude dans le monde, considérant que l’émotion plutôt que la raison guide les décisions de ce mégalomane et de son équipe associée à la mouvance libertarienne, complotiste et climatosceptique. Ces idéologies balisent le monde trumpiste.

De manière improbable, la Syrie a mis fin en quelques jours, en décembre 2024, au régime sanguinaire de la dynastie Assad qui exerçait un pouvoir absolu depuis cinquante ans. La transition risque d’être violente puisque plusieurs groupes rebelles se disputent le pouvoir. Tout à côté, Benyamin Netanyahou poursuit sa guerre génocidaire contre le peuple palestinien sous le couvert d’un conflit avec le Hamas, mais ce sont des civils qui se retrouvent sous les bombes israéliennes, 44 000 morts et 105 000 blessés dans la seule bande de Gaza depuis octobre 2023. Les États-Unis sont le plus grand fournisseur d’engins de mort à Israël avec 92 % des importations d’armes israéliennes entre 2017 et 2021. Benyamin Netanyahu fait l’objet d’un mandat d’arrêt pour crimes contre l’humanité délivré par la Cour pénale internationale, rejoignant en cela Vladimir Poutine qui poursuit son opération militaire en Ukraine. Contre toute attente, le pays de Volodymyr Zelensky résiste depuis février 2022, mais il est à bout de souffle. Le soutien européen s’effrite, alors que le premier ministre hongrois d’extrême droite Viktor Orbán assume la présidence du Conseil européen et qu’il a des affinités avec le régime de Vladimir Poutine. Un cessez-le-feu, promis par Donald Trump dans les premières heures de son mandat, suscite des inquiétudes en Ukraine puisque d’importantes concessions territoriales à la Russie en sont à la clé.

En Europe, la question migratoire est l’enjeu principal de la plupart des élections nationales. C’est un terreau fertile pour la droite identitaire qui adhère à la théorie du Grand remplacement selon laquelle un peuple de souche serait graduellement remplacé par une population extérieure. Cette idéologie, érigée en théorie, ne résiste pas à l’épreuve des faits puisqu’un peuple n’a jamais une identité figée, elle est en constante redéfinition. Le sociologue centenaire Edgar Morin soutient que leGrand remplacement est plutôt celui des idées humanistes et émancipatrices par les idées suprémacistes et xénophobes.

Le Rassemblement national, d’extrême droite, est devenu en 2024 le premier parti de France ; ses chances de conquérir l’Élysée en 2027 sont réelles, sans doute avec Jordan Bardella comme candidat à la présidence, archétype du politicien réactionnaire et populiste. En Italie, le parti de Giorgia Meloni est au pouvoir depuis 2022, oscillant entre néofascisme et populisme. Elon Musk, nommé par Donald Trump à la tête du ministère de l’efficacité gouvernementale, admire Giorgia Meloni, comme il admire aussi le président argentin Javier Milei, ultralibéral et populiste au pouvoir depuis 2023. Ailleurs en Europe, l’extrême droite se positionne de mieux en mieux sur l’échiquier et devient ainsi une option politique légitime.

Le Canada de Pierre Poilievre

Les prochaines élections fédérales sont prévues au plus tard le 20 octobre 2025, mais elles seront tenues sans doute ce printemps avec un nouveau chef du côté du PLC. L’improbable n’est pas impossible, mais il semble qu’une lutte se dessine entre le PLC, dont le chef actuel Justin Trudeau est qualifié « d’insupportable abruti » par Elon Musk en décembre 2024 (Elon Musk a aussi la citoyenneté canadienne, sa mère étant née au Canada), et Pierre Poilievre du PCC, favori du milliardaire en raison de leurs affinités libertariennes et de la guerre commune qu’ils livrent contre le wokisme dont Justin Trudeau est l’incarnation. À ce moment-ci, net avantage Poilievre, selon les sondages. Et il n’est pas impossible que le Bloc Québécois forme l’opposition officielle.

Qualifié par les stratèges libéraux de « Trump du Nord », Pierre Poilievre n’a tout de même pas la trempe de Trump, mais il se révèle efficace sur le plan de la communication (il a exercé la fonction d’expert-conseil en communications). Adopté enfant par une famille fransaskoise, il maîtrise suffisamment bien le français pour rallier les francophones autant que les anglophones. C’est le candidat chouchou de la radio-poubelle de Québec qui mène au quotidien une croisade réactionnaire inspirée par le modèle de l’Amérique trumpiste. Plutôt nuancé sur le plan social (il est pro-choix et il soutient le mariage entre conjoints de même sexe), il est néanmoins proche de la droite libertarienne qui, sur le plan des valeurs, accorde la priorité absolue à la liberté individuelle au détriment des droits collectifs.

En 2020, Pierre Poilievre a hébergé sur son site parlementaire une pétition visant à dénoncer la Grande réinitialisation, qui s’avère en fait une théorie du complot selon laquelle une élite mondiale, dont Justin Trudeau ferait partie, se livrerait à un plan socialiste et écologiste de contrôle des populations grâce aux mesures déployées lors de la crise sanitaire et l’installation des infrastructures de cinquième génération (5G) des normes de téléphonie. Il a appuyé le convoi de la liberté en 2022, ce carnaval réunissant à Ottawa des milliers de complotistes, d’antivax, d’antisystème et de suprémacistes blancs venus réclamer la démission de Justin Trudeau. Il est pro-pétrole, il s’oppose aux mesures climatiques déjà en vigueur, il promet d’abolir la tarification sur la pollution des entreprises, les normes sur les carburants propres et les plafonds sur les émissions des secteurs du pétrole et du gaz. Il prône une réduction drastique des services publics et promet de mettre la hache dans le financement public de CBC/Radio-Canada, selon lui instruments des wokes et de propagande du Parti libéral. Ce sont là des mots, mais aussi des engagements inscrits au programme du PCC. Or, malgré une fausse impression largement répandue, les gouvernements occidentaux respectent leurs promesses électorales dans une très grande proportion, sauf celles liées aux cibles environnementales et climatiques. Un gouvernement majoritaire du PCC mettrait en œuvre ses engagements.

Le Québec de François Legault

Le demi-pays du Québec est sous la gouverne de la CAQ, en mode fin de régime, ce qui suggère que les tendances observées sont susceptibles de s’accentuer en 2025. Le soutien au parti est en chute libre, passant de 41 % en octobre 2022 à 24 % en décembre 2024. Le premier ministre ne s’identifie pas à la droite, mais sur le plan économique, la CAQ campe résolument à droite. François Legault reconnaît comme valeur phare la vertu entrepreneuriale. Lui-même entrepreneur et self-made-man, il se présente comme un premier ministre économique. Cependant, son bilan à ce chapitre est peu reluisant : ayant hérité d’une situation budgétaire avantageuse (en 2018, le Québec enregistre un excédent budgétaire permettant de rembourser 10 milliards de dette), il se retrouve à l’aube de 2025 à improviser des mesures d’austérité. Comme il le dit à la blague, il aurait besoin d’une boussole (pour s’orienter) et d’une batterie (pour se dynamiser), mais ajoutons à cela qu’il lui faudrait aussi développer une sensibilité aux besoins de la population, et pas seulement aux intérêts de ses amis de la Chambre de commerce.

Sur le plan social, le système de santé connaît des ratés importants et le système d’éducation est en pleine déconstruction. Niant l’existence du racisme systémique, la CAQ y participe par ailleurs activement en associant à la présence de personnes immigrées les problèmes d’accès au logement, aux services de santé, aux classes de maternelle 4 ans… « 100 % du problème du logement vient de l’augmentation du nombre d’immigrants temporaires », clame François Legault en juin 2024. On se souvient aussi de la déclaration du ministre de l’Immigration Jean Boulet indiquant que « 80 % des immigrants s’en vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise ». Des chiffres qui ne reposent sur aucune étude, des propos qui ne sont fondés sur aucun fait, sinon des faits alternatifs, selon le vocabulaire trumpiste consacré. La stratégie du bouc émissaire est utilisée à profusion par le gouvernement de la CAQ, lui permettant de se déresponsabiliser. Quand un problème se pose, l’Autre en est responsable.

Les élections du 5 octobre 2026 sont encore loin, mais des tendances se dessinent. Le PQ de Paul St-Pierre Plamondon se retrouve en situation avantageuse, mais demeurer en tête pendant presque deux ans tiendrait de l’exploit. D’autant qu’il est assez facile de mettre le chef du PQ devant certaines contradictions, des propos tenus par lui il y a quelques années et qui contredisent ceux tenus maintenant. Les pelures de banane jonchent aussi le parquet de l’Assemblée nationale. Le PQ doit également s’affranchir d’une aile radicale, les nationalistes identitaires purs et durs. Chez QS, la tension s’articule plutôt entre l’option d’un parti de gouvernement et celle d’un parti centré sur les valeurs fondatrices. Gabriel Nadeau-Dubois incarne la première option et il se comporte comme un politicien de carrière. On peut ou non apprécier Catherine Dorion, mais son ouvrage Les têtes brulées met le doigt sur les causes des tensions : pourquoi militer pour un parti si ses valeurs cardinales sont inféodées à des stratégies électorales visant à élargir l’électorat pour accéder au pouvoir, rejoignant ainsi l’extrême-centre, c’est-à-dire l’extrême-rien, l’extrême in-signifiance. Il ne faut pas non plus enterrer le PLQ, d’autant qu’un chef comme Pablo Rodriguez pourrait rallumer la flamme libérale, mise en veilleuse depuis 2018. Les idées promues par Éric Duhaime du PCQ sont dans l’air du temps : conservatisme et populisme mâtinés de complotisme et d’une bonne dose de la philosophie du regretté Elvis Gratton : « Ils l’ont l’affaire les Amaricains. » Entendons par là les vrais « Amaricains », ceux et celles du monde de Donald Trump.

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