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Longtemps, je me suis entraîné de bonne heure: Entrevue avec Anthony Lacroix

Par Philippe Garon le 2024/12
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Longtemps, je me suis entraîné de bonne heure: Entrevue avec Anthony Lacroix

Par Philippe Garon le 2024/12

Un étudiant se fixe trois objectifs : rédiger son mémoire de maîtrise et suivre un programme d’entraînement tout en écoutant À la recherche du temps perdu. Voilà la convention que nous propose Anthony Lacroix dès l’ouverture de son quatrième recueil, Proust au gym, publié en avril dernier aux Éditions de Ta Mère. Rencontre avec un littéraire sportif.

Philippe Garon – La poésie, qu’ossa donne?

Anthony Lacroix – Ça rend le temps moins long dans les files d’attente. David Foster Wallace disait à ses étudiants: « Vous êtes chanceux, vous êtes capables de partir dans votre tête. » La littérature, au sens large, nous aide à voir la réalité autrement. La poésie permet de diminuer l’écart entre le réel et l’autre monde. Un monde où on peut se projeter en l’autre, faire des suppositions, inventer des histoires. En dessous du prélart, on peut parfois trouver un plancher de bois qui a quelque chose à raconter.

P. G.  – Qu’est-ce que tu trouves puissant en poésie?

A. L.  – Dans Comment écrire des vers, Maïakovski dit que, « [l]a nouveauté est indispensable à une œuvre poétique. [Que] comme dans le jeu d’échecs […] l’adversaire n’est déconcerté que par l’inattendu du mouvement ». D’un autre côté, si le poème est compliqué, difficile à comprendre, il manque son coup. La littérature cherche à déclencher des émotions chez le lecteur. Alors que dans le cas du roman, ça peut prendre la forme d’une ambitieuse brique de 700 pages, en poésie, il suffit parfois de deux lignes. Cela dit, à moins de posséder du génie, il faut s’entraîner pour en arriver là. Même Sidney Crosby a dû apprendre à patiner. Comme pour le sport, l’écriture, ça demande de la pratique.

P. G.  – Si tu voyais Proust faire de la musculation, tu lui dirais quoi?

A. L.  – (Rire) En fait, j’aime l’idée de mélanger les mondes. De toute façon, c’est pas aussi séparé qu’on est porté à le croire. L’ancien homme fort Denis Chassé est un grand lecteur. Et l’inverse existe aussi. Carl Bessette court des marathons. Des auteurs sportifs, comme Hector Ruiz, Charles Sagalane et Shawn Cotton, il y en a un paquet.

P. G.  – Ce qui tend à confirmer l’adage « un esprit sain dans un corps sain ».

A. L.  – Oui, sauf que l’humain est excessif, par nature. La lecture, l’écriture, comme l’entraînement, ça demande du temps, la patience d’y aller de manière progressive. Dans Proust au gym, tous les programmes d’entraînement sont excessifs. Le personnage principal veut aller trop vite. Et on ne peut pas dire qu’il est joyeux. Il tombe dans la bigorexie.

P. G.  – Qu’est-ce que c’est?

A. L. – La bigorexie est un trouble de l’image corporelle, au même titre que l’anorexie. Elle touche principalement les amateurs de culturisme. On ne se trouve jamais assez musclé. C’est une dépendance à l’activité physique et ça pousse à des excès, chez les garçons notamment. Je ne voulais pas aborder de front ce thème-là, mais ça me préoccupe.

P. G.  – Qu’est-ce que ça révèle?

A. L.  – Le besoin de sérotonine. L’activité physique est pas mal plus efficace pour produire l’hormone du bonheur que la lecture et l’écriture. N’empêche qu’il y a présentement un réel engouement pour la poésie. Je le constate comme libraire. Selon moi, c’est parce qu’elle parle aux générations montantes, plus sensibles.

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