
Dans la région bas-laurentienne, les activités culturelles ont bel et bien meublé l’été 2024. Avez-vous eu vent de l’exposition Regards obliques, une production du Carrefour de la littérature, des arts et de la culture (CLAC)? Pour notre plus grand plaisir, nous avons la chance qu’elle se poursuive jusqu’au 6 octobre.
Regards obliques nous livre les réflexions de trois poètes renommées : Anick Arsenault, Annie Landreville et Marie-Hélène Voyer. Leurs textes sont présentés à même les photographies de Steve Leroux, artiste visuel talentueux (Miroitements, J’ai vu, 2006). Poésie, photographie et patrimoine ne font qu’un, grâce à ces quatre artistes d’ici.
Trois lieux abritent ces photographies hors de l’ordinaire. Huit d’entre elles se trouvent au Centre culturel du Vieux Presbytère, à Sainte-Flavie, tandis que onze autres sont présentes au Château Landry, à Mont-Joli. Comment ne pas être touchés par ces deux lieux patrimoniaux qui accueillent ces évocations du passé. Une éloquente mise en abyme! De plus, une reproduction de ces dix-neuf tableaux nous permet de les voir rassemblés aux Jardins de Métis, à Grand-Métis. En plein champ, à l’espace Pré Fleuri, à deux pas de la Villa Estevan (autre immeuble patrimonial), ils sont accrochés à un mur fait de lattes de bois brut, parmi les lupins roses et violacés, les achillées et les verges d’or. Un court pèlerinage nous y attend, au cœur d’une végétation bien fournie.
Bien sûr, il s’agit de « regards obliques ». Les photos n’ont rien de direct et de frontal. Au contraire, elles se présentent comme des tableaux aux multiples couches, laissant imaginer le vécu des gens qui ont habité ces demeures ancestrales. L’œil averti de Steve Leroux a su y capter tantôt un détail important (des meubles, des objets utilitaires ouvragés), tantôt une percée d’ombre ou de lumière (des fenêtres, des rideaux de tulle), parfois une silhouette ou un paysage en arrière-plan. Le flou artistique présent dans ces photos rend les choses mystérieuses, chargées de vie et lourdes de sens. Rien d’étonnant que la poésie s’y soit immiscée!
En effet, qui de mieux que Marie-Hélène Voyer pour nous rappeler l’importance de préserver notre patrimoine bâti? (L’habitude des ruines, Lux, 2021). Qui d’autre qu’Annie Landreville pour nous signaler nos comportements parfois dérisoires? (Date de péremption, La Grenouillère, 2019). Et qui d’autre qu’Anick Arsenault pour souligner la résilience remarquable des femmes? (Habitantes, L’Écrou, 2021). Ces différents thèmes les ralliant et les préoccupant, elles ont mis en commun leurs réflexions inspirées par le travail du photographe Steve Leroux. Elles aussi adoptent un « regard oblique », sans accusation, sans colère, utilisant la sensibilité de la poésie pour dire une vérité qui doit être dite à tout prix!
Ainsi, de façon remarquable, sous la plume de ces trois poètes, les murs parlent, les plafonds s’épluchent, les planchers absorbent, les fantômes rôdent, les charognards guettent et les secrets transpirent. La voix de ces êtres depuis longtemps disparus se fait entendre à travers mille et un gestes quotidiens, dans leur environnement immédiat.
L’exposition Regards obliques nous ramène à notre devoir de mémoire; une incitation à se rappeler d’où l’on vient. Il ne faudrait surtout pas que l’oubli s’installe et que le passé soit relégué aux oubliettes.
Mentionnons que le dimanche 6 octobre, à 16 h, à la Villa Estevan des Jardins de Métis, aura lieu le spectacle Regards obliques qui réunira les trois autrices et le photographe; une collaboration du CLAC.


