
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local
La construction de grandes infrastructures comme l’autoroute A20 ou l’installation de grands centres commerciaux tels que Costco montre clairement que les choix politiques actuels nous éloignent de plus en plus d’une justice sociale et écologique. Ces projets illustrent l’urgence de se tourner vers des leviers d’action non étatiques pour promouvoir une écologie sociale. Ces actions doivent être ancrées dans des initiatives locales et concrètes qui mettent l’accent sur les impacts humains des risques environnementaux.
L’incapacité des États face aux défis écologiques
Malgré l’augmentation des alertes scientifiques concernant l’environnement, les États montrent une incapacité flagrante à agir de manière cohérente pour orienter nos sociétés vers des trajectoires écologiquement soutenables et socialement désirables. Cela soulève la question des leviers d’action non étatiques pour promouvoir une écologie sociale. Historiquement, l’écologie s’est concentrée sur la protection du vivant et les connaissances scientifiques, négligeant souvent les questions d’émancipation, de justice sociale et d’égalité. Cependant, depuis les années 1970, les intersections entre environnement, politique et société ont pris de l’importance, en particulier avec la prise de conscience que la domination du capitalisme industriel sur la nature est similaire à d’autres formes de domination sociale.
Il est crucial de ne pas distinguer strictement entre une production purement scientifique (écologie naturaliste) et une production militante (écologie politique). L’histoire des idées écologiques ne se limite pas aux contributions des académiciens, mais inclut également des mouvements émancipateurs qui émergent en situation de crise, avec une interaction dynamique entre activisme et réflexion universitaire.
Mobilisations urbaines et alternatives non marchandes
Les mobilisations environnementales en milieu urbain montrent souvent des interactions complexes entre politiques publiques et initiatives associatives. L’économiste et activiste espagnol Claudio Cattaneo a analysé les squats urbains à Barcelone et Rome comme des formes de réappropriation de l’espace urbain et de lutte écologique. Ces squats mettent en œuvre des alternatives au capitalisme dans divers domaines, offrant des solutions concrètes et locales qui ne dépendent pas des pouvoirs publics.
Le travail ethnographique de Clara Breteau sur les Zones à Défendre (ZAD) en France illustre comment les choix architecturaux et l’esthétique de l’habitat peuvent transformer les représentations écologistes de manière pragmatique. Ces pratiques sont souvent plus démocratiques, sociales et populaires que les politiques publiques de transition écologique, car elles ne s’imposent pas par des moyens coercitifs ou publicitaires.
Conclusion : l’État comme obstacle à une trajectoire écologique
Pour toute réflexion sérieuse sur l’écologie et le changement social, il est essentiel de reconnaître que l’État, malgré ses discours institutionnels, est souvent le principal obstacle à une véritable trajectoire écologique. Les initiatives locales et non étatiques offrent des alternatives viables et nécessaires pour une transition vers une société écologiquement soutenable et socialement juste.
Igor Babou, « Petits gestes versus grande politique ? Quand un squat pratique l’écologie sociale », Sociographe, 2024/2 (N° 86), pages I à XVI.


