Actualité

Heureuse désobéissance civile

Par Mathieu Perchat le 2024/05
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Heureuse désobéissance civile

Par Mathieu Perchat le 2024/05

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Le 17 avril, le chantier du Pont de l’A-20 situé à Trois-Pistoles a été perturbé par des actes perpétrés durant la nuit. Ce trouble se manifestait sous la forme d’une dispersion de matériel de chantier dans la forêt ou encore d’une dégradation mineure de camions, etc.

Nous avons vu dans l’article précédent[1] que ce trouble relève d’une désobéissance civile. Dans cet article, il va être question d’approfondir ce qu’est la désobéissance civile pour mieux saisir sa nature, et ainsi être en mesure d’identifier ces actes contestataires. Ce qui aiguisera notre esprit critique face aux dires des médias « neutres ».

La désobéissance civile

La désobéissance civile est avant tout un mouvement non-violent théorique comme pratique. Or, la destruction de bien est souvent qualifiée de violent par le pouvoir et la justice. Pourtant, ces destructions sont largement légitimisées lorsqu’elles consistent à empêcher de plus grandes destructions, comme celle de tout un écosystème pour simplement construire un pont de plusieurs milliards.

La défense du bien commun, élément clé de la justification, s’ajuste aux convictions intimes des individus. Dans le cadre de pensée de la désobéissance civile, la population est en droit d’entrer en résistance si elle estime que des décisions se situent à l’opposé des valeurs acceptées par le pouvoir en place. Comme le Québec qui porte le projet de réduire de moitié le nombre d’autos en circulation.

Ainsi, des actes sont qualifiés comme violents par le pouvoir en place lorsqu’ils apparaissent illégitimes. En d’autres termes : « considérer qu’un acte est violent, c’est aussi le condamner dans le discours public » (Graeme, Ollitrault, 2024). Or, aux yeux d’une partie de la population, ces actes ne le sont pas, car ils sont qualifiés et jugés comme légitimes. Ils sont au contraire la seule solution restante pour la population pour que sa voix soit considérée et pas seulement entendue.

« La question de la violence reste donc inséparable de celle de la légitimité politique dans une lutte qui a pour objectif de réformer une loi ou une mesure » (Graeme, Ollitrault, 2024). Dans le cas du pont de l’A20, ces actes sont légitimisés par l’urgence climatique et les crises sociales qui nécessitent la mobilisation de moyens financiers et humains pour le moment octroyés à la construction d’un pont.

Qualification et neutralité

De ce fait, la classification d’une action n’est jamais neutre, elle s’intègre toujours dans des luttes de cadrage. En effet, pour comprendre une action, il faut en premier lieu comprendre les divergences d’interprétation qui se jouent entre le pouvoir et les groupes contestataires. Le positionnement idéologique de chaque partie va alors clairement se manifester. De ce fait, l’idéologie explique le choix de certaines actions et discours tenus.

Ainsi, dans le cadre de pensée de la désobéissance civile, une partie de la population a clairement comme but d’empêcher un projet jugé absurde et donc illégitime dans un contexte d’urgence climatique et de crises sociales.

La construction de ce pont va donc contre l’intérêt général, ce que le pouvoir en place ne semble pas vouloir reconnaître.

Dans une société caractérisée par la montée de l’individuation et par la suppression des collectifs protecteurs des droits sociaux, la désobéissance devient un indicateur de la politisation et de l’engagement de la population. Sous ce mode d’action, la population reconfigure la manière dont des groupes se construisent et agissent dans le champ politique en devenant des réseaux, des associations ou encore des activistes isolé.es (Graeme, Ollitrault, 2024).

Hayes Graeme, Sylvie Ollitrault, La désobéissance civile, sous la direction de Hayes Graeme, Ollitrault Sylvie, Presses de Sciences Po, 2024.


[1] « Vandalisme ou sabotage sur le chantier du pont de l’A20 ? ».

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