Actualité

Droit de mourir dans la dignité

Par Anne-Marie Urli le 2024/05
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Droit de mourir dans la dignité

Par Anne-Marie Urli le 2024/05

Première année pour le Collectif Est-du-Québec de l’AQDMD

Le Collectif Est-du-Québec de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité célébrait en novembre 2023 sa première année d’existence. Pour mieux comprendre la mission et l’origine du regroupement, je me suis entretenue avec René Paquette, membre fondateur.

Anne-Marie  Bonjour René, merci de m’accorder du temps. Tu m’as raconté que tu as été invité au 15e anniversaire de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD) qui a eu lieu à Québec en 2022. Peux-tu me raconter comment ce moment a été déterminant dans la création du Collectif Est-du-Québec?

René  Je connaissais Lisette Paradis, cousine de ta grand-mère. C’est Lisette qui m’a parlé en premier de l’AQDMD. Son collectif a existé pendant quatre ou cinq ans avant d’être accrédité. Ce qu’elle m’a fait réaliser, c’est que pour que la mission de l’organisme fonctionne, il fallait qu’il y ait des collectifs à la grandeur du Québec.

De plus, j’avais accompagné la sœur d’une amie à l’aide médicale à mourir un an avant d’assister à l’événement. J’avais vu à quel point elle était sereine face à cette décision de mourir. À cause du Parkinson, grave maladie dégénérative, elle ne pouvait plus manger et ça ne faisait que décliner. Elle sentait que sa famille était contre sa décision de recourir à l’aide médicale et cela l’avait rendue triste, car elle était prête à partir. Pendant l’accompagnement, j’avais réalisé qu’il était important de conscientiser l’entourage. Quand j’ai assisté au 15e anniversaire de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, j’ai vu des gens très humains et passionnés. Le président Georges L’Espérance, neurochirurgien retraité, a fait un discours qui expliquait tous les défis à venir, mais aussi tout le chemin parcouru. L’Association a présenté des mémoires sur l’aide médicale à mourir au fédéral et au provincial. L’enjeu est maintenant de faire reconnaître le droit des personnes atteintes de maladies graves et incurables, dont celles neurodégénératives, de pouvoir faire une demande anticipée d’aide médicale à mourir. Présentement, pour faire une demande, il faut être conscient et apte tout au long du processus. Au provincial, les demandes anticipées sont autorisées depuis le 6 juin 2023, mais pas encore au fédéral. C’est pourtant non partisan comme enjeu.

A.-M.  Sonia Bélanger, ministre déléguée à la Santé et aux Aînés, semble s’inquiéter de la hausse du nombre de demandes plus grand au Québec que dans le reste du Canada quant au recours à l’aide médicale à mourir. Comment expliques-tu cela?

R.  Pour moi, ça s’explique de deux façons. La population québécoise est plus âgée et nous sommes moins religieux que dans le reste du Canada. Au Québec, 80 % de la population est favorable à l’aide médicale à mourir. Pour moi, ça ne devrait pas être partisan. En fait, si on ne permet pas l’aide médicale à mourir, les gens peuvent commettre des actes beaucoup plus risqués pour eux et pour autrui. Pendant ma tournée dans la Baie-des-Chaleurs, un ami a foncé en voiture à toute vitesse dans un arbre, car on lui avait refusé l’aide médicale à mourir. Il avait une maladie en phase terminale. Il faut pouvoir mourir en dignité. La Cour suprême du Canada était du même avis quand elle a demandé de modifier le Code criminel. La dignité de la personne était l’argument principal.

A.-M Ok, je vois. Jusqu’à présent, quelles ont été vos actions principales en tant que collectif?

R.  L’année dernière, on a fait 23 activités de sensibilisation. On a rejoint 1 873 citoyens, principalement dans les conférences, mais aussi avec des ateliers-conférences. Cela nous a permis d’être actifs dans 10 des 14 MRC de notre vaste territoire. En plus, on a fait une quinzaine d’interventions médiatiques pour faire connaître le collectif. Il faut savoir que notre financement provient des élus, des dons des particuliers et un peu des organismes du réseau communautaire. Le corporatif est complètement absent. C’est un bon défi. Notre collectif est composé de cinq bénévoles et nos conférenciers sont aussi tous des bénévoles. Idéalement, on aimerait avoir trois ou quatre bénévoles de plus en 2024 pour continuer de conscientiser et d’informer les gens sur le droit de mourir dans la dignité, incluant l’aide médicale à mourir, qui fait partie des soins de fin de vie.

A.-M.  Merci René pour ton implication. Aimerais-tu dire un dernier mot?

R.  L’aide médicale à mourir concerne toutes les générations, car tout le monde aura à prendre une décision sur sa fin de vie. De plus, il faut conscientiser l’entourage qui accompagne une personne en fin de vie. Les aidants naturels, il ne faut pas les oublier non plus. On veut éviter que des familles se divisent.

On peut joindre le Collectif Est-du-Québec de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité en écrivant à collectifestduquebec@aqdmd.org.

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