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Pour un gazon bien vert

Par Mathieu Perchat le 2024/04
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Pour un gazon bien vert

Par Mathieu Perchat le 2024/04

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Avec l’arrivée du printemps, l’idée de se faire un joli gazon bien vert commence à germer. Pour y parvenir, il existe tout un tas de pratiques, dont plusieurs sont populaires, voire presque devenues des évidences. L’une d’elles consiste à utiliser des herbicides et insecticides, ce qui revient à appliquer des pesticides à des fins « esthétiques ». Or, de nombreuses municipalités ont commencé à réglementer son usage sur les propriétés publiques et privées.

Par exemple, la ville de Rimouski a construit une règlementation stipulant l’interdiction d’appliquer des pesticides à l’extérieur des bâtiments. Bon, les pesticides à faible impact sur la santé humaine restent autorisés. Mais quand est-il des autres espèces ? On ne peut pas être parfait après tout.

La ville a tout de même reconnu les effets néfastes causés par les pesticides (insecticides, fongicides, herbicides) sur l’environnement et la santé. D’où l’absurdité d’autoriser les pesticides à faible impact, qui ont un impact significatif sur les espèces d’insectes et les espèces végétales.

Cependant, la ville de Rimouski met à disposition de la population un service d’enviro-conseil. Il offre des ressources par téléphone ou des visites à domicile gratuitement à la population pour trouver des solutions a des problèmes rencontrés dans le jardin.

Pourquoi les réglementer ?

La règlementation municipale, mais aussi provinciale, vient en réponse à l’augmentation de vente de pesticide à des fins esthétiques. En effet, en dix ans, la vente a augmenté de près de 600 %. Ce qui a suscité des inquiétudes chez la population, tout comme chez les professionnels de santé publique (INSPQ, 2001, p. 1).

Cette inquiétude est justifiée : les pesticides présentent des effets néfastes chez toutes les populations, et principalement chez les plus vulnérables, comme les enfants ou les personnes en situation de grossesses. Ils augmentent le risque de contracter certaines formes de cancers chez les enfants exposés à des pesticides en milieu résidentiel, ou lorsque les parents le sont durant la grossesse (INSPQ, 2001, p. 4).

Le fait que les pesticides soient appliqués par des professionnels ne change rien à leur caractère nocif. En effet, une fois appliqué sur le gazon, les pesticides se retrouvent dispersés dans les maisons et autres lieux inappropriés (INSPQ, 2001, p. 11).

Pourquoi sont-ils encore massivement utilisés ?

Si les pesticides restent utilisés à des fins esthétiques, c’est parce qu’ils sont pensés efficaces. Cette croyance provient d’un manque d’informations sur les potentiels risques avérés sur la santé, mais aussi d’alternatives plus saines et plus efficaces. Entre également en jeu une intolérance immodérée envers les herbes jugées mauvaises et les insectes. Ce jugement provient surtout d’une certaine forme de pression sociale : « la présence de ‘’mauvaises herbes’’ va faire penser à mes voisins et voisines que je ne m’occupe pas de mon jardin, donc que je suis fainéant ».

Plusieurs recherches ont été menées sur l’utilisation des pesticides et leur nécessité. Et il en est ressorti qu’il était possible de réduire de 61 % en moyenne l’utilisation des pesticides pour l’ensemble des pelouses à l’étude (INSPQ, 2001, p. 13).

Pourtant, le problème majeur reste la facile accessibilité des pesticides. De tels produits ne devraient être en libre-service avec aucune limite d’achat. A minima, il faudrait que les pesticides soient accessibles sous demande. Ainsi, la dangerosité du produit serait manifeste, car le fait qu’il se trouve sur les étals laisse présager un caractère bénin. Parmi les produits les plus nocifs et cancérigènes encore en vente libre, on retrouve le 2,4-D, un des herbicides les plus utilisés pour l’entretien des gazons.

Même leur utilisation dans le monde agricole n’est pas une nécessité. Selon une étude publiée en 2017 dans Nature Communications, il est possible de réaliser un virage vers un modèle d’agriculture 100 % biologique tout en répondant aux besoins alimentaires de l’humanité.

https://rimouski.ca/rubrique/pesticides

Réflexion sur l’utilisation des pesticides en milieu urbain, Groupe scientifique sur les pesticides, Direction de la toxicologie humaine Direction des risques biologiques environnementaux et occupationnels, Institut national de santé publique du Québec, décembre 2001.

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