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La gauche qui tombe

Par Eudore Belzile le 2024/04
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La gauche qui tombe

Par Eudore Belzile le 2024/04

                     « Monsieur Freud avec ses rêves

                       Monsieur Marx avec sa hache » 

                                             Robert Zimmerman

La gauche en Occident n’en finit plus de tomber. À lire l’article intitulé Les conditions à l’indépendance de monsieur Martin Forgues dans le dernier Mouton, on comprend un peu pourquoi. On y retrouve autour de l’idée, tous les lieux communs rabâchés depuis les années 60. 

Comparer la rébellion des patriotes de 37-38 aux mouvements révolutionnaires de la même époque, c’est tout aussi faux que de comparer ceux pour l’indépendance du Québec des années 60 aux luttes de libération coloniales des pays africains de la même période. Comparaison n’est pas raison.

Il y a avait deux parlements élus au Bas et au Haut-Canada en 1837, pas en Haïti ni dans les Caraïbes. Depuis 1791, l’imparfaite démocratie parlementaire s’exprimait. La principale revendication des patriotes francophones et anglophones était celle d’un parlement responsable, sans la tutelle britannique. Ces patriotes, hélas, ont eu à leur tête de mauvais leaders qui ont poussé le peuple à la révolte armée, sans les moyens que ça exige. Les troupes du général Colborne, qui venaient de vaincre Napoléon à Waterloo, ont facilement fait un sort à ce soulèvement. Plus de pendus à Toronto qu’à Montréal du reste. Ce qu’on ne dit que rarement, sinon jamais.

En tout état de cause, sur le plan historique mondial ça demeure anecdotique, eu égard au nombre de victimes des soulèvements européens de l’époque. Vous ne retrouverez dans aucun livre d’histoire du vieux continent la moindre référence aux troubles de 37-38. Douze pendus à Montréal, des centaines de milliers en Europe. Ces patriotes ont droit à notre respect et à notre reconnaissance. Mais nul besoin de leur attribuer des vertus révolutionnaires, au-delà de leur désir réformateur.

L’auteur emprunte ensuite l’ellipse falardienne bien connue, qui vous téléporte de 37-38 au FLQ des années 60, lequel prend exemple sur les luttes de libération nationale de pays alors sous le joug de dictatures sanglantes. Autre lecture aveugle. Le FLQ utilise les mêmes méthodes de guérilla urbaine que le brésilien, mais en pays démocratique. Avec les conséquences connues: des bombes, des explosions, des morts, deux kidnappings et la mort du vice-premier ministre. Pour quels résultats? 

L’auteur tenter ensuite de distribuer les bons points entre nationalistes de gauche et de droite. C’est un exercice amusant mais vain. Pierre Bourgault n’était pas marxiste et ne se battait pas contre le capitalisme. Le chanoine Groulx, antisémite soft de droite n’aimait pas les patriotes, à l’exemple de son Église. Il s’essayait plutôt à créer de faux héros comme Dollard Desormeaux, le voleur de fourrures des chasseurs autochtones. Le chanoine y a perdu sa soutane, les Patriotes ayant remplacé son glorieux voyou pour la célébration du congé national. L’indépendance du Québec est une idée honorable que je ne partage pas. Si elle advient, elle ne se fera ni à droite ni à gauche. Une immense majorité doit la porter sinon la population restera clivée pour des générations. Ça fait pas des pays forts.

Le PQ était un authentique parti démocratique malgré ses deux référendums perdants et des questions référendaires dignes de charades à tiroirs. Faut pas bluffer le peuple sous prétexte de le consulter. Et vous voulez remettre ça? Avec un PQ brinquebalant en avance dans les sondages par défaut? Ah si seulement, avancez-vous, le PQ s’alliait aux Palestiniens comme dans le bon vieux temps. Et tadam, voici l’inévitable couplet gauchiste anti-Israël, les éternels boucs émissaires. On confond volontairement Netanyahou, le très critiquable dirigeant (élu) et le peuple israélien. Si Israël est un État voyou, comment définissez-vous le Hamas? Vous lui confieriez l’avenir politique des Palestiniens? 

Faites-vous partie de ceux qui n’ont rien vu ni compris au pogrom du 7 octobre? Qui rêve d’une Palestine « Du fleuve à la mer? »  Slogan antisémite et fasciste du Hamas, repris en chœur à gauche toute par l’Empire du Bien. Le Hamas, organisation criminelle héritier du nazisme! Des tueurs de masse. Vous n’imaginez pas que c’est le futur des Gazaouis, détrompez-moi?

Au nom de l’Histoire, avec sa grande hache, il s’est commis tellement d’horreurs au nom de l’idéal de liberté que vous devriez hésiter à la convoquer. Nous habitons l’un de pays les plus libres de la planète. La démocratie, toujours perfectible, est le seul chemin sûr pour en élargir le spectre.

La gauche extrême tourne en rond depuis toujours à la recherche de nouveaux damnés de la terre. On dirait, qu’outre les succès réformateurs de la social-démocratie, aujourd’hui en panne, elle peine à voir le réel en face, fantasme l’avenir et rêve du Grand soir encore et toujours. Ça ressemble plus à une névrose qu’à un programme.

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