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Revenons sur la venue d’un COSTCO, une bonne nouvelle?

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Revenons sur la venue d’un COSTCO, une bonne nouvelle?

L’actualité nous a appris au cours des derniers jours que le géant américain COSTCO allait finalement s’installer sur le territoire rimouskois. S’agit-il vraiment d’une bonne nouvelle ? Oui, pour certains, mais nous ne sommes pas de cet avis, et même si ce dossier semble malheureusement clos, nous souhaitons partager ici quelques éléments de réflexion. En effet, des questions essentielles demeurent puisque les changements cruciaux des dernières années démontrent clairement que l’environnement vit des perturbations extrêmement importantes dont il faut tenir compte impérativement lorsqu’il est question d’aménagement du territoire.

Rappelons qu’afin de permettre l’implantation de cette entreprise, la ville de Rimouski a dû procéder à l’adoption d’un Projet particulier de construction, de modification et d’implantation d’un immeuble, communément nommé dans le jargon urbanistique : PPCMOI. En bref, et sans entrer dans des considérations techniques, cela a permis à la ville d’assouplir sa règlementation afin d’autoriser ce qui n’aurait pas été permis autrement…c’est une mesure d’exception pour COSTCO dans le cas présent.

Il s’agit par exemple du fait que 4 enseignes puissent être installées sur la marquise de la future station-service de Costco, alors qu’une seule est autorisée habituellement.

Le conseil municipal a également accepté que 100 % de la façade soit constituée d’un revêtement en métal, alors que le règlement exige habituellement que 50 % maximum de la façade soit recouverte de matériau métallique.

D’après les renseignements émanant de la ville de Rimouski, le plan d’urbanisme de la ville aurait été respecté presque entièrement quant aux ilots de verdure puisque ceux-ci couvriront 4,75 % de l’espace plutôt que les 5 % prévus dans la règlementation. Concrètement, cela se traduit tout de même par une diminution de la végétation.

Or, le Comité consultatif d’urbanisme (CCU), composé de deux élus et de 7 résidents avait examiné le projet et formulé aux élus des recommandations et des suggestions qui prenaient davantage en considération les enjeux environnementaux pourtant pressants dans le contexte actuel de la crise climatique. Il s’agissait de :

  • Planter davantage d’arbres, dont le long de la Montée Industrielle-et-Commerciale
  • Installer une membrane claire pour la toiture afin de limiter les effets causés par ce nouvel îlot de chaleur
  • Installer des bornes pour les véhicules électriques
  • Utiliser deux couleurs pour le revêtement métallique en lieu et place de la couleur uniforme et standardisée de COSTCO afin de minimiser l’impact esthétique du bâtiment

Ces éléments n’avaient rien de révolutionnaires, mais n’ont pas été retenus par la Ville, laquelle indiquait que cela aurait nécessité de renégocier avec l’entreprise. C’est pourtant à cette étape, soit en amont de la réalisation d’un projet qu’il est temps de négocier. Mais la peur qu’ont les villes (et les gouvernements) qu’une entreprise s’installe ailleurs pour ne pas être soumise aux contraintes demandées par celles-ci nous empêche systématiquement d’atteindre les objectifs que nous devons nous fixer collectivement.

Pourtant, il s’agissait de demandes fort judicieuses du CCU dans le contexte environnemental actuel, et il est très questionnable et même aberrant qu’en 2024 ces demandes plus que légitimes n’aient pas été discutées en cours de cheminement entre les représentants de COSTCO et la ville de Rimouski. Comment se fait-il qu’un projet d’une telle envergure ne soit pas contraint d’intégrer d’emblée une approche plus cohérente avec les enjeux environnementaux? Cela devrait être la base de toute évaluation de ce type de projet.

Nous aimerions rappeler que les plans d’urbanisme des municipalités et des villes sont révisés aux 10 ans, 15 ans et encore plus parfois. En clair, il est certain que plusieurs règlements peuvent s’avérer désuets par rapport aux enjeux actuels. Néanmoins, c’est bien la responsabilité de la ville de s’assurer que les aménagements futurs du territoire soient cohérents avec ces enjeux et s’orientent vers des aménagements environnementalement réfléchis, esthétiquement acceptables et humainement désirables. La société change, et les enjeux environnementaux notamment sont devenus cruciaux et devraient guider toutes actions d’aménagement du territoire.

Il devrait être possible pour une ville de l’envergure de Rimouski de travailler en amont les règlements qui orientent directement et inéluctablement l’aménagement du territoire. En d’autres termes, ne faut-il pas être impérativement plus exigeant dans les façons de faire, d’autant que les moyens pour diminuer l’effet de serre sont connus et déjà mis de l’avant dans plusieurs villes.  Rimouski ne devrait-elle pas s’inscrire comme chef de file en la matière?

Pourtant la pertinence du CCU dans le processus d’accompagnement des élus quant aux choix qui sont faits en matière d’aménagement du territoire sont bien évoqués dans cet extrait tiré du site web de la ville de Rimouski :

« Le CCU de la Ville de Rimouski est composé de deux conseillers municipaux et de sept résidents, provenant des quatre coins de la ville, choisis par le conseil municipal pour guider, orienter et soutenir son action en matière d’urbanisme. 

Les recommandations et les avis du CCU permettent au conseil municipal de profiter de la contribution d’élus et de citoyens, lesquels peuvent faire valoir leur expérience de vie dans la municipalité et leurs préoccupations particulières pour l’aménagement de leur territoire. 

Bien que le CCU soit fondamentalement un organisme à caractère consultatif et non décisionnel, il joue néanmoins un rôle indéniable dans la mission de planification et d’administration du territoire municipal. »

Nous aimerions rappeler que les recommandations du CCU étaient loin d’être arbitraires. Elles intégraient les orientations d’aménagement promues par moult organisations et il est consternant qu’elles n’aient pas été retenues par les élus.

Il est en effet très perturbant de réaliser que la majorité de nos élus rimouskois continuent de gérer la ville sans prendre suffisamment en considération les impératifs de changement souhaités par les citoyens et citoyennes qui réclament qu’on actualise les processus afin de rendre notre ville plus responsable, et plus proactive face aux nombreux défis et enjeux qui sont collectivement les nôtres.

À tous les niveaux de gouvernance, le temps manque pour atteindre un tant soit peu les objectifs environnementaux et sociaux qui devraient nous guider. Nous souhaitons que nos élus aient comme nous le sentiment de l’extrême urgence d’exiger que les choses soient réalisées autrement. La ville avait ici la possibilité d’être plus ambitieuse et demander davantage. Il est déplorable qu’elle ne l’ait pas fait, par peur, ou par manque de vision.

Et si à l’avenir, la ligne de conduite des villes était d’exiger, d’un commun accord, de la part de COSTCO que l’entreprise révise son concept standard d’aménagement qu’elle leur propose afin de le rendre un tant soit peu plus harmonieux sur le plan urbanistique et surtout plus « vert ». Ce géant américain serait alors confronté à la nécessité d’évoluer pour avoir accès à ces parts de marché. Malheureusement, cela relève encore de l’utopie. Mais les élus ne doivent-ils pas travailler à ce que ces utopies deviennent possibles?

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