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Après la saga des porcheries et celle du gaz de schiste, voilà que de vastes projets d’éoliennes se pointent dans le comté de Lotbinière. Je vous fais part ici de mes démarches de citoyen pour savoir d’où vient le vent.

À la fin de l’été 2023, une rumeur dans l’air m’informe qu’a eu lieu une soirée d’information sur les projets éoliens. Le fait que j’aie payé des taxes dans trois municipalités de la MRC n’a visiblement pas été suffisant pour que j’aie été prévenu de la chose. En tant que producteur biologique, je me sens pourtant concerné.

Le vent en poupe, je me rends à la séance du conseil de Sainte-Croix avec quelques questions en poche, du style : coût pour la municipalité? Redevances pour le propriétaire terrien et la municipalité ? Coût du projet? Coût du démantèlement des éoliennes en cas de faillite du promoteur? On me donne en réponse que ce sera payant pour la municipalité avec une redevance de 200 000 $ par année. Je reviens à la charge en demandant si ce montant couvrira l’investissement, ce sur quoi on m’invite à poser mes questions au conseil des maires.

Poussé par cette brise, je vais rencontrer les maires de la MRC avec mes questions, d’autant plus que ces derniers votent à l’unanimité en appui au processus d’appel d’offres. Je demande alors d’être tenu informé du montage financier. Le directeur général me répond que les détails viendront plus tard et qu’il me faut faire confiance. Du même souffle, je m’engage donc à prendre rendez-vous avec lui après la fin de mes récoltes. Ce que j’ai fait au début décembre, une fois la bise venue.

Lors de cette rencontre, j’ai effectivement obtenu, finalement, plusieurs éclaircissements pertinents pour comprendre l’intérêt financier du projet pour la MRC.

Mes constats

La récolte de l’information a nécessité plusieurs démarches, et le processus a le vent dans les voiles sans que les citoyens en connaissent les grandes lignes. Je n’ai pas eu l’impression que les élus locaux sont eux-mêmes bien informés.

Beaucoup d’éléments demeurent dans l’ombre, comme l’ampleur du fonds de réserve lors du démantèlement des éoliennes. Ou pourquoi les distances séparatrices entre les éoliennes et les résidences ne sont-elles pas les mêmes selon qu’on habite dans un village ou dans un rang? Que se passera-t-il si la puissance des éoliennes augmente de 2 à 6, voire à 10 ou à 12 MW? Qu’en est-il des circuits de raccordement, de l’accès aux sites, de la fréquence des passages des véhicules pour la construction et ensuite l’entretien, été comme hiver?

Comment se fait-il qu’il incombe, encore, aux citoyens de découvrir l’information? Le feuillet fourni par ma MRC ne répond à aucune de mes questions.

On peut comprendre que le promoteur trouve plus aisé de circuler sur des terres drainées et défrichées que de partir en forêt rocheuse, mais comment se fait-il que la Commission de protection du territoire agricole soit à l’aise avec ça? Et que fait-on avec la loi sur la protection des milieux humides alors que le projet principal vise les grandes tourbières du comté?

Si ces projets en rafale sont si lucratifs pour des promoteurs privés, pourquoi Hydro-Québec ne s’en occupe-t-elle pas?

Un vent d’indignation se lève dans les campagnes, une division entre les citoyens POUR et CONTRE s’annonce. Le territoire inoccupé ne manque pourtant pas au Québec pour accueillir de tels projets. Les expédier en zone habitée provoquera des turbulences à coup sûr.

Maintenir les communautés rurales en difficulté chronique de financement crée une atmosphère fragile face à la perspective d’une source potentielle d’argent. Au lieu de favoriser l’autonomie des régions, n’est-on pas en train d’atteindre un nouveau sommet dans l’art de faire des régions du Québec des fournisseurs de ressources de base pour les centres urbains?

Hydro-Québec aura-t-elle la même générosité pour les initiatives individuelles, collectives ou régionales de production d’électricité à partir du vent, de façon décentralisée, un moyen de contribuer à l’autonomie énergétique en région?

Est-ce que le vent ne souffle que pour ces mégaprojets?

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