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Que faire face  à un gouvernement qui, sans débats publics, sans étude environnementale stratégique (ÉES), sans BAPE générique s’adonne à une privatisation rampante d’Hydro-Québec en permettant à une poignée d’entrepreneurs privés de modifier radicalement le paysage en y implantant une série d’éoliennes géantes alors que ce même gouvernement refuse de financer adéquatement les municipalités face aux changements climatiques et à une inflation galopante qui obèrent les finances des communautés locales, préférant les assujettir à une logique affairiste, et alors que les élus locaux, faute d’autres possibilités, se laissent gagner par ce pis-aller, perdant dans bien des cas tout esprit critique devant ces projets?

En fait, le déploiement de ce néo-duplessisme vise à transformer les municipalités locales en investisseurs peu soucieux des terres agricoles, du bien-être des citoyens, éblouis par les promesses alléchantes de revenus nouveaux et qui en viennent à adopter une vision extrêmement limitée de la démocratie où l’acceptabilité sociale et la légitimité démocratique se restreignent uniquement aux décisions des élus municipaux.

De fait, voilà le défi auquel sont soumises les communautés locales.

L’expérience de Nicolet-Yamaska

Dans la MRC Nicolet-Yamaska, à l’appel de citoyens et de citoyennes étonnés de voir un tel développement éolien prendre forme sans discussion publique, un collectif s’est formé, comme il s’en forme de plus en plus au Québec.

Refusant un manichéisme primaire voulant une acceptation ou un refus sans débat public, le collectif citoyen s’est employé à définir un processus ouvert reposant sur l’information, la mobilisation et la consultation publique.

Ainsi, a-t-on vu des centaines de citoyens et de citoyennes participer aux rencontres de la MRC et questionner les élus sur un projet bâti dans la précipitation, supposément piloté par les unions municipales devenus les zélateurs inconditionnels de ces projets étant comme cul et chemise avec les promoteurs.

Mieux, le collectif citoyen a forcé la MRC à mettre sur pied un comité consultatif (qu’elle a dissous n’ayant pu imposer la confidentialité aux membres de ce comité et ayant rejeté toute proposition de fonctionnement démocratique). De plus, la quarantaine de membres du collectif ont sillonné une dizaine de municipalités visées par le projet pour faire signer une pétition rejetant cette proposition où les citoyens n’avaient aucun mot à dire. Une large majorité s’est alors dessinée contre le projet.

De façon plus fondamentale, le collectif a soumis un projet alternatif visant non seulement le rejet de la proposition de la MRC, mais l’exploration d’une manière plus large de production d’énergie renouvelable plus respectueuse des contraintes agronomiques et sociales.

Ainsi, outre diverses assemblées publiques qui réunirent plusieurs centaines de personnes, la mise sur pied d’instruments numériques et de communication sur support papier, le collectif a organisé un large colloque, réunissant plus de 200 personnes, où plusieurs experts sont venus présenter leurs analyses scientifiques. 

Le collectif s’est aussi assuré de la collaboration de juristes qui ont élaboré un projet de règlement municipal visant à protéger le pouvoir des municipalités locales qui sont considérées comme partenaires négligeables dans ces projets. Ce projet de règlement met en place un processus de collecte d’informations crédibles et indépendantes, et une consultation étendue des citoyens se clôturant par un référendum qui lie les élus locaux.

Pour ce collectif citoyen, les élus locaux ne représentent pas, à eux seuls, la légitimité démocratique dans le cadre d’un projet susceptible de modifier le paysage, la tranquillité des citoyens, de porter atteinte à la santé et à la sécurité publique.

Le collectif s’apprête maintenant à lancer un appel à la coordination des divers comités de citoyens qui émergent présentement afin que les expériences des uns et des autres soient mises en commun.

Devant cette montée de boucliers, la direction de la MRC a dû reculer et a refusé de participer au premier appel d’offres d’Hydro-Québec. Mais elle revient aujourd’hui à la charge en adoptant un règlement de contrôle intérimaire (RCI) octroyant une autorisation pour l’avenir aux promoteurs sous réserve de distances séparatrices malheureusement trop restreintes entre les résidences et ces machines encombrantes. Le collectif a demandé au ministre de ne pas avaliser ce règlement dont l’adoption constitue un détournement des règles juridiques applicables dans le cas d’un RCI.

La lutte continuera donc…

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