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Quand avoir des convictions ne suffit plus

Par le 2024/02
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Quand avoir des convictions ne suffit plus

Par le 2024/02

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Durant l’année 2023, les différentes municipalités de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et du Bas-Saint-Laurent ont rencontré de nombreuses difficultés, incluant leur relation avec la citoyenneté. Ces difficultés ont causé plusieurs démissions, et rendent les postes peu attrayants.

Même si le système municipal se construit sur un rapport de domination avec sa population, les personnes qui composent une municipalité sont en général prises dans ce système et le subissent. Il va donc être question d’explorer sous un autre angle la municipalité et les personnes qui y travaillent.

En effet, s’engager dans la politique de la ville en occupant un poste municipal est généralement un choix mu par une volonté de répondre aux « échecs de l’action publique » (Brenot, 2023, p. 14). Cette forme de politique offre la possibilité de proposer une réparation adaptée au territoire, mais aussi à favoriser la participation de la population.

C’est pourquoi les premières personnes à s’être engagées dans la municipalité provenaient surtout de milieux militants, avec en tête de réparer les injustices vécues dans les quartiers plus défavorisés. En d’autres termes, « on n’entre pas en politique de la ville par hasard » (Brenot, 2023, p. 14).

Il y a donc un militantisme à la base de la professionnalisation de la politique municipale.

Avec les difficultés rencontrées, amplifiées par le système hiérarchique, il est possible de constater que les démissions et la difficulté d’engager traduisent une forme d’épuisement professionnelle. Les métiers de la ville ne sont alors pas exempts de risques psychosociaux.

Cet épuisement cause une plus grande difficulté à maintenir des convictions en matière de lutte contre les inégalités sociales et territoriales, alors que la politique municipale devient de plus en plus nécessaire pour répondre aux différentes crises actuelles.

Cet épuisement provient d’une ingénierie (technicalité, surspécialisation etc.) toujours plus importante en raison des compétences et moyens utilisés, qui engendre un éloignement de la mission première : le contact avec la population et les associations de quartiers populaires. Ajouter à cette ingénierie un contexte social de pauvreté de liens sociaux, et l’épuisement professionnel devient presque une fatalité.

Une remise en question du rôle de la profession en politique municipale fait surface par cet épuisement. En d’autres termes, qu’est-ce que ces professionnel.les attendent de leur métier ? Deux principaux pôles marquent cette profession : le ou la spécialiste des tableurs et autres outils de reporting ; le ou la conceptrice ou animatrice de projets de territoire en étroites relations avec les élus, les habitants et les acteurs associatifs.

Ces deux pôles ne sont malheureusement que difficilement compatibles, ce qui nuit grandement au sens donné à son travail, et participant activement à sa pénibilité et à l’épuisement.

En résumé, « la ville souffre plus que jamais d’une sorte d’isolement et de déficit de portage politique, les professionnels de la politique de la ville sont confrontés à l’accroissement des tensions sociales, des antagonismes locaux, des inégalités territoriales et même des violences » (Brenot, 2023, p. 15). L’une des solutions se trouve dans la collaboration avec la population ; plus exactement dans une utilisation active, inclusive et approfondie de l’aide de la population pour guider le devenir de la ville. C’est ce qu’indique la sur-ingénierie des professions de la ville : trop professionnaliser éloigne la population dans les décisions et projets que la ville met en place, ce qui forme des conflits, un isolement et une charge de travail très difficilement soutenable.

Pascal Brenot, « Quand avoir des convictions ne suffit plus », Les Cahiers du Développement Social Urbain 2023/2 (N° 78), pages 14 à 15.

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