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La croissance va-t-elle nous sauver des crises ?

Par Mathieu Perchat le 2024/02
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La croissance va-t-elle nous sauver des crises ?

Par Mathieu Perchat le 2024/02

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Pour faire écho à la 14e édition de la semaine rimouskoise de l’environnement qui a lieu du 19 au 27 février 2024, abordons la thématique fondamentale de la décroissance. Car renoncer maintenant à la surconsommation et à l’embourgeoisement est un acte de sagesse et une action volontaire. Alors que la sobriété vers laquelle on se dirige obligatoirement sera imposée par les limites planétaires.

La décroissance est un mode de vie qui consiste à réinventer la manière dont on fait société collectivement. Ce n’est plus une instance supérieure qui décide ce qui est bon pour la population, mais cette dernière qui décide, sans tomber dans la domination de la majorité ; la démocratie est alors pensée sous d’autres modalités que la démocratie représentative actuelle (Abraham, 2019, p. 35).

Les inégalités qu’engendre la croissance

En effet, la croissance économique nourrit à l’extraction et l’exploitation des ressources reste un piège idéologique auquel il faut renoncer collectivement. Et on y renonce en se tournant vers la décroissance (Abraham, 2019, p. 35). La décroissance traduit une volonté de se tourner vers un mode de vie dans lequel il devient possible de bien vivre pour la majorité des personnes, et non pas pour une petite minorité comme avec l’idéologie de la croissance. Car il faut rappeler qu’en plus de créer des inégalités au sein d’une même société riche, cette dernière reste dépendante d’autres sociétés qui vivent encore plus mal.

Le rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) concluait que : « Le monde est plus inégalitaire aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été depuis la Deuxième Guerre mondiale » (Rapport, 2016, p. 16).

À l’échelle individuelle, la croissance provoque également un mal-être, celui de l’injonction à être productif et productive en tout temps, peu importe ce qu’il en coute, et même si l’activité n’apporte aucune utilité véritable à la société, comme les bullshit jobs.

Pour contrer la croissance, il devient nécessaire de repenser la notion de salaire, en appliquant un revenu maximum, mais aussi sur le droit de propriété et sur l’héritage (en gros, les sujets qui fâchent la bourgeoisie).  

De ce fait, la décroissance relie la justice environnementale à la justice sociale. Les deux formes de justices forment ses piliers fondamentaux.

Capitalisme vert, attention

Pour maintenir vivace la croissance, le capitalisme s’adapte aux nouvelles normes et exigences, ce qui a donné beaucoup de Greenwashing. Par exemple, les projets de développement durable, ou l’idée de croissance verte ou encore l’économie circulaire.

Pour détecter ce Greenwashing, il suffit de regarder si ces projets permettent de réduire une forme d’injustice sociale ou environnementale.

Par exemple, la croissance verte se caractérise par une production de biens dissociée des répercussions écologiques qu’elle entraine. Et pour réduire ses répercussions, elle va mobiliser des technologies moins gourmandes, mais qui vont pousser à plus de consommation. Comme pour les ampoules électriques dont leur réduction en consommation d’énergie a débridé son utilisation. En gros, moins les produits consomment de ressources, plus on consomme de produit !

C’est pourquoi la solution la plus logique reste la décroissance, donc une plus faible production (Abraham, 2019, p. 36).

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Si la décroissance dépasse les injustices, c’est grâce au principe de partage qu’elle engendre. Ce principe traduit simplement la possibilité pour chaque personne d’obtenir un accès aux ressources nécessaires à sa survie et vivre une vie épanouissante. Cela dans les limites planétaires et sans empiéter sur le bien-être des autres espèces.

C’est la raison pour laquelle des limites à l’accumulation du capital et à la propriété privée doivent être imposées.

Or, actuellement les politiques et institutions ne s’enlignent pas sur la décroissance, bien au contraire, elles sont soumises à l’impératif de la croissance infinie. La preuve en est : Rimouski qui valide un projet de construction d’un Costco en début 2024.

Pour résumer, la décroissance ouvre la possibilité de construire des collectivités humaines justes et démocratiques. La décroissance, avec les questions qu’elle permet de se poser, offre la possibilité de retrouver sur le territoire une production juste, équitable et souhaitée de ressources dont on a toutes et tous besoin.

Yves-Marie, Abraham, « La croissance ? Objection ! », Gestion, vol. 44, no. 1, 2019, p. 34-37.

« L’humanité divisée : combattre les inégalités dans les pays en développement », Programme des Nations unies pour le développement, 2014.

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