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Il faut toujours des bras pour tronçonner

Par Mathieu Perchat le 2024/02
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Il faut toujours des bras pour tronçonner

Par Mathieu Perchat le 2024/02

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Avec des projets écocides ou qui vont contre la préservation de l’environnement général, comme la construction de l’autoroute A20, ou encore celle de l’édifice de Medway à Rivière-du-Loup, il faut faire remarquer que des emplois vont être destinés à réaliser ces projets que les générations futures vont récolter et payer malgré elles.

L’urgence écologique est une très bonne opportunité pour nous interroger sur le sens de notre travail, en revoyant sa finalité, qui devrait être le bonheur et le bien-être, tout en se trouvant en dehors de la rationalité économique. Si ces projets sont réalisés par des personnes au travail, et cela malgré une potentielle dissonance cognitive avec leur propre valeur, c’est en raison d’une dépossession d’une maitrise et des résultats du travail. Pour faire simple, le capitalisme aliène le travail. Comment peut-on alors y remédier ? Comment briser cette dissonance cognitive et ne plus réaliser des projets illogiques ?

La situation

Il faut rappeler que le mode de production actuel vise principalement une maximisation des profits et non une satisfaction durable des besoins de la société (Marty, 2023, p. 85). Pour réaliser une telle maximisation, elle mise sur la stimulation de la consommation future grâce au marketing et à la publicité, cela sans se soucier du gaspillage ou de la dégradation de la qualité de vie qui en découle.

Alors qu’une production destinée à la satisfaction durable de la société vise cet unique objectif, tout en déployant beaucoup moins de ressources, grâce à l’inutilité de la communication, mais aussi grâce à la qualité accrue des produits et services offerts. C’est pour cette raison que les objectifs écologiques sont forcément anticapitalistes (même les mines d’acier vertes).

Toutefois, « le capitalisme peut tenter, temporairement, de s’y adapter, pour maintenir son taux de profit en augmentant le prix des marchandises ou en délocalisant les industries nocives dans les pays pauvres » (Marty, 2023, p. 86), ce qui a très clairement déjà été fait depuis plusieurs décennies.

L’emploi dans ce contexte

Maintenant que le contexte est posé, il va être temps de traiter la question de l’emploi. C’est par lui que les ressources économiques et les droits sociaux sont partagés. Il est le but et la fin des parcours scolaires. Le chômage « est le mal du siècle » contre lequel il faut lutter à tout prix, même si pour ce faire des emplois sans finalités claires sont construits. « L’emploi devient une fin en soi : un contrat précaire vaut mieux que rien » (Marty, 2023, p. 88).

C’est pour cette raison que les gouvernements ont soutenu une création d’emplois de service, ou plus exactement d’emplois de serviteurs, comme la livraison ou le ménage. Cela revient à acheter le temps de travail des plus précaires par les plus aisés pour que ces derniers ne réalisent pas leurs tâches domestiques eux-mêmes.

Alors que la bonne gestion gouvernementale aurait été de repenser la production et le temps de travail général afin de les réduire. Cependant, « cette perspective de décroissance écologique de la production se heurte au conservatisme de l’emploi » (Marty, 2023, p. 88).

Le conservatisme se traduit par une volonté de conserver ces emplois de services mineurs, mais aussi de productions polluantes (aviation) et nuisibles (publicité) pour maintenir les emplois.

Il devient pourtant urgent de repenser ces emplois qui se mettent au service d’une production capitaliste entrainant des conséquences collectives sur le long terme. Cependant, l’urgence climatique apporte avec elle des emplois nécessaires, comme la réparation, le recyclage, l’apprentissage de savoir-faire quotidiens, l’agriculture paysanne, le soin ou les mobilités douces.

Céline Marty, « Moins, mais mieux. Réinventer le travail avec André Gorz », Esprit, no. 9, 2023, pp. 85-95.

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