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Des mines pour la transition écologique

Par Mathieu Perchat le 2024/02
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Des mines pour la transition écologique

Par Mathieu Perchat le 2024/02

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Ces derniers jours, une annonce concernant le fer de la fosse du Labrador a été portée à la liste des minéraux critiques et stratégiques, cela grâce à sa haute pureté. Ce qui va amener à la création de nouvelles mines. Mais également une modernisation de la mine de fer d’ArcelorMittal du mont Wright, près de Fermont. Cette modernisation amènerait à une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Bien entendu, d’autres métaux sont sur la liste des minéraux critiques et stratégiques.

La justification de construire et moderniser le secteur minier réside dans la possibilité de produire un acier vert. Ce matériau étant indispensable pour parvenir à la transition énergétique, en effet, l’acier se retrouve dans les éoliennes, les barrages hydroélectriques, les panneaux voltaïques, les véhicules électriques et la géothermie.

Mais aussi, cette filière est amenée à jouer un rôle important pour la production de batterie, et donc, selon le gouvernement, à décarboner l’économie.

Ainsi, la justification économique de ces nouvelles mines qui vont être ouvertes serait écologique, ou plutôt qui favoriserait la transition écologique grâce à l’apport de métal pour construire davantage de technologies, comme les éoliennes ou les voitures électriques. L’énergie électrique va ainsi pouvoir remplacer les énergies fossiles. Regardons pourquoi le discours transistionniste est en réalité erroné, et qu’il permet de laisser croire que la technologie va nous sauver.

L’histoire transitionniste

Un tel discours provient tout droit de l’histoire transitionniste qui décrit une évolution successive des énergies : la force musculaire, le bois et l’hydraulique à l’époque préindustrielle, remplacés par le charbon et la vapeur au 19em siècle, puis par le pétrole, l’électricité et le nucléaire ; ces dernières énergies visent donc par une transition à être remplacées par les énergies vertes. Voilà en gros ce que décrit la transition.

L’histoire transitionniste s’est surtout concentrée sur les innovations énergétiques pour marquer les époques, cela au détriment des productions énergétiques déjà existantes dont leur rôle a évolué. Par exemple, l’essor des énergies renouvelables au 19em siècle, de la biomasse et de la force musculaire au 20e siècle ou encore le récit actuel du charbon (Fressoz, 2023). Ce qu’il manque à ce discours historique, ce sont les interactions entre ces matières et ces énergies qui sont à l’origine de leur croissance et évolution.

En effet, l’histoire transitionniste a été critiquée par des historiens et historiennes spécialisées dans les modes de production du 19em siècle. En effet, l’industrialisation s’est faite par le charbon, mais également par la force musculaire, « l’hydraulique dans les usines, le bois dans la sidérurgie, des animaux dans les transports, les travaux agricoles comme force mécanique industrielle » (Fressoz, 2023).

Malheureusement, l’histoire transitionniste repose sur une compréhension darwinisme schumpétérien et d’une dialectique des vainqueurs et des vaincus pour décrire l’histoire des énergies. Or, chaque méthode de production d’énergie fonctionne et se développe ensemble. « Le charbon et pétrole ont énormément accru la production de bois et donc sa disponibilité pour des usages énergétiques. Les renouvelables se modernisent grâce à l’acier et au ciment » (Fressoz, 2023).

Même aujourd’hui, le récit transitionniste ne résiste pas à notre réalité contemporaine, l’entreprise Vallourec possède au Brésil une forêt de 230 000 hectares qui lui permet de se fournir directement en charbon afin de produire son acier, qui lui est destiné à l’industrie pétrolière. « Le bois sert à produire l’acier qui sert à extraire le pétrole, qui lui-même est indispensable à l’exploitation forestière » (Fressoz, 2023).

Ainsi, les énergies dites décarbonées sont en réalité directement interreliées aux autres formes d’énergies. Pour décarboner l’énergie, il ne s’agit donc pas de produire plus d’énergies ou réaliser plus de mines pour accéder à un acier « vert » qui va servir à une production technologie productrice d’énergie. Il s’agit simplement de se tourner vers des actions et des politiques de décroissances.

Le projet de mines servant à réaliser un acier vert est un véritable et très bel exemple de greenwashing que le gouvernement nous sert sans sourciller.

Jean-Baptiste, Fressoz. « L’énergie : une histoire symbiotique. Introduction », Histoire & mesure, vol. xxxviii, no. 1, 2023, pp. 153-155.

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