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Réchauffement ou pas réchauffement

Par Mathieu Perchat le 2024/01
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Réchauffement ou pas réchauffement

Par Mathieu Perchat le 2024/01

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Avec les températures actuelles au Bas-Saint-Laurent et Gaspésie, l’effet d’un réchauffement global ne devrait plus être à douter. Par exemple, un état d’urgence a été décrété à Maria la semaine du 7 janvier. En effet, d’intenses tempêtes deviennent plus fréquentes ces dernières années, dont la dangerosité est accrue en raison d’une absence de glace. Or, en cette période, les berges devraient être recouvertes de glace. Et pourtant, souvent motivé par un désir de baisser l’angoisse que cela inspire, il est possible de trouver des informations qui infirment le réchauffement climatique.

Mais alors, comment avec des faits concrets comme celui-ci, comment peut-on douter encore du réchauffement climatique ? Cette voie de contestation s’est malheureusement démocratisée avec des voix politiques comme celle de Trump.

En réalité, le déni du réchauffement climatique provient d’une idéologie conservatrice visant à conserver des valeurs et idéaux bien précis. Et cette voix continue aujourd’hui de prospérer, cela malgré un consensus scientifique sur le constat et les causes du réchauffement planétaire.

Pour parvenir à croitre, le discours du déni prend différentes formes qui partagent chacune un mécanisme commun : les politiques climatiques sont une menace pour certaines valeurs senties comme essentielles.

Ainsi, ce déni, appelé par ses partisans climatoscepticisme, émane d’une panique morale, d’une opinion politique, plutôt que le produit d’une véritable recherche scientifique.

Qu’est-ce qu’être climatosceptique ?

Le climatoscepticisme se compose essentielle de partis politiques conservateurs et de lobbying. Il possède alors beaucoup de ressources et d’exemples pour prospérer, comme l’exemple du lobbying réalisé sur le tabagisme. Leur marge de manœuvre principale est de « contester dans l’espace public et sur le terrain scientifique les résultats de travaux de recherche défavorables à leurs objectifs » (Hourcade et Wagener, 2021, p. 10).

Ce mécanisme a comme but de retarder ou limiter l’action politique grâce à l’incertitude semée dans l’espace public et politique. Le discours climatosceptique ne peut alors être considéré comme un discours critique sur le réchauffement climatique, sous peine d’entrer dans leur dynamique, et ainsi contribuer à son succès.

Le discours ne se limite pas à nier le réchauffement climatique, mais aussi à contester la réalité des causes principalement d’origine anthropique, ou la contestation des évaluations modélisées, ou encore les modes d’action à employer pour le limiter.

Par exemple, le climatoscepticisme ne nie pas dans chaque sphère le réchauffement climatique, certaines voix soutiennent plutôt un réchauffement naturel, provoqué par des « grands cycles d’évolution du climat terrestre, à l’activité solaire ou à d’autres causes naturelles » (Hourcade et Wagener, 2021, p. 11). Ou encore, elles peuvent invoquer les avantages liés au réchauffement, comme la possibilité de mettre en culture des terres auparavant stériles. Ou pour finir à surévaluer les capacités techniques pour réguler le réchauffement climatique (comme les usines à captation carbone).

Ainsi, le climatoscepticisme mobilise des pseudo-arguments scientifiques sur la place publique pour semer le doute sur le réchauffement et ses causes/conséquences. Ainsi, ce n’est pas un scepticisme sain qui est à l’œuvre, mais un sophisme pur pour valoriser et conserver des valeurs sociales et culturelles.

Le nom de climatoscepticisme

Le terme de climatoscepticisme est apparu à partir de 2002 dans les médias, puis son utilisation par les politiques l’a érigé comme « vertu heuristique du doute et de la controverse scientifique » (Hourcade et Wagener, 2021, p. 12). Être qualifié de la sorte est alors une grosse victoire pour les climatosceptiques. Aujourd’hui, certains climatosceptiques se qualifient même de climatoréalistes.

Les climatosceptiques ont également apporté leur terme et formule pour qualifier leurs adversaires, « en évoquant régulièrement une idéologie réchauffiste ou des thèses climato-alarmistes » (Hourcade et Wagener, 2021, p. 13).

On constate donc que la médiatisation du climatoscepticisme a grandement favorisé leur représentation dans l’espace public. Les réseaux sociaux sont également un vecteur important des thèses climatosceptiques. Car c’est par cette voie que les communautés conservatrices et climatosceptiques s’organisent et diffusent leurs thèses auprès de personnes d’ordinaire plus libérales.

Valeur et scepticisme

Accepter la thèse du réchauffement climatique est alors devenue aujourd’hui un positionnement moral et identitaire par l’avènement du climatoscepticisme.

En effet, le climatoscepticisme fait reposer ses thèses principalement sur des valeurs. Et si des projets visant à réduire le réchauffement climatique entrent en contradiction avec elles, alors elles doivent être combattues. Par exemple, réduire l’usage de la voiture et de la consommation générale par habitant. Ces mesures entrent en contradiction avec les valeurs de liberté capitaliste, de domination des autres cultures et des espaces naturels.

La volonté de conserver ces valeurs entraine la perception que la lutte contre le réchauffement climatique est une « une menace existentielle » (Hourcade et Wagener, 2021, p. 15). Par exemple, réduire le réchauffement revient à revoir les valeurs associées à la liberté, au capitalisme, à la démocratie ou au progrès. Le climatoscepticisme est alors le produit des « paniques morales », en se positionnant comme « victimes courageuses d’une idéologie hégémonique et intolérante à la critique » (Hourcade et Wagener, 2021, p. 17).

Pour résumer, « le climatoscepticisme participe à la reconstruction d’une réalité basée sur une vision idéologique des faits qui vise à contourner la prise en considération des études et des réalités concernant le changement climatique. Puisque le changement climatique est précisément un phénomène systémique qui questionne l’ensemble de nos modes de vie et choix de société, le climatoscepticisme se retrouve, en retour, mobilisé pour accompagner une pluralité de prises de position » (Hourcade et Wagener, 2021, p. 19).

Renaud Hourcade et Albin Wagener, « Le climatoscepticisme : une approche interdiscursive », Mots. Les langages du politique [En ligne], 127 | 2021, mis en ligne le 01 novembre 2021, consulté le 10 novembre 2021. URL : http://journals.openedition.org/mots/28715 ; DOI : https://doi.org/10.4000/mots.28715

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