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La zootechnie…à quoi ça sert ?

Par Mathieu Perchat le 2024/01
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La zootechnie…à quoi ça sert ?

Par Mathieu Perchat le 2024/01

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

La région du Bas-Saint-Laurent se caractérise par une exploitation agricole prospère grâce à ses sols fertiles et bon marché. On y trouve un bon nombre de cultures de maïs, de soya, des fermes laitières ou encore de l’élevage porcin, pour ne nommer que les plus grosses productions. Cependant, cette prospérité rencontre des difficultés de l’ordre écologiques, et plus spécifiquement son impact sur la qualité du fleuve. Elle est souvent altérée par un mauvais entreposage de fumier, un épandage inadéquat des engrais, une utilisation de pesticides, ou encore des drainages.

Cependant, une amélioration s’est constatée ces dernières années, mais ces difficultés portent la nécessité de poser la question d’avoir une si grosse production agricole centrée sur les produits animaux. Car sur les étals de nos épiceries, le bio local reste très peu rencontré. Mais surtout, est-ce que la manière dont on produit nos denrées d’origine animale relève d’un système que l’on voudrait conserver ?

La zootechnie

Comme nous l’avions vu dans un précédent article du Mouton Noir[1], notre agriculture et notre élevage actuel est le produit de la zootechnie constituée entre le 19en et 20en siècle. Elle a permis, entre autres, de techniciser, contrôler et chiffrer la production agricole.

La zootechnie a transformé le secteur de l’élevage en lui permettant d’améliorer sa production et sa compétitivité grâce à une connaissance précise des animaux. Ces connaissances ont donné lieu à des techniques, comme l’insémination artificielle, la sélection sur descendance ou encore le rationnement des animaux. L’état a largement contribué à diffuser ces techniques grâce à une vision du monde agricole partagée.

Par exemple, la production industrielle des élevages est à son paroxysme pour les productions de viande de porcs et de volailles. L’environnement et la biosécurité sont surcontrôlés, engendrant une invisibilisation des animaux enfermés dans les bâtiments.

Le refus de ce modèle est présent dès son apparition, principalement par les milieux défavorisés qui ne pouvaient pas obtenir la technologie nécessaire, ou ne pouvaient pas « gagner la bataille de la compétitivité » (Dedieu, 2023, p. 162).

Ces refus ont permis entre autres de proposer des voies alternatives, en se plaçant sur la qualité plutôt que la quantité. Par exemple, l’élevage bio se trouve dans ce secteur.

Cependant, la crise climatique vient ajouter de nouvelles contraintes sur le modèle engendré par la zootechnie.

Une trop importante production

Actuellement, la société occidentale consomme bien trop de produit laitier et de viande pour sa bonne santé. De plus, l’élevage intensif est accusé, à raison, d’être un fort émetteur de gaz à effet de serre : le méthane, mais aussi de polluer les eaux, de monopoliser les terres cultivables qui pourraient être allouées à nourrir directement les humains plutôt que le bétail.

S’ajoute à ces difficultés environnementales celle liée au bien-être des animaux, dont le secteur de l’élevage actuel considère l’animal plus comme un objet que comme un véritable sujet.

Toutes ces difficultés n’empêchent pas les investissements technologiques dans ce secteur, comme la robotisation, la génomique pour sélectionner les meilleurs éléments ou encore la modification du génome. Or, toutes ces technologies n’ont pour but que de « faciliter les dialogues entre agriculteurs et entre agriculteurs et consommateurs » (Dedieu, 2023, p. 163). En effet, la production de données que ces technologies engendrent propose des services de qualités, ou encore une possibilité de traçabilité des produits.

Ces mêmes investissements commencent à se tourner également vers la viande cellulaire, cela dans le but de pouvoir se passer de l’animal pour produire de la viande, sans devoir tuer ou produire du mal-être par l’élevage intensif.

Reconstruire une relation

Cependant, à travers toutes ces technologies et innovations, à travers cette zootechnie, ou se situe l’animal sujet et sensible ? Que devient le métier d’éleveur qui souhaite sortir du modèle imposé par la zootechnie ? Mais aussi, que faire de la relation entre humain et animal par le travail à la ferme ?

Tant de problématiques qui vont être nécessaires d’interroger pour reconstruire un élevage respectueux et responsable vis-à-vis de l’environnement, de l’animal et de l’humain.

En d’autres termes, « la question animale s’inscrit dans le monde tel qu’il est, parcouru de questions sur le devenir de notre humanité, sur l’avenir que nous réservent les révolutions technologiques et les innovations du marché, et sur les mondes professionnels qui ont tissé un lien spécifique avec les animaux » (Dedieu, 2023, p. 164).

Benoît Dedieu, « Introduction. Recherches sur la question animale : entre mobilisations sociétales et innovations technologiques », Natures Sciences Sociétés 2023/2 (Vol. 32), pages 162 à 165.


[1] https://www.moutonnoir.com/2023/09/le-don-et-lanimal/

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