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La vie « difficile » des élu.es municipaux

Par Mathieu Perchat le 2024/01
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La vie « difficile » des élu.es municipaux

Par Mathieu Perchat le 2024/01

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Durant l’année 2023, les différentes municipalités de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et du Bas-Saint-Laurent ont connu de nombreuses démissions. En raison des tensions au sein des conseils, mais aussi dû à des rapports houleux avec la population. Cette pression a poussé certain.es élu.es à démissionner, tout en rendant les postes peu attrayants.

            Pourquoi ces difficultés

Ces difficultés émergent par la manière dont est structuré le rapport entre élu.es et citoyens ; rapport construit sur une hiérarchisation, qui repose sur une relation de commandement-obéissance. Actuellement, ce rapport commence à montrer ses limites, surtout face à des regroupements citoyens qui fonctionnent non par une unification à travers une voix commune, mais à travers une décentralisation composée d’une multitude d’individu.es.

L’organisation hiérarchique de l’état telle que le réalise l’occident est considérée comme étant un modèle indépassable. Souvent, le mode d’organisation sans hiérarchie est considéré comme une organisation primitive, qui va évoluer ensuite en une organisation hiérarchique. Or, ce mode d’organisation occidental est avant tout un choix politique spécifique (Verdier, 2023, p. 126).

            La coercition

La relation de commandement-obéissance est appelée relation coercitive. Et cette relation forme l’opposition entre les individu.es et les personnes qui représentent et incarnent ce pouvoir. Son rôle premier est de contrôler les passions. Et elle les gère par l’exercice de contraintes, comme il a été constaté dans certains conseils municipaux, donc des citoyen.nes ont été expulsé.es.

Ainsi, la population n’est pas perçue comme un réseau de relations entre des individu.es mutuellement dépendant.es qui collaborent, mais plutôt comme une agglomération d’individu.es distinct.es (Verdier, 2023, p. 129). Les institutions comme les municipalités se trouvent alors à l’écart de la population, et non situées au sein de la communauté.

Il devient alors nécessaire de dépasser le dualisme individu/collectif qui construit cette forme politique, pour comprendre qu’on a touste une place dans cette collaboration. Et non un simple mot à dire à travers l’urne, pour qu’ensuite les têtes pensantes appliquent ce qu’elles décident indépendamment de l’avis des autres individus constituant le groupe opposé : la population.

En dépassant ce modèle, les individu.es ne sont plus à contrôler, mais à comprendre pour les insérer dans cette collaboration, « La coopération est alors assimilée à la recherche du consensus » (Verdier, 2023, p. 130).

Par exemple, prendre des décisions ne devrait pas se faire sur un consensus, mais plutôt sur une absence d’opposition formelle. Cela permettrait d’introduire dans les décisions collectives les diverses réalités individuelles vécues. Alors que dans le modèle coercitif, la majorité étouffe les voix dissidentes.

Conclusion

Bien entendu, parvenir à ce type de relation relève actuellement de l’utopie. Mais décrire comment les relations pourraient être offre la possibilité de pratiquer des résistances quotidiennes envers des coercitions que l’on vit. C’est par ce chemin (mais pas uniquement) qu’on se dirigera vers une politique   anti-autoritaire produisant moins de « difficultés » vécues des deux bords : citoyen.nes comme élu.es. Les politiques inégalitaires et coercitives ne sont pas une fatalité. « Reconstruire les solidarités brisées par les rapports de domination implique en effet d’analyser les combinaisons de relations qui entravent ou favorisent l’expression du désaccord et la remise en question des normes instituées » (Verdier, 2023, p. 132).

Margot Verdier, « La relation anti-autoritaire. Pour une sociologie anarchiste de l’anarchisme », Revue du MAUSS 2023/2 (n° 62), pages 125 à 133, Url : https://www.cairn.info/revue-du-mauss1-2023-2-page-125.htm

Roxanne Langlois, « 2023, une année « assez difficile » pour les élus municipaux », Radio canada, 29 décembre 2023, Url : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2036977/harcelement-menace-intimidation-demissions-maire

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