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Dominer la terre ou la ménager ?

Par Mathieu Perchat le 2024/01
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Dominer la terre ou la ménager ?

Par Mathieu Perchat le 2024/01

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Lors du conseil de ville de Rimouski le 15 janvier, la ville a voté à la majorité les modifications à sa règlementation pour correspondre aux exigences de Costco. Or, toutes revendications et recommandations écologiques émises par un conseillé, par le comité consultatif d’urbanisme et par la population ont été balayées. Voilà la preuve d’une belle adhésion aux valeurs conservatrices. La salle du conseil de ville a été investie par des citoyens et citoyennes favorables à la venue du Costco.

De plus, la ville a dû emprunter 4,5 millions de dollars pour prolonger le boulevard Arthur-Buies Est afin de lier le terrain à la route. L’ensemble des contribuables rimouskois et rimouskoises vont alors de voir payer 75% du prix total. Costco ne paiera que 25 % des coûts.

On assiste là, encore une fois, à une transformation de l’environnement en un territoire devenu artificiel. Produis de la domination de la nature, cela envers et contre les discours scientifiques préconisant la préservation des espaces. Ce monument dédié à la consommation de masse va alors faire partie de notre paysage, accentuant encore la culture capitaliste délétère pour nous et les générations qui vont suivre.

Porter de telles décisions et accepter aujourd’hui ce bâtiment, c’est montrer une pensée totalement hors sol, qui se sent en dehors de la nature et de son territoire. Alors que notre période de neige tarde, que les berges ne se glacent plus, que nos forêts brulent l’été, le territoire est considéré comme un espace abstrait, dont les infrastructures vont pouvoir reposer sans avoir besoin de se soucier de ce qui les entoure.

« Une civilisation « de l’instantanée », qui croit pouvoir se passer du territoire et donc de la relation avec la nature et l’histoire, en produisant son propre espace autonome » (Magnaghi, 2023, p. 16).

Et c’est par croyance d’être hors de la nature qu’il devient possible d’arrêter de coévoluer avec son territoire. Des interventions agressives d’origines humaines sont alors possibles, et ces interventions sont devenues communes aujourd’hui : « réduction de la vie des sols et de la biodiversité, empoisonnement des terres, de l’air, des rivières et des mers, perturbations hydrogéologiques, fonte des glaciers, montée des eaux, événements climatiques extrêmes, pandémies, etc. » (Magnaghi, 2023, p. 17).

Ces détériorations sont toujours produites par une culture de la production et la consommation d’espaces pour prospérer. Et on entend toujours des promesses de compensation jamais satisfaites ou équivalentes. Par exemple, « dans les politiques spécifiques d’urbanisme :  des pratiques toujours œuvrant à la consommation de sols et confirmant la domination des lois du marché et de la finance dans la légitimation de l’utilité de l’urbanisation » (Magnaghi, 2023, p. 18). Installer un Costco aujourd’hui traduit très bien cette consommation des sols et la direction donnée à nos ressources, alors que la ville vit une crise du logement, une crise alimentaire et une crise écologique.

Pour résumé, « cette culture continue à se lire dans de nombreux actes d’urbanisation dont jamais on ne considère de manière préventive les effets faute d’outils de planification » (Magnaghi, 2023, p. 18).

Michel-Félix Tremblay, « La Ville de Rimouski écarte les propositions pour un Costco plus vert », Radio-Canada, 16 septembre 2024.

Alberto Magnaghi, « Dominer la terre ou la ménager ? », EcoRev 2023/2 (N° 55), pages 13 à 20.

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