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Transport aérien en région

Par Mathieu Perchat le 2023/11
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Transport aérien en région

Par Mathieu Perchat le 2023/11

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Alors que l’aéroport régional de Mont-Joli se voit privé de lignes directes avec les grands centres, le premier ministre promet de faire en sorte que le service aérien en région soit assuré quotidiennement.

Une telle préoccupation provient de la nécessité d’avoir un service aérien public, car c’est par lui que la région devient attractive. Par exemple, inviter un scientifique et le faire atterrir à Montréal puis faire le reste en auto n’est pas attractif. C’est pourquoi c’est une nécessité d’avoir ce service.

Surtout que, pour que la région se développe économiquement, beaucoup de personnes d’affaires qui veulent investir dans la région vont vouloir voyager rapidement, et donc se rendre rapidement en région. Ne pas avoir d’aéroport qui a une ligne quotidienne avec les grands centres devient un frein pour la croissance économique de la région. Et pendant ce temps, le gouvernement fédéral prétend être déterminé à lutter contre les changements climatiques.

De tels propos sont lunaires, surréalistes …

            Des profits pour les favoriser

On nous parle de développer la région, d’amener des investisseurs, mais de tels propos sont complètement hors sol. Dans un contexte de crise environnementale et de manque de main-d’œuvre, avancer l’argumente du développement économique démontre une absence de conscience des véritables luttes. Investir de l’argent public dans des aéroports est terriblement insensé.

De plus, c’est une démonstration claire et honteuse d’un État qui favorise la population la plus pollueuse (et donc riches), sachant que les 10% les plus riches ont une empreinte carbone annuelle d’environ 25 tonnes CO2, contre 5 tonnes pour les 50% les plus modestes. Et très clairement, ces professionnels et personnes d’affaires, qui veulent voyager vite, font partie de ces 10%. Nos ressources publiques vont donc servir à permettre à ces personnes à se construire des business ; or notre région n’a absolument pas besoin de ce type d’entreprises. Ce qu’il nous faut, c’est un changement radical de paradigme que très clairement l’État est incapable et ne souhaite pas nous proposer !

            L’avion, stop !

Il a également été mis en avant que l’aéroport de Mont-Joli servirait aussi pour le tourisme. Or, le transport représente environ 70 % de l’impact environnemental total d’un touriste moyen. Veut-on dans la région un type de tourisme pollueur juste par sa manière d’arriver ?

Il ne faut pas oublier qu’aucun type de transport aérien ne peut être écologique, car il fonctionne aux combustibles fossiles. Sans parler des nombreux gaz dommageables qu’émettent les avions dans l’atmosphère, qui se révèlent bien plus nocifs lorsqu’ils sont à 30 000 pieds, qu’au niveau du sol.

            Une solution ?

Une solution pourrait être le transport ferroviaire pour joindre les régions des grands centres avec un coût écologique plus faible. Seulement, le trajet ferroviaire actuel a un impact défavorable sur les écosystèmes, car VIA Rail utilise de vieilles locomotives diesel. De ce fait, sur un même trajet longue distance, le train VIA rejetterait plus de GES par passager dans l’atmosphère que le trajet réalisé par avion, cela en raison de la durée du transport : l’avion ne mettrait que quelques heures alors que le train mettrait plusieurs jours. Mais aussi, il y a peu de passagers dans le train versus l’avion, d’où un coût carbone plus élevé par passager de train.

La solution est très simple, il suffit d’investir dans le transport ferroviaire. Car il ne faut pas oublier que VIA est une société d’État. « Quelques changements simples et des investissements publics intelligents pourraient grandement améliorer les performances environnementales du train » (Katz-Rosene, 2020).

Un premier investissement permettrait de remplir les trains. Il suffit de séparer les trains de loisirs « Elite Land Cruise » des trains axés sur les passagers. Ensuite, une amélioration de la capacité de charge peut être réalisée en ajoutant plus de places assises et de couchage dans chaque voiture, ainsi que des tarifs subventionnés plutôt que de subventionner les billets d’avion. « Théoriquement, une amélioration de 25% du facteur de charge moyen entraînerait une amélioration équivalente du rendement énergétique » (Katz-Rosene, 2020).

Un autre investissement pourrait être destiné à de nouvelles recherches et développements pour améliorer la technologie des locomotives. Par exemple, certaines compagnies ferroviaires en Amérique du Nord ont mis au point des locomotives fonctionnant par batterie.

Un dernier investissement pour cibler l’achat des voies ferroviaires. Actuellement, VIA loue les vois sur lesquelles les trains circulent, ce qui lui occasionne de multiples retardes impossible à prévoir. Mais aussi, lui permettrait d’augmenter sa capacité de transport, car VIA n’aurait plus à partager les voies avec d’autres compagnies.

Ainsi, la solution en cohérence avec la vie actuelle serait d’investir dans le train pour en faire un concurrent viable face à l’aviation, et ainsi nous sortir de la dépendance de l’énergie fossile.

« Un train transcontinental ne pourra jamais égaler l’avion en termes de vitesse, mais il offre une expérience totalement différente. À l’ère du changement climatique, il y a quelque chose à dire sur le fait d’aller un peu plus lentement et d’apprécier le voyage au fur et à mesure qu’il se déroule » (Katz-Rosene, 2020). Et ainsi casser l’éthique de vie d’aller toujours plus vite que transmette les investisseurs et personnes d’affaire que personne ne veut.

Marie-Christine Rioux, « François Legault lève le voile sur le plan de Québec pour le transport aérien en région », Radio Canada Bas-Saint-Laurent, 17 novembre 2023, URL : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2027718/pascan-aviation-mont-joli-reaction-fin-liaisons-grands-centres

Julianna Priskin, « Le transport aérien », Téoros [Online], 26-1 | 2007, Online since 15 August 2016, connection on 20 November 2023. URL: http://journals.openedition.org/teoros/2831

Ryan Katz-Rosene, « Traverser le Canada en train est pire pour le climat que voler (et pourquoi le gouvernement devrait faire quelque chose à ce sujet) », Université Ottawa Facultés des sciences sociales, sciences et arts, Institut de recherche sur la science, la société et la politique publique, 16 octobre 2020, URL : https://issp.uottawa.ca/fr/nouvelles/traverser-canada-train-est-pire-climat-que-voler-pourquoi-gouvernement-devrait-faire

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